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Témoignage

"La où nous étions les plus performants"

Jean-Louis Broglio a été pendant 15 ans Pdg des Remorque mandrinoises. Invité de la FDSEA, il partage avec les agriculteurs son expérience de crise et de rebond.
"La où nous étions les plus performants"

« J'ai été chef d'entreprise pendant 40 ans, et notamment dirigeant des Remorques mandrinoises », explique l'ancien patron de PME, qui a rejoint le réseau syndical de la CGPME et de la CCI, dont il est trésorier adjoint, « pour rompre la solitude du chef d'entreprise ». En 2008, quand la crise économique internationale  frappe à la porte de sa PME, il décide de « s'adapter », de « franchir des étapes ». La première chose à faire est de ne pas se trouver en difficulté. Il demande aussitôt un report de trésorerie à son banquier. « Maintenir sa trésorerie est une condition d'existence », déclare-t-il. Puis il déménage du col de Toutes Aures pour Centr'Alp à Moirans. Nouveau départ. Le maintien du cap passe ensuite par une renégociation des tous les postes achats ; une façon d'agir directement sur les marges et le résultat. « Nous avons récupéré la sous-traitance en prévision de notre baisse d'activité et nous nous sommes recentrés sur notre savoir-faire, là où nous étions les plus performants », poursuit-il. Trouver des niches, aller au plus près de la demande du client : l'industriel investit dans son bureau d'études, dans des équipements PAO/DAO, s'engage dans un processus d'amélioration de la qualité, décroche un Iso9000, qui lui ouvre la porte des grands comptes. « Ce n'est pas parce qu'on est petit que nous n'y avons pas accès. Pour répondre à un appel d'offres, c'est le montage du premier dossier qui est compliqué ». Autres ingrédients de sa recette : le service client, l'export, internet et surtout, la tenue au plus près d'un tableau de bord, de façon à savoir, exactement où l'entreprise va. Vendredi dernier, il a invité les exploitants à connaître leur coût horaire et le point mort, en-deçà duquel l'affaire perd de l'argent. « Il ne faut pas hésiter à se faire aider par des conseils extérieurs », a-t-il en outre recommandé.

Coûts de production««

Ce sont les producteurs laitiers, en pleine dérégulation du marché, qui ont réagi à ce témoignage, expliquant que de leur côté, ils vendaient leur lait, sans savoir combien ils allaient être payés. « Comment dans ces conditions raisonner sur le long terme ? ». Pour Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, il importe de donner de la visibilité aux coûts de production dans un secteur laitier longtemps régi par les négociations entre transformateurs et grande distribution. Quant à Sylvie Budillon-Rabatel, elle rappelle que l'innovation ne réside pas forcément dans de nouveau secteurs comme les semences ou la vente directe, mais elle peut se nicher au cœur de l'exploitation, dans une nouvelle organisation, un nouveau mode de production. En conclusion, Joël Broglio est revenu sur la question des investissements, rappellant qu'ils doivent être avant tout rentables et répondre à des objectifs bien calculés.

Isabelle Doucet