La MSA au plus près des risques
La prévention des risques professionnels était au cœur des débats du forum des territoires que la MSA Alpes du Nord a organisé mercredi dernier à Saint-Siméon-de-Bressieux. Car une des spécificités du régime agricole de la MSA tient à sa double mission de contrôle et de prévention. Celle du docteur Anne Michel, médecin du travail chef du service prévention, est de « diminuer le nombre et la gravité des accidents du travail et des maladies professionnelles ». En 2016, la MSA Alpes du Nord a enregistré 2 061 accidents du travail et 131 cas de maladies professionnelles (93% de TMS). « Mais il existe de nombreuses maladies à caractère professionnel comme les risques psycho-sociaux, le risque chimique, ou encore les nouvelles maladies liées au réchauffement climatique ou bien les risques émergents liés aux nanoparticules, explique la médecin du travail. Ces risques représentent un coût humain, financier et juridique. » D'autant que Françoise Thevenas, exploitante et présidente du CPSNS(1), estime « qu'il existe une réelle sous déclaration des accidents du travail et les maladies professionnelles chez les exploitants ». Le sujet est souvent tabou et les chiffres ne reflètent qu'imparfaitement la réalité. Aussi la déléguée insiste sur l'importance de contacter le service SST(2) de la MSA pour la santé et la sécurité de l'employeur, comme du salarié. Franck Chabut directeur du service SST rappelle qu'il existe un conseiller en prévention par territoire. Il intervient à la demande, sur commande institutionnelle, de façon individuelle ou collective.
Analyser les accidents du travail
Une forme de prise en charge de ces questions en amont peut résider dans l'établissement d'un contrat de prévention. Ce contrat est le fruit d'une filière professionnelle(3) désireuse de se mobiliser autour de la prévention des risques. Il est signé entre la MSA et l'employeur et fixe la durée (2 à 3 ans), la participation financière (non obligatoire) et le suivi de la démarche. « C'est une démarche participative », explique Aurélie Fortune, conseillère prévention à la MSA, qui a mis en place un contrat avec la scierie Combalot à Saint-Siméon-de-Bressieux. « C'est une scierie ancestrale que j'ai reprise il y a onze ans, explique François Brun-Buisson, son dirigeant. Il n'y avait pas eu d'investissement pendant quinze ans. Dès la deuxième année, j'ai pris contact avec la MSA.» Pour mettre en place le plan de prévention des risques, l'entrepreneur doit mettre tout à plat. Il est aidé par un cabinet d'ergonomie pour partir de zéro, c'est à dire dessiner le plan de la scierie qui n'existait pas. Les flux matière, les process de travail, la gestion des salariés, tout est étudié. Le renouvellement du plan en 2016 a permis d'aller plus loin dans la prévention en partant de l'analyse des accidents du travail. Il s'agit le plus souvent de petites coupures, de risques liés à la coactivité, à l'utilisation des engins (manitous et pelles mécaniques) et des machines pour le sciage. « Les accidents du travail arrivent sur les petits outils dont les salariés ne se servent pas souvent », constate le dirigeant. Le management visuel, à partir d'une maquette et de photos, a permis à l'ensemble du personnel de l'entreprise de mieux comprendre les attentes réciproques, d'un poste de travail à un autre. C'est ainsi que les flux, le stockage et le triage du bois ont subi de nettes améliorations au bénéfice de la marche en avant et de la sécurité des salariés. Les grosses coupures, tant redoutées, ne se sont pas reproduites.
L'entreprise a investi 466 500 euros dans l'amélioration des conditions de travail et la prévention des risques et reçu un accompagnement financier de la MSA de 13 000 euros. La scierie va notamment lancer un prototype de machine pour pointer les échalas, un poste jusqu'alors très pénible pour les salariés. « La sécurité, c'est la bonne conscience de chacun », déclare Claude Frandon, un salarié référents risques en présentant sur site les évolutions de la société. L'entreprise est en transformation permanente. Les salariés se sont spécialisés dans leurs tâches mais sont capables de travailler à tous les postes. « Souvent les idées remontent du terrain », constate le responsable.
Isabelle Doucet
(1) Comité de protection sociale des non-salariés agricoles
(2) Santé sécurité travail
(3) Scieries, entreprises du paysage, vinification, travaux agricoles et ruraux, Cuma, horticulture, pépinière, maraîchage, accouvage et sélection, exploitation de bois, sylviculture, cultures fruitières, collecte, stockage, transformation
Règlementation
Indispensable document unique
Obligatoire depuis 2001, le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) échappe encore à de nombreuses structures. C'est la raison pour laquelle la MSA Alpes du Nord avait plus particulièrement orienté le forum dédié aux jeunes installés organisé dans son territoire Sud-Isère sur l'évaluation des risques.Franck Chabut, le responsable du service santé sécurité au travail (SST) de la MSA rappelle que le rôle de ses équipes est de venir en appui sur les problématiques de santé et de sécurité au travail. Les exploitants agricoles sont confrontés à une longue liste de risques dont parfois ils ont peu conscience. Les enjeux liés à la prévention sont nombreux. Ils portent sur les conditions de travail, la prévention des maladies professionnelles et des accidents du travail, sur le coût sociétal, la responsabilité civile ou pénale, le gain ou la perte de temps. « Le document unique est aussi un moyen de gérer le risque juridique », insiste Franck Chabut. Il fait référence en cas d'accident.
« Pour être couvert, il n'y a pas le choix, c'est le premier truc demandé, témoigne un participant. Il faut prendre son exploitation de A à Z et penser où il y a un risque, pour soi et pour les autres personnes et en face, donner la solution pour éviter le risque. » Mais beaucoup redoutent « l'usine à gaz » et la complexité du document. Ils demandent s'il existe une trame ou un logiciel, qui les aideraient à appréhender les risques sur leurs exploitations, existantes ou futures. Des sessions de formation sont mises en place par les chambres d'agriculture et leurs partenaires, informe le responsable qui insiste sur l'importance de la démarche qui accompagne l'élaboration du document afin que celui-ci soit opérationnel. La méthode consiste, à partir d'un état des lieux, à recenser les tâches et les risques associés puis de mettre en place un plan d'action en fixant les priorités. Le document n'est pas nécessairement certifié, mais met l'exploitant face à ses responsabilités.
« L'objectif est d'avoir quelque chose d'opérationnel, il ne s'agit pas uniquement d'éléments matériels, ce peut être de la formation, des procédures, une organisation », Franck Chabut insiste sur le retour sur investissement. « Un euro de prévention rapporte, 2,19 euros ».