La pause s'impose quelquefois
Ils sont finalement cinq. Sur quinze contactés. Manuelle Glasman et Lise Escallier, toutes les deux de la chambre d'agriculture, viennent de démarrer une formation sur « Prendre une pause pour mieux rebondir dans ma vie professionnelle ». « C'est une formation d'hiver, composée de trois modules successifs répartis sur trois mois, destinée aux agriculteurs qui s'interrogent sur leur métier et son approche », explique Manuelle Glasman. Une formation d'hiver parce qu'il faut être disponible, tant matériellement, qu'intellectuellement. « Elle intéresse tous les agriculteurs, quelle que soit leur filière ou leur fonctionnement, continue la coach. Les producteurs laitiers sont concernés, entre les problèmes de prix et ceux liés à la collecte, ou tout simplement à la charge de travail, ils peuvent se poser beaucoup de questions quant à la pérennité de leur travail. Cela peut être aussi un problème, une tension entre deux associés, qu'ils soient de la même famille ou pas. D'une manière générale, tout questionnement sur le métier peut conduire à suivre cette formation ».
Recul nécessaire
Pour les deux techniciennes chargées de cette formation, le recrutement est compliqué. Au fil des jours et de leur quotidien, des salariés d'organisations professionnelles détectent des personnes dont le mal-être est sous-jacent. Ils font une première approche auprès de la personne, puis font surtout remonter l'information auprès de Manuelle Glasman. Cette dernière ou Lise Escallier recontacte le candidat potentiel. « Nous expliquons le but et le contenu de la formation. Il n'y a aucune obligation. C'est surtout s'arrêter un moment pour prendre du recul sur une situation, décrypte Manuelle Glasman. Le plus dur est le passage à l'acte, celui où l'on accepte de venir en formation. Car pendant la formation, il faut accepter de parler de son quotidien, de ses problèmes professionnels avec les autres stagiaires. Mais le fait de venir est déjà une grande étape franchie ». La formatrice reconnaît « qu'accepter de se poser n'est pas simple, cela peut remettre en cause certains fonctionnements, certaines habitudes », donc d'être bousculé. Mais cela peut arriver rapidement... ou pas. « Lors de la première formation en 2017/2018, dès la deuxième séance j'avais remarqué une évolution chez un stagiaire. D'autre peuvent avoir un temps de maturation plus longs, quelques semaines, voire quelques mois. Parmi eux, un n'a rien changé, mais cela ne veut pas dire que rien ne se fait. Il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de révolution. Seulement une éventuelle évolution selon un rythme propre à chacun des stagiaires. Mais il y a toujours une prise de conscience de leur part. C'est là l'essentiel. »