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Circuits courts

La ferme des Maquis plus locale que jamais

Les circuits de distribution de la ferme intercommunale des Maquis, à Saint-Martin-d'Hères, ont été entièrement revisités en raison de l'épisode Covid-19. Les exploitants en mesurent les conséquences.
La ferme des Maquis plus locale que jamais

« Il s'est produit l'inverse de ce que nous craignions. Nous n'avons pas eu assez de fromages », assure Céline Frachet associée du Gaec La Ferme des Maquis, la ferme intercommunale située sur la colline du Murier à Saint-Martin-d'Hères. Si la crise Covid-19 a fermé les marchés de plein vent et de restauration hors domicile aux exploitants agricoles, en revanche d'autres opportunités se sont développées, parfois de façon inattendue.

Beaucoup de gens sont venus

Les inquiétudes des producteurs de fromages de chèvre bio se sont rapidement levées avec les dérogations accordées aux deux marchés sur lesquels ils vendent, à Gières et à Saint-Ismier. « Beaucoup de gens sont venus sur les marchés plutôt que dans les grandes surfaces », constatent d'abord les producteurs. Mais surtout, ils ont vu énormément de monde se déplacer pour acheter les produits directement à la ferme. La mobilisation des clients, l'information via les réseaux sociaux et la newsletter envoyée à l'ensemble de leur fichier, a boosté les ventes jusqu'à multiplier par trois le chiffre d'affaires sur la période de confinement. « Il y avait des familles entières à nourrir et puis les gens sont montés à pied, pour se balader. Mais certains ne sont pas venus, peut-être par crainte de sortir de chez eux, quand d'autres sont montés plus souvent et nous avons accueilli de nouveaux clients. Pour assurer la vente directe sur les marchés, nous avons dû recruter une personne ! Ce qui représente un coût supplémentaire ». En revanche, l'exploitation n'a plus pu assurer ses livraisons aux magasins bio et a vu ses commandes pour la restauration collective stopper.

Les pertes de l'agritourisme

Le secteur qui a le plus souffert, c'est l'accueil pédagogique. Il était en fort développement, de même que le troupeau avait été augmenté pour accueillir une troisième associée. L'élevage a été porté à 80 chèvres de race alpine chamoisée lorsqu'en 2019, Anne-Elisabeth Vanderberghe, a rejoint les fondateurs de la ferme, Cécile Frachet et François Bador. « Nous accueillons des scolaires deux fois par semaine, en complément de notre activité d'élevage. Aujourd'hui, nos revenus sur cette partie sont à zéro et nous avons perdu 50% du chiffre d'affaires global de cet atelier », détaille Céline Frachet. Si cette activité ne représente que 10% des revenus de la ferme, en revanche, elle dégage 100% de marges. « Tous ceux qui font de l'agritourisme ont perdu beaucoup de revenus », reprend l'éleveuse qui est aussi présidente des Fermes buissonnières de l'agglomération. Il faudra en outre pouvoir gérer le report des visites programmées à l'automne et ça risque d'embouteiller. Une cinquantaine de classes bénéficient chaque année du soutien de La Métro, dans le cadre de son Programme d'éducation à l'environnement, pour visiter les fermes alentour.

Ressources locales

Le confinement aura apporté son lot de réflexions et d'enseignements. Les exploitants s'interrogent notamment sur leur autonomie alimentaire. La SAU de la ferme est de 16 hectares, pentus. « Avec trois ou quatre hectares de plus, cela nous éviterait de revenir trop vite sur les pâtures », considère Céline Frachet. Elle raisonne à l'échelle locale. La ferme des Maquis livre déjà son fumier deux fois par an à un maraîcher d'Herbeys. Dans l'autre sens, elle apprécierait de trouver du foin localement.
La consommation énergétique est aussi mise en question. « Nous dépensons 5 à 6 000 euros en électricité par an. Il y a quelque chose à faire », plaide Céline Frachet. Environ 400m2 de toiture pourraient accueillir des panneaux photovoltaïques. Cette démarche répondrait à l'esprit qui a toujours animé la ferme intercommunale, site pilote voulu par La Métro et les communes afin qu'il reste des agriculteurs dans l'agglomération grenobloise. Elle se veut exemplaire à plus d'un titre, notamment dans sa construction en bois du Vercors et ses caractéristiques BBC. « Après 10 ans d'usage, les bâtiments ont bien vécu », constate d'ailleurs l'exploitante.

Elargir la gamme

Autre piste explorée durant le confinement, celle de la consigne de tous les emballages verre. « Nous récupérons 75% des emballages sur les marchés et à la ferme. Les gens sont très satisfaits de rendre leurs verres et c'est un moyen de les fidéliser. Cela nous a plus que convaincus, assure l'agricultrice, mais il faut avoir la laverie qui va avec ». Le système fonctionne d'autant mieux qu'il est incitatif avec des retours de consigne payants. Enfin, les producteurs souhaitent encore développer leur gamme de produits lactés avec notamment un projet de yaourts à boire aromatisés. Reste à trouver le coulis local pour le finaliser.

« Ce ne sont pas deux mois entre parenthèses, déclare pour sa part Anne-Elisabeth Vanderberghe. Nous avons passé beaucoup de temps en commercialisation et en communication. Et tissé des liens avec les clients. Lorsque les marchés ont été annulés, les gens sont aussitôt venus à la ferme. Le travail réalisé pendant des années paye. Nous avons apprécié la fidélité et le vrai soutien de la clientèle. Cela fait plaisir. La seule frustration est de ne pas avoir pu livrer tous les magasins. »

Isabelle Doucet

Une volonté intercommunale

La Ferme des Maquis est née de la volonté de quatre communes (Gières, Saint-Martin-d’Hères, Eybens et Poisat) concernées par l’avenir de la colline du Murier, son entretien et par le devenir de l’agriculture. Elles ont bénéficié du soutien de la Métro et de la Région Rhône-Alpes. Pour cela, la Métro a racheté, avec l'aide de la Safer, une exploitation à des agriculteurs qui désiraient prendre leur retraite, avec une trentaine d'hectares de foncier (13 ha de terres agricoles et 17 ha de forêt).
Compte-tenu du contexte, le choix s’est porté sur une exploitation d’élevage de chèvres en agriculture biologique. Un nouveau bâtiment agricole (chèvrerie, hangar, salle d'accueil pédagogique, laboratoire et logement) a été construit. L'investissement total s'élève à 1,2 million d'euros.
François Bador et Céline Frachet ont répondu à un appel à projet lancé par la Métro et se sont installés en Gaec en 2012. Anne-Elisabeth Vanderberghe s'est associée à eux en 2019, notamment parce que les objectifs des exploitants ont été atteints et dépassés très rapidement.