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Dauphidrom

La force d'un groupe, la proximité d'une coopérative

La fusion du groupe Sicarev et de Sicavyl offre un nouveau périmètre à la filière viande du centre-est, sans pour autant l'éloigner du consommateur et du producteur.
La force d'un groupe, la proximité d'une coopérative

Le groupe Sicarev, constitué par cinq groupements historiques d'éleveurs dont la coopérative Dauphidrom, a élargi son périmètre fin 2016 en fusionnant avec Sicavyl. Il rassemble aujourd'hui presque 200 000 éleveurs et pèse près de 8% du marché national. Pour Eric Chavrot, le président de Dauphidrom, cette fusion n'enlève rien à la capacité du groupe à maintenir une relation de proximité avec ses clients, comme avec ses producteurs. Bien au contraire. « Cette croissance territoriale et la complémentarité des zones de production nous permettent de répondre à la demande de nos clients, notamment de la GMS que nous devons fournir régulièrement », fait-il valoir. L'objectif de l'opération est « d'avoir une taille pour être incontournable ». Le groupe est désormais en mesure de répondre à la segmentation du marché instaurée par la distribution : par morceaux, races, catégories, poids, âge... Il peut aussi proposer une gamme complète d'animaux : bœuf, veau, porc, agneau.

Proximité

Pour autant, le président regrette que les coopératives ne soient pas « reconnues comme des outils de proximité, alors que leur ancrage territorial est indiscutable. » Il insiste : « C'est une carte que nous savons jouer, c'est notamment le cas avec le supermarché Leclerc de Bourgoin-Jallieu où nous arrivons à tracer les animaux. Nous avons les moyens d'en faire plus. De nombreuses GMS s'approvisionnent via Sicarev en Isère, mais sans que Dauphidrom soit identifiée. Or, nous disposons des outils pour tracer les bêtes. » Pour la coopérative, « ces marchés en pleine mutation » sont porteurs de valeur ajoutée, notamment ceux de la RHD. Elle souhaite donc y être davantage associée et orienter sa communication vers cette demande. 
Car Dauphidrom doit faire face à un marché qui demeure morose. Les modes de consommation évoluent, la viande hachée représente désormais 50% de la viande consommée et la guerre sur les prix fait rage. Avec la crise laitière, les vaches de réforme ont largement alimenté le marché, de sorte que la charolaise a vu son cours chuter à son tour. « D'où l'importance de la démarche Cœur de gamme », qui valorise les races bovines en GMS et l'origine française des bovins, assortie depuis le début de l'année d'une majoration d'un euro le kilo, même si cette plus value dépend du type de morceau commandé par le distributeur.

Contractualisation

« Le bio est aussi un élément différenciant. Dauphidrom dispose d'un agrément depuis longtemps et les animaux sont historiquement abattus à Saint-Etienne, rappelle Eric Chavrot. Nous proposons une grille fixe qui ne fluctue pas par rapport au conventionnel. Elle est réajustée deux fois par an. » La plus value peut aller de 30 à 90 centimes d'euro par kilo. L'offre se développe aujourd'hui sur le troupeau allaitant.
La coopérative incite aussi les éleveurs à s'investir dans une démarche de contractualisation. Elle propose une grille d'achat en ferme qui permet à l'éleveur allaitant d'être payé jusqu'à 14 centimes au-dessus du prix du marché (10 centimes pour les éleveurs laitiers). En 2016, Dauphidrom comptait 49 éleveurs en apport total contractualisé ayant réalisé 33 362 euros de plus value pour 1 131 bovins. Ce système basé sur un engagement réciproque permet de gérer la mise à disposition des animaux. Un commercial visite systématiquement l'exploitation afin d'orienter l'animal vers sa filière de destination : label rouge charolais, limousine, bio, filière de qualité Carrefour, Cœur de gamme ou des partenariats régionaux avec Casino ou Simply Market par exemple.

Coûts de production

Le groupe multiplie ces contrats spécifiques comme Moy Park (Mc Donald) pour les babys montbéliards. Cinq éleveurs isérois sont concernés. Un contrat rendu possible grâce à l'appartenance au groupe Sicarev. « Moy Park ne prend que les avants. Il faut être capable de valoriser les arrières. Dauphidrom seule ne peut y arriver », précise Eric Chavrot. Le groupe, qui explore toutes les pistes, recherche aujourd'hui des élevages pour accueillir des ateliers d'engraissement. Il existe en effet sur le marché des débouchés pour les babys et des génisses.

La coopérative Dauphidrom, se dit aussi ouverte et prête à intégrer le schéma du pôle agroalimentaire. 
« Nous avons la force et la proximité d'une petite coopérative et les moyens d'un groupe », reprend le président en présentant le dispositif d'accompagnement de ses adhérents. « Notre rôle est d'accompagner les éleveurs, de les orienter, de les conseiller et de les faire progresser », poursuit-il. La coopérative propose désormais aux éleveurs allaitants un appui technique et économique pour la maîtrise des coûts de production. Elle s'est aussi doté d'un service appro « pour accompagner les éleveurs dans le choix des produits en fonction des résultats issus du calcul des coûts de production », détaille Camille Masciave, en charge du pôle technique de Dauphidrom. « Notre rôle n'est pas d'acheter ou de revendre des bovins, mais d'accompagner les éleveurs », insiste le président. Accompagner aussi dans la communication pour répondre à un discours anti-viande, qui, bien que porté par une minorité, sait jouer des réseaux sociaux « et contribue à entretenir le doute chez le consommateur », regrette Eric Chavrot. « La solution passe par un message positif, en montrant notre métier et ce qu'est le bien-être animal. Car pour un éleveur, c'est frustrant d'être mis en accusation. »

Isabelle Doucet
Investissements

Sécurité et bien-être

En juillet dernier, la coopérative Dauphidrom a organisé son assemblée générale dans les locaux du centre d'alottement de Marcilloles, afin de présenter à ses adhérents les travaux réalisés dans les espaces de contention. Fin 2016, la partie logette a été entièrement rénovée afin d'améliorer le bien-être animal et la sécurité des employés. La coopérative a investi 150 000 euros pour créer 33 logettes et quatre cases à taureaux et organiser la marche en avant des animaux sans risque lié à leur manipulation. « L'objectif est de ramasser les animaux et les faire partir le même jour », insiste Gaëlle Liothin, la directrice de Dauphidrom.

 

Dauphidrom en chiffres

En 2016, Dauphidrom a observé un recul de son activité de 6,5% avec 15 582 animaux commercialisés (42% laitiers, 58% allaitants). Seule l'activité reproducteurs progresse un peu. 
Le chiffre d'affaires de la coopérative s'établit à 15,2 millions d'euros (-11%) avec un bénéfice de 32 515 euros. 
En 2016, Sicarev, a commercialisé 400 000 animaux et abattu 273 000 tonnes. Les produits élaborés s'élèvent à 17 000 tonnes. Elle réalise un milliard d'euros de chiffre d'affaires, emploie 2 200 salariés et compte 10 400 adhérents.
Le groupe réunit désormais sept groupements de producteurs et onze filiales, maîtrisant ainsi les filières amont et aval de la viande (production, transport, abattage, découpe, transformation, négoce de maigre etc.)