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Ressource en eau

La qualité de l'eau à coûts réduits

Le contrat de rivière Paladru-Fure-Morge-Olon présente de fortes ambitions pour améliorer la qualité de l'eau, mais son budget est limité.
La qualité de l'eau à coûts réduits

Début décembre,la signature du contrat de rivière Paladru-Fure-Morge-Olon a porté l'éclairage sur l'amélioration des milieux aquatiques de ce territoire de 32 communes qui s'étend sur 270 km2, du Pays voironnais à la Bièvre, descend vers Saint-Marcellin et remonte jusqu'aux Vals du Dauphiné. Si l'agriculture pèse peu parmi les gestionnaires et les usagers de l'eau de ce secteur, elle reste hautement concernée par la gestion concertée de la ressource en eau.
« C'est une chance de signer ce contrat qui est le fruit de la bonne volonté de tous », se réjouit Thierry Blanchet, élu à la chambre d'agriculture de l'Isère. Mais il regrette que « l'Agence de l'eau annonce une baisse de 50% de son budget. Il faudra donc donner des priorités aux actions et l'agriculture ne pèse que 1% du contrat ». Il ajoute : « Le problème c'est qu'il y a des terres agricoles en amont du bassin et que la qualité de l'eau nous concerne au premier plan. » Autre bémol du représentant du monde agricole : « Beaucoup de financements sont consacrés aux contrôles et aux analyses. C'est rassurant, mais il faudrait plutôt investir dans des actions de prévention directement auprès des agriculteurs. » Avec un budget limité, il préconise « une réflexion de fond » recensant les besoins et les solutions « car c'était déjà compliqué avant, ce le sera encore plus avec 50% de budget en moins ».

76 actions jusqu'en 2021

Le budget nécessaire à la mise en œuvre du contrat de rivière s'élève à 27 millions d'euros financés à hauteur de 10 millions d'euros par l'Agence de l'eau et un million d'euros par le Département. Il se décline en six volets, le plus important étant celui de la lutte contre les pollutions et l'amélioration de la qualité de l'eau (13 millions d'euros). Suivent la restauration de l'état physique du cours d'eau (6 millions d'euros), puis l'animation du contrat, la préservation des milieux aquatiques, la gestion du risque d'inondation et la gestion quantitative de la ressource en eau.
Le constat dressé est que « la qualité des eaux (...) est globalement satisfaisante, même si celle-ci se dégrade fortement après la traversée des agglomérations et des zones agricoles ». Les molécules incriminées sont les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), des métaux lourds et des pesticides.
Le contrat a la prétention de déployer 76 actions jusqu'en 2021 dont cinq intéressent directement l'agriculture. Il s'agit d'un état des lieux des pratiques de stockage d'effluents, de la gestion des bords de cours d'eau dans les secteurs d'élevage pour limiter le piétinement en installant des abreuvoirs, de la création d'aires de lavage et de remplissage des pulvérisateurs (financées par le Département), de la sensibilisation à l'utilisation de matériel alternatif (financement PCAE/région et Agence de l'eau) et enfin, d'un suivi d'expérience du contrat signé dans le Sud-Grésivaudan. Cette dernière action, qui n'a pas à ce jour de financement, vise à s'inspirer des pratiques développées en nuciculture, notamment en matière de consommation d'eau, de limitation des pollutions au moment du lavage des noix et d'utilisation des intrants.

Aires de lavage

La mise en place de ces mesures s'effectue avec l'accompagnement de la chambre d'agriculture. « Nous avons réalisé un gros travail en amont avec des réunions à destination des agriculteurs, indique Victor Brunel, le chargé de mission du contrat de rivière. Nous avons aussi effectué des visites d'exploitations et réalisé un document spécifique où sont présentées les aides financières apportées par le contrat de rivière. Des rencontres individuelles sont organisées pour les exploitants les plus intéressés. » Un accompagnement est notamment prévu sur les dossiers d'aide à l'investissement pour l'acquisition de matériel alternatif. L'enveloppe disponible globale s'élève à 100 000 euros d'ici 2019, qui peut concerner l'achat de petits ou gros matériels, subventionnés à hauteur de 40%. Quant aux aires de lavage, l'objectif du contrat est d'en voir la réalisation de deux individuelles et une collective.
« Chaque activité amène son lot de pollution : lessivage des routes, activités industrielles avec la présence d'établissements classés ICPE à Centr'Alp, pollutions domestiques ou accidentelles, toutes les activités humaines génèrent un type de pollution et nous les retrouvons toutes sur le territoire », ajoute le chargé de mission. Si bien que les volets qui absorbent le plus de financements sont l'amélioration du réseau, l'assainissement et le travail avec les industriels. Un travail de sensibilisation avec les jardiniers amateurs est aussi réalisé pour la limitation des produits phytosanitaires dans les jardins. Quant aux communes concernées, elles sont toutes passées en plan Zéro phyto, satisfaisant ainsi à leurs obligations.

Isabelle Doucet