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Isère

La filière céréales bio fait son marché

Alors que la demande en céréales bio augmente, l’offre a du mal à suivre. De nombreux freins existent.
La filière céréales bio fait son marché

Se convertir ou ne pas se convertir ? Avant de statuer sur cette question, encore faut-il connaître les enjeux de la filière céréales bio. La chambre d'agriculture de l'Isère, en partenariat avec l'Association pour le développement de l'agriculture biologique (Adabio) et Coop de France Auvergne Rhône-Alpes, a donc choisi de réunir tous les acteurs de la filière afin que chacun ait les cartes en main. Les craintes se sont faites rapidement sentir : « Si je change de système, il faut que ce soit pour quelque chose de plus rémunérateur. Si ce n'est pas le cas, j'ai un problème. Si beaucoup de gens se convertissent d'un coup, cela pourrait ne plus être le cas », interroge un agriculteur dans la salle. En 2017, le nombre d'exploitations a augmenté de 16% par rapport à 2015 au niveau national. « Personne ne peut répondre quant à la tendance du marché des céréales bio dans 10 ans, répond Nicolas Ghiotto, animateur d'Adabio, il n'y a pas de fluctuation hebdomadaire comme dans le conventionnel. C'est un marché réel dicté par la loi de l'offre et de la demande. » Justement, la demande est actuellement plus élevée que l'offre disponible. La tendance est à +7/8% pour l'alimentation animale et à +3% pour la meunerie. Si on regarde la valeur totale des achats de produits biologiques par les ménages, elle est de 6 736 millions d'euros en 2016 contre 4 383 millions d'euros en 2012.

Penser aux débouchés

Même si la demande est forte actuellement, rien ne garantit qu'elle le sera dans plusieurs années. Il est indispensable de connaître les débouchés à envisager avant de se lancer. Près de 40% de la production de céréales bio va à l'alimentation humaine et 60% fournit l'alimentation animale. Concernant l'alimentation humaine, plusieurs pistes sont envisagées : « Se rapprocher des boulangeries artisanales, des centrales d'achat de la région, des biscuiteries, des brasseries artisanales, des magasins bio... Sonder les distributeurs avant de vous lancer dans un investissement », détaille Nicolas Ghiotto. Des représentants du groupe Dauphinoise, de la Maison Cholat et du groupe Bernard ont également présenté les possibilités offertes par les collectes. « On collecte 7 000 tonnes en production bio et deuxième année de conversion (C2) », explique Jean-François Perret du groupe Dauphinoise. Ecouler son stock lorsqu'on est en conversion reste une question importante avant d'atteindre la certification bio. Autre enjeu des collectes : le type de céréales. « 46% de la collecte concernent du maïs, 11% du soja et on a développé de nombreuses microcultures : seigle, colza, sarrasin, pois... » détaille Jean-François Perret. Marie Jouve de la maison François Cholat a présenté également une production de petit et grand épeautre, tandis que Cyril Fiard, pour le groupe Bernard présentait la collecte du chias. Ces microcultures suivent la tendance. « Les oléagineux, les légumineuses, l'épeautre se développent, sans oublier la mode du sans gluten », confirme Marie Mallet, conseillère Bio et eau à la chambre d'agriculture de l'Isère.

Construire une filière durable

« S'il y a une production excessive, le marché peut perdre sa valeur. Il faut inciter l'agriculteur à produire telle ou telle céréale pour maitrîser les volumes de demain », détaille Nicolas Ghiotto. Pour savoir que produire, il faut se renseigner sur le marché. « Le but est justement de construire des filières durables », explique Marie Mallet. « Même si on ne peut pas trop s'avancer, si on regarde ces 10 dernières années, le tassement s'est fait nettement plus sentir dans le conventionnel que dans le bio », justifie-t-elle. En 2008/2009, la filière du blé meunier bio avait chuté de 6% alors que celui du blé tendre conventionnel a encaissé une chute de 26%. « On est obligé d'importer aujourd'hui et à un prix inférieur. Si on perd l'intérêt d'avoir une production française bio, on aura tout perdu », explique l'animateur d'Adabio. « La progression des surfaces de grandes cultures bio devrait permettre d'offrir une farine de blé bio 100% français à échéance 2020 », confirme la conseillère de la chambre d'agriculture.

Virginie Montmartin