La France temporise, la FNSEA réclame un soutien massif
Prix des engrais et du gazole / Face à la flambée des prix des engrais et du Gazole non routier (GNR), la ministre de l’Agriculture a présenté des mesures d’étalement d’échéances fiscales et sociales, ainsi que des prêts de court terme. Le président de la FNSEA réclame réclame un soutien financier accru pour faire face à l’explosion des charges.
Si la Grèce et l’Espagne ont annoncé des plans à plusieurs centaines de millions d’euros, la France temporise face à la flambée des prix des engrais et du Gazole non routier (GNR). Dans un communiqué paru le 23 mars, la ministre de l’Agriculture annonce quatre mesures, dont l’une n’est pas finalisée : report de cotisations sociales, avec un délai de paiement accordé sans frais ni majoration aux exploitations agricoles qui en feront la demande ; possibilité offerte aux exploitants de demander un étalement de leurs échéances fiscales auprès de leur direction départementale des finances publiques ; prêts de court terme exceptionnels accordés par BpiFrance pour venir en appui à la trésorerie des exploitations agricoles les plus exposées à la hausse des prix du carburant.
Enfin, le gouvernement annonce chercher « un accord de place avec les banques et les distributeurs, notamment pour étudier le soutien aux productions agricoles et appeler à la souplesse et à la flexibilité dans le traitement des dossiers individuels d’entreprises faisant face à des difficultés de trésorerie du fait de la crise en cours ». La ministre a aussi rappelé la promesse, déjà ancienne puisqu’elle date du mandat de Julien Denormandie, d’un plan engrais.
« Des mesurettes »
Les syndicats restent sur leur faim. Dans un communiqué du 24 mars, la FNSEA a fait part de son mécontentement face à une réponse « à ce stade loin de l’attente pour les exploitations ». Pour la FNSEA, les dispositifs annoncés « ne constituent en aucun cas des solutions durables et permettent tout au plus de différer les difficultés sans les résoudre ». Le syndicat demande un « appui sonnant et trébuchant de l’État face à des hausses historiques ». Dans un message publié sur X, le président de Jeunes agriculteurs (JA), Pierrick Horel, demande de « revoir la copie. Nous n’avons pas besoin de mesures court-termistes, mais d’une stratégie aux niveaux français et européen à la hauteur de la crise ». De leur côté, les associations spécialisées des grandes cultures de la FNSEA ont dénoncé « des mesurettes ».
Reçu, le 30 mars à Matignon par le Premier ministre Sébastien Lecornu, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a réclamé un soutien financier accru pour faire face à l’explosion des charges. Le syndicat exige une aide de 30 centimes par litre pour compenser l'impact des tensions au Moyen-Orient. En pleine période de travaux, l’urgence concerne également les engrais, dont les tarifs ont grimpé de plus de 15 % en France. Le cumul fuel-fertilisants alourdit les charges de plus de 100 €/ha, dépassant souvent le résultat net à l’hectare des exploitations.
« Le Premier ministre m’a dit que les annonces de vendredi n’étaient pas un solde de tout compte et qu’il ferait le point à la fin du mois pour voir ce qu’il serait possible de faire, mais qu’il était prêt à aller plus loin si la guerre devait se poursuivre », rapporte Arnaud Rousseau.
Le président de La Coopération agricole-Métiers du grain a alerté sur les effets d’une hausse prolongée des prix des engrais sur la récolte de céréales 2027. « Les coopératives françaises achètent leurs engrais à partir du mois de mai. S’il ne se passe rien d’ici au 15 mai, nous allons mettre en forte tension notre capacité de production », a déclaré Antoine Hacard. Et de prévenir : « Compte tenu du prix de la tonne de blé, il n’y aura pas d’achats d’engrais ».
Le président de l’interprofession, Benoît Piétrement, confirme que, pour des raisons logistiques, les coopératives françaises doivent acheter leurs engrais au printemps, et que de nombreux agriculteurs, notamment dans les zones intermédiaires, pourraient être tentés de faire l’impasse sur les céréales cette année.
MACF : toujours pas d'avancée
La FNSEA demande également la suspension du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) sur les fertilisants, une mesure que la ministre de l’Agriculture a défendu le jour même lors du conseil des ministres européens de l’Agriculture à Bruxelles. Sans succès.
Pourtant, plusieurs délégations (Portugal, Grèce, pays baltes) ont apporté leur soutien à la demande de la France. Annie Genevard propose soit une suspension juridique formelle (par la modification du règlement), soit une mise à zéro technique des valeurs par défaut pour les engrais. À défaut, elle appelle à la mise en place rapide d’un mécanisme de compensation financière pour neutraliser le coût du MACF pour les agriculteurs.
Le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, s’est une nouvelle fois montré réticent à cette idée. « Nous avons déjà pris des mesures pour réduire les droits de douane. Suspendre le MACF pour les engrais risquerait d’aggraver notre dépendance aux importations », fait-il valoir. Il promet que le plan d’action sur les engrais, initialement prévu pour le mois de juin, tiendra compte de la situation avec des mesures de court et long terme « afin de soutenir la production européenne d’engrais, de réduire les dépendances, tout en aidant les agriculteurs à utiliser les engrais de manière plus efficace et à substituer les engrais minéraux par des engrais biosourcés ». Une réunion « urgente de haut niveau avec les parties prenantes » sur ce plan se tiendra le 13 avril à Bruxelles.
M.R, Actuagri et Agra