La noix de Grenoble ne veut pas se laisser écraser
Bras armé de la valorisation de la filière nucicole, le Comité interprofessionnel de la noix de Grenoble (CING) réunit tous les opérateurs de la filière (1000 producteurs, 18 entreprises de commercialisation, dont deux coopératives et 80 producteurs expéditeurs). Son assemblée générale, tout comme celle de Coopenoix, a permis de recadrer certains objectifs. La production de noix de Grenoble AOP s'établit en 2013 à 13 3255 tonnes dont 80% commercialisées sous l'appellation. Globalement, le verger Rhône-Alpes produit en moyenne 18 000 tonnes de noix. En 2013, la noix de Grenoble alimente deux tiers du marché intérieur (4 345 tonnes) et exporte 62% de sa production (6 350 tonnes). Si depuis quatre ans et la campagne de communication sur les vertus du fruit sec, la France est devenue le premier marché de la noix AOP, l'export reste porté par les marchés italiens et allemands, qui se disputent la deuxième place en s'établissant respectivement à 1 654 tonnes pour l'Italie (en retrait de 30% par rapport à 2012) et 1 784 tonnes. Cependant, l'export a augmenté de 30,2% depuis 2010 et le marché européen reste porteur. « Nous avons des droits et des devoirs, avertit Yves Borel, le président du CING. La récolte 2013 a été importante en volume et bien rémunérée aux producteurs, mais sur les marchés, la finalité revient aux consommateurs et l'an dernier, nous n'avons pas été indemnes de tout reproche sur la qualité ». A son tour, il est revenu sur l'organisation du travail en déplorant une main-d'œuvre insuffisante pour faire face aux quantités importantes et aux aléas climatiques. Le matériel de séchage s'est également avéré insuffisant pour parvenir à traiter toute la récolte dans les meilleures conditions. Et le taux de déchets constaté dans certains lots aurait pû être de nature à pénaliser toute la filière. Yves Borel préconise en premier lieu l'installation de séparateurs. « Je pense que c'est une faute professionnelle de la part des producteurs de ne pas avoir les équipements nécessaires », critique-t-il en mettant en perspective le niveau de rémunération du produit.
Cahier des charges AOP
Le Comité interprofessionnel suit également de près le dossier de la gestion de l'appellation et le projet de modification du cahier des charges. Celui-ci est conditionné par la validation du plan de contrôle de l'appellation par le Comité national de l'Inao. Ce qui est chose faite. Le tout vient donc d'être transmis au ministère de l'Agriculture pour homologation et être envoyé à la Commission européenne pour approbation - ou pas - dans un délais de six mois. Le nouveau cahier des charges comporte les nouvelles dispositions concernant les distances de plantation qui intéressent les parcelles plantées après 2002 : une superficie de 100m2 par arbre doit être respectée. La distance minimale entre les noyers est de 8 mètres. L'introduction de la fernor dans le cahier des charges s'avère un autre combat de longue haleine.
Pour démystifier les plans de contrôles dont la fréquence va passer de 5% des exploitations à 15%, le CING avait invité les deux opérateurs qui interviennent sur la zone pour vérifier notamment la densité des vergers chez les nuciculteurs et la traçabilité ou le réglage des machines chez les metteurs en marché. « C'est un échange qui doit tirer vers le haut », insiste Yves Borel.
Route de la noix
La grande affaire du CING, c'est aussi le balisage de la zone de production et l'ouverture de la Route de la noix. La pose des panneaux en 1,30m x 2,20m dans les treize points d'entrée définis est imminente. Leur positionnement couvrira les axes de circulation les mieux fréquentés dans les secteurs de Romans, La Côte-Saint-André, Grenoble et Pontcharra. En écho, le projet de la Route de la noix devrait attirer un flux touristique à l'intérieur de la zone de production, en s'appuyant sur un balisage des points d'intérêts du terroir. « Toutes ces actions sont destinées à asseoir la notoriété de la noix de Grenoble. Nous vivons de bons moments. Nous pouvons rester dans l'euphorie, mais nous devons penser à l'avenir, aux générations futures, aux consommateurs et garder ce fleuron. Pour cela nous devons faire évoluer les volumes et la qualité », plaide Yves Borel. Le CING a conclu sur les cotisations 2014-2015 qui resteront à 20 euros par hectare et par producteur et 15 euros par tonne pour les metteurs en marché. Il ne reste plus qu'à attendre la date du début de la récolte, laquelle sera connue sous huitaine.
Isabelle Doucet
Voir également dans la filière, Coopenoix investit pour l'avenir
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