La montagne en campagne
Installation, reconquête agricole, soutien aux outils de transformation de proximité, défense de l'alpagisme, loup... Lors des réunions électorales organisées en zone de montagne ou de piémont (Goncelin, Jarrie, Cornillon-en-Trièves et Valbonnais), les candidats de la liste Avançons ensemble les pieds sur terre ont débattu des problématiques spécifiques à ces espaces. Revenant sur le « travail réalisé à l'échelle de la FDSEA, mais aussi au sein de la chambre d'agriculture, suite aux crises de 2015, 2016 et 2017 » (plan de soutien à l'élevage, année blanche...), Jérôme Crozat, chef de file de la liste d'ouverture présentée par la FDSEA-JA38, a tenu à préciser que « même si nous ne sommes pas satisfaits de nos primes PAC, nous vous rappelons qu'il y a eu une solidarité de fait avec le renforcement de l'ICHN ».
Défi
A Goncelin, le 15 janvier, le président de la FDSEA de l'Isère s'est d'abord attardé sur « le gros défi du renouvellement des générations ». Il a rappelé que les JA avaient beaucoup travaillé sur le dossier, faisant « augmenter la DJA de 50 à 100 % depuis 2017 ». Ce à quoi un agriculteur du Touvet (exploitant en grandes cultures et noix) a répondu : « Mon fils a voulu y aller, mais il a finalement renoncé. Si on n'est pas éleveur en zone de montagne, ce n'est pas la peine ! » Philippe Carron, exploitant à La Buissière, a renchéri : « Dans le coin, ils ont tous renoncé : les dossiers sont trop complexes à monter... » Jugeant que ce n'était « pas normal » et qu'il fallait « faire une expertise » sur le sujet, Jérôme Crozat a rappelé que l'installation était correlée à la transmission, laquelle pouvait être boostée grâce à un dispositif comme le FAST (1). Et d'ajouter, réaliste : « On ne pourra atteindre l'objectif d'un départ pour une installation que si l'on retouve une impulsion sur les prix ou l'accompagnement, surtout en lait... »
Mobilisation
Chacun en est bien conscient. Surtout en zone de montagne, où les coûts de collecte sont très élevés et où la présence du loup fait des ravages. « C'est le problème dans le Trièves », reconnaît Amandine Vial, éleveuse à Clelles, à l'origine de la grande manifestation contre le loup en juillet 2017. Présente lors des réunions de Jarrie (17 janvier) et de Cornillon-en-Trièves (22 janvier), la jeune femme a accepté de rejoindre la liste FDSEA-JA pour porter la voix de son territoire et défendre l'objectif du « zéro attaque » via des solutions concrètes (déclassement du loup comme espèce protégée, autorisations de tir sur une meute et non pas sur un seul loup, analyses de prélèvement faites par des laboratoires indépendants...). « Il faut que les agriculteurs votent pour montrer qu'ils sont mobilisés, insiste-t-elle. Sinon l'Etat aura beau jeu de dire que le monde agricole n'est pas au rendez-vous et qu'il n'est pas nécessaire de maintenir des chambres d'agriculture au niveau départemental. Le jour où on n'aura plus que des chambres régionales, il sera trop tard !»
Reconquête du foncier
La question du foncier a également été mise sur la table. Jacqueline Rebuffet, éleveuse à Laval et vice-présidente de la chambre, a mentionné l'implication de la chambre d'agriculture que ce soit dans le cadre des schémas de cohérence territoriale (Scot), des dossiers de PAEN (2) ou de la reconquête des espaces agricoles, son cheval de bataille. « Ce n'est pas simple, mais nous y sommes arrivés dans notre commune. Il faudrait étendre cette dynamique à l'ensemble des massifs. Cela représente beaucoup d'investissements de la part des élus : c'est d'abord eux qu'il faut convaincre », lance-t-elle comme un clin d'œil à l'adresse de ses collègues. Alain Chaffanel, agriculteur au Touvet et membre de la commission Environnement de sa commune, relève le travail réalisé autour du dossier du PAEN, mais il précise que « ceux qui ont fait le plus de bruit, ce sont les écolos qui hurlaient contre le maïs, alors qu'on ne l'arrose même pas ! ».
Ecolos ou pas, les agriculteurs sont nombreux à s'inquiéter de la dégradation de leurs relations avec les riverains. « Quand j'explique comment je travaille, ils écoutent, mais ils focalisent sur les traitements », se désole Marc Didelle, producteur de noix à Goncelin, qui aimerait que soient instaurées des zones-tampon entre les parcelles et les maisons « qui se rapprochent de plus en plus ». S'appuyant sur la diffusion de charte de bon voisinage, Jérôme Crozat répond qu'un travail a été lancé avec le Conseil départemental agricole (CAD) et que « la profession doit être très volontaire. Nous avons le soutien du Département et de l'association des maires. Passons par les mairies pour faire de la pédagogie ».
MB
(1) Imaginé par les Jeunes Agriculteurs de Haute-Savoie, le Fonds d'accompagnement à la succession et à la transmission (FAST) a été lauréat du premier trophée de l'innovation à l'installation.
(2) Périmètre de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels.