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Trièves

La fête de l'alpage prend de la hauteur

Le rendez-vous était donné à 1 580m d'altitude, pour lancer la fête de l'alpage au Serpaton. Un lieu inédit et propice au dialogue entre éleveurs, berger et autres usagers de l'alpage.
La fête de l'alpage prend de la hauteur

Le Serpaton s'était couvert d'un voile brumeux pour accueillir la fête de l'alpage de Gresse-en-Vercors ce samedi 19 août. Les vaches situées dans le contrebas allaient bientôt sonner l'heure de l'apéritif et la marche à suivre pour les promeneurs, alors que les nuages commençaient à se dissiper. « C'est la première fois que tout le samedi se passe sur l'alpage du Serpaton », indique Bernard Freydier, de l'association Gresse-en-Vercors Histoire et Patrimoine, qui a connu la toute première édition en 1976. Un test pour faire partager davantage les enjeux aux usagers des alpages.

 

Apprendre et discuter

Le samedi après midi, dix éleveurs du groupement pastoral de Gresse-Bas Dauphiné et Stephan Forel, berger au Serpaton sont intervenus devant un parterre de curieux. « C'est essentiel de communiquer », soutient le berger qui affirme faire de la pédagogie à l'année avec les promeneurs. Il faudra encore « mieux mettre en valeur les éleveurs, d'où ils viennent et leurs modes d'élevage les années suivantes », admet Bernard Freydier.

Le berger s'occupe de juin à septembre de plus de 400 génisses viande et laitière, des seize éleveurs du groupement. Il a cette particularité de ne pas utiliser de chien pour garder ses troupeaux. « J'essaye d'avoir une très grande douceur, je ne fais pas le cow boy », affirme celui qui s'occupe des bovins du Serpaton depuis cinq ans. Des génisses de cinq races différentes : limousines, charolaises, montbéliardes, blonde d'Aquitaine et aubrac. Des vaches qui sont plus ou moins caractérielles selon les races « les limousines sont plus vives », mais le tempérament des éleveurs y fait aussi pour beaucoup, précise-t-il. Cela prend « un mois et demi à deux mois pour les apprivoiser » pour recréer chaque année son troupeau. Il doit donc être au plus près des génisses et parcourt quotidiennement les 550 hectares de l'alpage avec son quad.

La journée était aussi l'occasion pour les éleveurs de dialoguer, en petit comité, avec des randonneurs bienveillants et souvent admiratifs de la charge de travail hebdomadaire d'un agriculteur. Au fil des échanges, les touristes ont pris conscience des problématiques agricoles qu'ils ne soupçonnaient pas comme l'impact de la chute de la lira turque sur les producteurs. « Vous voyez j'ai un producteur espagnol qui exporte en Turquie, il m'a dit je prends vos bêtes mais je sais pas ce que je vais en faire »,  explique Jean-Yves Bouchier, éleveur au sein de l'exploitation de l'Eperimont à Prelenfrey.

Des discussions qui ont également permis aux randonneurs d'appréhender ce qu'ils avaient l'habitude d'entendre sous un nouvel angle. « Mais la ferme des mille vaches, quand même, c'est pas super ! », signale une des promeneuses. Et à Jean-Yves Bouchier de répondre : « Ecoutez, je vais peut être vous surprendre mais moi la ferme des milles vaches, j'ai aucun problème avec ça ». Devant l'audience étonnée, il s'explique « Car en même temps ils ont des salariés qui ont leurs vacances, leurs congés payés ».

Un temps d'échanges, donc, sur les difficultés rencontrées, la concurrence internationale..., mais aussi un moment pour l'une des éleveuses  d'affirmer que c'est « le plus beau métier du monde ». « Si on croise un autre agriculteur, on peut s'arrêter dix minutes sur le chemin pour discuter, personne ne nous l'empêche », ajoute Jean-Yves Bouchier. Enfin, ils ont tenu à rappeler que sans la présence de l'agriculture, les paysages que les promeneurs affectionnent autant ne seraient pas les mêmes. « Il y aurait des forêts », pointe Jean-Yves Bouchier.

Jordan Dutrueux

Concours de génisses

Plus bel ensemble : Gaec du Bruyant
Plus belle génisse laitière : EARL de l'Eperimont
Plus belle Limousine : Arnaud
Plus belle charolaise : Milloud
La plus gentille : Guénard
Plus gros éleveur : Cros
Prix personnel du jury pour Jean-Michel Vial.

 

Le loup en toile de fond

Incontournable en alpage, la question du loup a été évoquée lors de la journée. « C'est insupportable, cela stresse les vaches », mais très vite expédiée par un des animateurs du jour parce que « si on commence sur le loup on en a pour des heures ». Il faut dire que le canidé fait encore actualité dans le plateau. Laure Collin, éleveuse de charolaises du groupement pastoral à en effet eu une génisse bléssée en juin dernier. Qu'a cela ne tienne, après la rencontre « officielle » avec les éleveurs, un certain nombre de randonneurs sont partis à la recherche de réponses. « Le loup qui attaque les bovins c'est qu'il a été exclu de sa meute », explique aux intéressés Jean-Yves Bouchier, éleveur du Gua. Il continue : « Il faut choisir, c'est le loup ou c'est nous ». « Le loup c'est en Alaska, pas ici », ajoute Stephan Forel. Les touristes s'interrogent alors sur la solution. « Même si on disait qu'on voulait éradiquer le loup, cela prendrait dix ans et il faudrait des gros moyens », répond l'éleveur.
Le prédateur est présent dans l'ensemble du Trièves. Sophie Clot-Godard de la bergerie de Rif Clar située un peu plus bas à Saint-Andéol présentait ses produits lors de la fête de l'alpage. La propriétaire de 60 brebis viandes et 60 brebis laitière a aussi été confrontée aux attaques de loups, « Le loup ça a changé pas mal de choses, c'est un gros stress, on ne fait plus dormir les brebis dehors ». Elle a depuis investi dans l'achat de quatre patous. Une solution que David Leroy, en tant qu'écogarde du parc, privilégie avec les autres dispositifs de protection  permettant, selon lui, une « diminution du nombre de victimes ».
Il n'est « pas facile de trouver une solution, les meutes ne sont plus confinées, les attaques ne sont plus saisonnières, confirme la sénatrice Frédérique Puissat. En plus il y a une défiance à l'égard de l'administration ». Sa position est claire : « le prédateur n'est pas compatible avec les acteurs économiques et le métier de l'élevage ». Elle préconise ainsi que « la bête soit uniquement protégée dans des parcs à loups ». Elle précise que la solution ne peut venir que « par une intervention à l'échelle européenne » car il faudrait alors changer le statut du loup énoncé dans la Convention de Berne et la directive Habitats.
JD