La foire de Beaucroissant, entre tradition et innovation
30 degrés et 20 000 personnes. La 49ème foire de Beaucroissant d'avril a débuté sur les chapeaux de roues samedi matin. Les nouveautés n'ont pas échappé aux habitués. Au lieu d'être dispersés dans le champ de foire, les professionnels de l'horticulture sont réunis pour la première fois dans une allée des plantes. « On vient de Perpignan et cela fait cinq ans qu'on expose à la foire. C'est bien cette nouvelle foire aux plantes car les visiteurs savent pourquoi ils viennent dans cette allée », explique une représentante de l'entreprise Veissiers. Du côté des blondes d'Aquitaine revenues après une année d'absence, les éleveurs présentent tour à tour les vaches devant un large public. Un des spécimen attire particulièrement l'œil. Pesant 1 300 kilos, il est loin devant les 900 kilos de ses comparses. « Une bête élevée à l'herbe », confirme l'éleveur présent sur le grand stand. Les élus présents pour l'inauguration de la foire ont également visité et échangé avec quelques-uns des 800 exposants présents sur le champs de foire. « C'est un évènement agricole mais aussi un immense marché. Elle connaît une croissance exponentiellle », se félicite Georges Civet, maire de Beaucroissant. Ces bons moments n'ont pourtant pas suffi à éclipser les difficultés du monde agricole.
Chercher de la valeur ajoutée
« C'est un moment important dans la relation entre le monde citoyen et le monde agricole. Je ne vais pas revenir sur mon discours de l'an passé, car rien n'a changé. Les consommateurs doivent redonner un sens à leur alimentation. Faites le bon choix, et mettez-y le prix », demande Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère. Pour le préfet de l'Isère Lionel Beffre, absent l'an passé en raison d'année électorale, tout ne va pas si mal : « Il y a des signes encourageants. Des jeunes agriculteurs s'installent, en nombre insuffisant certes, mais ils s'installent. On peut aussi compter sur une valeur ajoutée forte qui progresse avec les produits IGP et AOP. » Durant le cortège, il a été approché par un agriculteur qui a tenu à lui rappeler les attaques de loup dans la région.
La région et le département ne semblent pas non plus d'accord sur la situation de la profession. « La Région est résolument à côté de la profession agricole. On va donc poursuivre notre engagement dans le pôle agro-alimentaire isérois. Tout n'est pas facile, mais on poursuit la discussion avec les différents partenaires », explique Robert Duranton, vice-président à l'agriculture du conseil départemental. Concernant l'aval, il a tenu à rappeler l'existence de la marque Is here « qui garantit une juste rémunération aux producteurs et promeut les produits locaux ».
Conserver le monde agricole
Pour Patrick Bouchet, régisseur, la foire est aussi une histoire personnelle. Partant à la retraite dans quelques jours après 35 ans de service, il en conserve quelques victoires. « Je suis heureux du travail fait dans le matériel agricole. Même si le monde agricole a bien changé, on a conservé presque la totalité de nos exposants », raconte-t-il. Avec son prédécesseur, resté 65 ans en poste, c'est un siècle de foire qu'ils auront organisé. « C'est comme un puzzle géant dont on doit raccorder les pièces. Je dois gérer et m'adapter à la clientèle, du voyageur au directeur d'une entreprise agricole.»
Mais les exposants s'inscrivent de plus en plus tard à la foire et sont moins nombreux qu'il y a quelques années. Pour Patrick Bouchet, les quelques changements de cette année sont bénéfiques. Le but est de s'adapter pour éviter d'être touché par les foires concurrentes. « La Beaucroissant doit garder son caractère agricole, mais aussi cette impression de fouillis organisé. Le jour où les allées seront parfaites comme dans un salon d'exposition, elle perdra son charme ».