La filière caprine remobilisée
« Porteurs de projet ou installés, en bio ou pas, nous sommes ouverts à tous et apolitiques. » A l'occasion de l'assemblée générale du syndicat caprin isérois à Oyeu, Mélisa Décotte-Genon et Sébastien Juge, co-présidents, ont tenu à rappeler les valeurs du syndicat qu'ils représentent. Quarante agriculteurs étaient présents dans la salle. « Nous ne connaissons plus beaucoup de monde... c'est que notre syndicat a une utilité et intéresse ! » souligne la co-présidente. Invités pour l'occasion, les représentants des organismes proches de la filière sont venus présenter leurs projets pour 2018 et répondre aux questions des intéressés. « Vous avez des attentes et on essaie de mettre quelqu'un en face pour y répondre », explique la co-présidente.
Bien connaître son cheptel
Les premières inquiétudes concernent la constitution d'un nouveau cheptel. « Actuellement, il n'y a presque aucun moyen de faire annuler une vente en cas de troupeau litigieux », explique Mélisa Décotte-Genon. La seule raison valable est la présence de brucellose, seule maladie réglementée de la filière. Le risque étant limité, les prises de sang de contrôle ne se font plus que tous les cinq ans. Or, cela ne signifie pas que le troupeau est exempt de maladies... « 30% des troupeaux seraient porteurs d'environ trois maladies : CAEV, chlamidioseae, paratuberculose... » détaille Aurore Totsi du GDS Isère. Le syndicat, accompagné du GDS Isère, a donc souhaité mettre en place un « billet de garantie conventionnelle » pour confirmer l'état d'un troupeau lors d'une vente. L'état des animaux vendus étant certifié, l'acheteur peut l'utiliser en cas de problèmes sanitaires par la suite. Il sera à refaire à chaque nouvelle introduction dans le cheptel constitué. La question sanitaire n'est pas seulement un enjeu pour une vente mais aussi pour le fonctionnement quotidien de l'exploitation. « Sur 88 statuts sanitaires en Rhône-Alpes, deux seulement sont isérois, contre 35 en Ardèche », explique Aurore Totsi. Pourtant, le but des statuts est uniquement « de connaître l'état de son troupeau, pas forcément d'assainir ni de réformer. » Ils sont à refaire après chaque introduction. « On ne peut pas demander aux autres d'être clean lors d'une vente, si on ne l'est pas nous-même », confirme la co-présidente. Le GDS va également lancer une garantie régionale CAEV afin de pallier la disparition de cette garantie au niveau national. Un appel aux exploitants intéressés a été lancée.
Expérimenter pour se développer
Afin de limiter la transmission des maladies caprines, le syndicat souhaite également relancer la pépinière. Ce lieu a pour but de réunir des bêtes pour constituer un troupeau uniforme et sain afin de faciliter l'installation des jeunes installés. Mais en raison d'un départ en retraite et de l'installation temporaire à la ferme expérimentale de La Côte Saint-André, cette dernière a été un peu déstabilisée. « Actuellement, les chevrettes sont chez les éleveurs et on va les chercher lors d'une installation. On souhaite maintenant déposer un permis de construire pour avoir une pépinière stable », explique Michael Morel, président de la pépinière. Outre le troupeau, la production fromagère interroge aussi. Le PEP caprin, qui gère les expérimentations de la ferme du Pradel, va lancer une étude sur le rendement fromager en 2018. « On va étudier le rendement protéique du lait par rapport au rendement fromager », explique Philippe Thorey, animateur du PEP. Le PEP va également poursuivre le programme Capherb sur la qualité des fourrages jusqu'en 2019. « Je veux donner aux autres ce que j'ai eu comme soutien quand je suis arrivée dans ce syndicat. Le réseau caprin est une vraie toile d'araignée et il faut s'en servir. Je ne veux pas qu'on soit quatre ou cinq et qu'on voit toujours les mêmes têtes. Je veux garder notre dynamique d'entraide », conclut la co-présidente.