La part belle à la qualité et aux circuits courts
L'embellie connue par la filière viande bovine l'année dernière fait déjà partie du passé. « Sur les marchés de base, la viande a perdu 60 % de ce qui avait été gagné sur un an, jusqu'à l'automne dernier. Quant aux broutards, ils ont perdu entre 10 et 15 % de leur valeur, par rapport à l'année dernière », précise Paul-Dominique Rebreyend, éleveur à Pierre-Chatel, dans le sud-Isère. Raphaël Loveno, président du syndicat des éleveurs charolais de l'Isère, estime, « que les broutards ont perdu cette année 0,60 euro par kilo, passant ainsi de 3 à 2,40 euro ».
Une demande en berne
La conjoncture bovine est à nouveau clairement à la baisse. Comme les exportations de broutards vers l'Italie, qui, entre la crise économique et les changements d'orientation agricole, est plutôt endormie. « Il n'y a pas besoin de gros écarts dans un sens ou dans l'autre pour faire effondrer un marché. En l'occurrence, il s'agit ici plus d'une demande en berne que d'une augmentation de la production. Et avec la pression des gros opérateurs d'abattage et de la grande distribution, qui ne perdent jamais une occasion de faire baisser les prix, les producteurs sont les dindons de la farce », estime l'éleveur, qui considère que les élevages sont maintenant arrivés au bout du bout de l'optimisation de l'efficacité. « Nous ne sommes jamais sûrs des évolutions, mais les signaux sont actuellement assez préoccupants. Et je n'ai pas le sentiment que la situation inquiète la filière ou les grandes surfaces qui pourront toujours se satisfaire ailleurs et à moindre coût », pressent-il. Et la dernière réforme de la Pac, avec la révision des quotas de la PMTVA et la fin de la PHAE, ne va certainement pas améliorer les choses. Pour autant, cette mauvaise situation globale n'a pas encore eu de conséquences sur les abattages. Du moins, à l'abattoir de Grenoble, où aucun signal n'a jusqu'à présent été enregistré. « L'équilibre est maintenu sur les gros bovins et il y a même une légère hausse sur les porcs et les veaux », indique Eric Rochas, président de l'abattoir de Grenoble. « Mais nos clients sont des habitués, ils ne changent pas du jour au lendemain leurs pratiques. Nous sommes sur un temps de réaction plus long », ajoute-t-il.
Des belles bêtes
Dans ce contexte, il semble de plus en plus nécessaire de devoir faire la part belle aux « bêtes de qualité, que l'on peut toujours mieux valoriser », affirme Raphaël Loveno. « Que ce soit sur les marchés à l'export ou en vente directe, la pression étant de plus en plus forte, les animaux doivent toujours être de meilleure qualité. Même si on ne peut pas faire que des belles bêtes, ce sont celles-ci qui, vendues un bon prix, permettront aux élevages de s'équilibrer », analyse l'éleveur.
Retravailler localement
Sortir de la viande de qualité, commercialisée via les circuits courts revient d'ailleurs un peu comme un leitmotiv. « En Isère, sous sommes sur de petits élevages dans des petites surfaces. En conséquence, nos coûts de production sont plus élevés qu'ailleurs. C'est comme cela. Il n'y a pas que que la vente directe, mais il faut retravailler localement, avec les opérateurs et les outils dont on dispose. D'ailleurs, tout le monde attend cela. En ce sens, l'initiative de valorisation de quelques bêtes de haute qualité portée par les bouchers de Grenoble et certains éleveurs est très intéressante (voir Terre Dauphinoise du 23 octobre 2014) », estime Eric Rochas. Selon Raphaël Loveno aussi, ce partenariat peut représenter une réelle opportunité pour les éleveurs concernés et leur apporter une satisfaction non négligeable de savoir que la viande produite dans leur exploitation sera consommée dans le département. Pour Paul-Dominique Rebreyend, ce travail sur les niches ou les circuits courts est une façon de tenter de sécuriser les systèmes. Pour Raphaël Loveno, c'est une façon de tenter de continuer d'installer des jeunes. Car en Isère, les vaches font partie du paysage », insiste-t-il avec vigueur.
Isabelle Brenguier