La forêt n'a plus de secret
Il s'agit d'une technologie révolutionnaire. Le Lidar (light détection and ranging), un scanner laser aéroporté, permet de modéliser, avec précision, la morphologie d'un terrain, grâce à l'établissement d'une densité de points, correspondants aux sols et aux obstacles. Des données récoltées par le capteur durant le survol de la forêt explorée, il résulte une cartographie des volumes, de la distribution, du diamètre et de la hauteur des arbres. Développé depuis plus de 15 ans, l'outil a, depuis deux ans, gagné en précision. « Aujourd'hui, nous arrivons à détecter jusqu'à 90% de la biomasse forestière », souligne Frédéric Berger, chercheur en gestion forestière à l'Irstea (Institut national de recherche en science et technologies pour l'environnement et l'agriculture).
Faisabilité technique et intérêt économique
L'aquisition des données Lidar permet d'optimiser les phases de terrain, nécessaires pour prévoir l'aménagement forestier. « Au lieu de réaliser des placettes de références, puis d'extrapoler sur son ensemble, la technique du Lidar apporte une vision continue du territoire. Les erreurs sont donc bien moindre », explique Frédéric Berger. Les techniciens peuvent ainsi cibler spécifiquement les secteurs dans lesquels ils doivent intervenir. De la même façon, l'analyse des données permet aussi d'estimer la faisabilité technique et l'intérêt économique d'une récolte de bois. Il est en effet possible de vérifier que la configuration topographique des lieux et les arbres ciblés, se prêtent à l'implantation d'une ligne de câble et que le volume de bois qui sera sorti sera suffisament important. « On sait que, pour qu'une récolte soit rentable, il faut obtenir 60 mètres cube de bois sur une ligne de 100 mètres. Si les données d'estimation de volume n'atteignent pas cet indice, les forestiers peuvent avoir la possibilité de décaler l'installation de leur ligne pour augmenter la rentabilité de l'exploitation », explique Frédéric Berger.
Un coût dégressif
Seul inconvénient de la technique : la disponibilité de l'ensemble des données du territoire. « Pour l'instant, en Rhône-Alpes, nous avons acquis des données sur environ 300 kilomètres carré, dans des zones de la vallée de Chamonix, des quatre montagnes dans le Vercors, de la Drôme, du Beaufortain et de la Maurienne, au gré des programmes de recherche et des financements que nous avons pu obtenir », précise le chercheur. Car ce qui freine l'acquisition des données, c'est le coût de l'utilisation de l'outil. « Pourtant, il est dégressif en fonction de la surface couverte. Le rapport est de 1 à 40, si on les acquiert à l'échelle d'un kilomètres carré ou d'un département. Nous essayons donc de réunir tous les acteurs des territoires autour de la table, pour leur faire connaître l'intérêt du procédé, puisque, même si l'investissement est important, les données sur la géomorphologie des terrains restent utilisables pendant des décennies », détaille Frédéric Berger.
Isabelle Brenguier
La forêt de Méaudre en première nationale
Grâce à deux programmes européens « Forsee »* et « Forgeco »**, la forêt de Méaudre, qui était en procédure de réaménagement, a pu profiter de l'aquisition des données Lidar. C'est d'ailleurs la première forêt française a avoir pu bénéficier de cette nouvelle technologie. Un document d'aménagement recensant un bilan de gestion de la forêt, un état des lieux actuels et une projection des actions futures, notamment en matière de coupe et de bois récolté, a ainsi pu être élaboré. Selon Jérôme Bock, chargé de recherche et développement à l'ONF (Office national des forêts), « les avantages de la technologie Lidar (light détection and ranging) sont incontestables. Même si des surcoûts de recherche sont à intégrer, nous avons gagné 40 % de temps de travail sur la phase d'inventaire. Les données que nous avons eu nous ont permis d'ajuster le programme de passage en coupe des parcelles par rapport à la quantité d'arbres présents. Bien sûr, nous pouvions le faire auparavant. Mais il fallait envoyer des agents, cela prenait plus de temps. Et outre ces données forestières, nous obtenons aussi des informations sur le sol, très utiles pour bien choisir les lieux d'implantation de routes forestières ou de lignes de cables ». La présentation de ces travaux a été faite auprès du conseil municipal de Méaudre, qui a apprécié que sa forêt soit aménagée grâce à ces nouvelles technologies et que l'on puisse utiliser ainsi la recherche pour des applications très concrètes. * Forest Resource Estimation For Energy** Forêts, gestions et écosystèmesI.B.