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Filière nucicole

La noix vue de l'Allemagne

Importateur historique de noix de Grenoble, l'Allemagne reste incontestablement un marché porteur. Les consommateurs de ce pays apprécient la qualité de ce produit, qui se distingue ainsi des autres zones de production du globe.
La noix vue de l'Allemagne

C'est un pays qui a toujours compté parmi les bons clients de noix de Grenoble. Historiquement, c'était même le plus gros importateur de noix. Aujourd'hui, même si les metteurs en marché peinent à s'avancer sur une tendance concernant les exportations du produit vers l'Allemagne - ils soulignent que chaque année est différente selon la quantité, la qualité et les calibres -, le pays reste incontestablement un marché porteur. Selon l'étude du marché de la noix réalisée par le CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes) en juin 2014, « les volumes fournis au marché allemand restent globalement stables, aux environs de 4 300 tonnes ». Pour autant, des variations ont eu lieu depuis une quinzaine d'années, liées principalement à l'augmentation du volume global disponible et aux nouveaux débouchés qu'ont recherché les entreprises « pour ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier ». La coopérative Coopenoix par exemple, présente en Allemagne depuis les années 1960, a vu la part de marché destinée à l'Allemagne diminuer en pourcentage (entre 21 et 22% aujourd'hui, contre 35% avant les années 2000), mais augmenter en volume (environ 1400 tonnes aujourd'hui contre 1000, il y a 15 ans). L'entreprise Rivière, qui a aussi fait le choix de diversifier ses ventes, pour partager les risques liés aux situations économiques des pays, fournit chaque année à hauteur de 25 % chacune de ces destinations. Ainsi, selon le volume de l'année, l'Allemagne importe plus ou moins de noix. Pour Arnaud Rivière, responsable du site de Vinay, : « cCe n'est pas l'Allemagne qui importe moins. C'est plutôt nous qui leur en mettons moins à disposition ».

Avant la Saint-Nicolas

Même si la France est le deuxième fournisseur de l'Allemagne (derrière les Etats-Unis) avec une part de marché variant entre 30 et 50 % en fonction des apports américains, le pays reconnaît et apprécie particulièrement la qualité de la noix de Grenoble. D'ailleurs, « l'AOP (Appellation d'origine protégée) est un label qui leur tient à coeur », confirme Arnaud Rivière. Ils apprécient aussi qu'elles soient précocément disponible dans la saison et qu'elles soient livrées rapidement, du début de l'automne, jusqu'aux fêtes de fin d'année. « Les noix destinées à l'Allemagne doivent être dans le pays avant la Saint-Nicolas (6 décembre). Après, la saison est fini », indique Marc Giraud, directeur de Coopenoix. Au regard des périodes de récolte de noix dans les autres pays du globe, c'est un atout incontestable. Ces qualités de produit et de services, reconnus par les acheteurs allemands (qu'ils s'agissent des GMS, des grossistes ou des discounters), ajoutés à une production globalement déficitaire, facilitent la tâche des entreprises pour vendre la noix à son prix actuel. Car, même si les cours mondiaux sont soutenus, certains pays producteurs ont la possibilité de vendre leurs noix moins chères.

Fidèles à leurs clients d'origine

En Allemagne, la noix est un produit haut de gamme, qui fait partie de la consommation traditionnelle de ses habitants. « Durant les mois de novembre et décembre, la tradition est d'acheter des noix et de les utiliser pour faire des petits gateaux secs », indique Bruno Convert, nuciculteur à L'Albenc, en Isère, qui commercialise une partie de sa production et de ses produits dérivés au marché de Noël de Grafing, à 30 kilomètres de Munich. Le côté traditionnel du produit va d'ailleurs au-delà de son utilisation. « Pour la petite histoire, nos clients allemands sont les seuls à rester attachés au filet en coton orange, estampillé noix de Grenoble, contrairement aux autres qui ont apprécié les évolutions de packaging », souligne Arnaud Rivière. Aujourd'hui, la notoriété de la noix de Grenoble est telle dans le pays que les metteurs en marché n'ont pas besoin d'accentuer leur communication. Avec une production qui peine à satisfaire la demande, les entreprises restent donc fidèles à leurs clients d'origine. Pour autant, la tenue du salon Fruit Logistica à Berlin est l'occasion pour les metteurs en marché de rencontrer leurs acheteurs, qu'ils soient d'Allemagne ou d'ailleurs, puisque c'est le premier salon du commerce international des fruits, un lieu de rendez-vous incontournable pour les professionnels de la filière.

Isabelle Brenguier

Des nuciculteurs isérois au marché de Noël de Grafing

Ils avaient juste fait de l'allemand au collège et au lycée. Quand une ancienne professeur, impliquée au sein de la commune de Saint-Marcellin jumelée avec Grafing, en Bavière, leur a proposé d'aller vendre leurs noix au marché de Noël de la ville, les frères Convert, Gilles, Bruno et Luc, installés à L'Albenc ont saisi l'opportunité. C'était en 1998. Ils ne connaissaient personne mais ont voulu tenter l'aventure. Plus de 15 ans après, ils continuent chaque année de se rendre à ce marché. Pour vendre leurs produits, et pour voir les amis qu'ils se sont faits au fil des années. « Les allemands utilisent beaucoup les noix dans les gateaux qu'ils confectionnent pour les fêtes de fin d'année. C'est une tradition bien plus répandue que chez nous. Nos acheteurs sont des clients fidèles, qui reviennent d'années en années. Ils connaissent nos produits et apprécient de les retrouver », indique Bruno Convert, juste avant son départ pour Grafing, et souligne que la priorité des consommateurs d'outre-Rhin est la recherche d'une noix de qualité.
I.B.