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Tour de plaine

La qualité ne comble pas la quantité

Les récoltes de blé, orge et colza sont pratiquement terminées hormis en montagne. Si le pois spécifique et la teneur en protéines sont excellent, en revanche, les rendements manquent.
La qualité ne comble pas la quantité

« La qualité ne comblera pas la quantité », estime Michel Payre, le dirigeant de l'organisme collecteur-stockeur de Moirans. Alors que les moissons sont terminées en plaine, les machines sont parties en montagne pour achever la récolte de blé dans le Trièves et les Hautes-Alpes. « La qualité est bonne, mais il manque 25% en quantité », précise-t-il. En cause, le trop d'eau du printemps qui a fait « pousser la paille ». Le poids spécifique (PS) est au rendez-vous, mais les rendements observent un retrait de 20 à 30 quintaux/ha par rapport à l'an passé. « Dans la plaine de la Bièvre, il s'est récolté entre 65 et 70 quintaux l'hectare alors que les agriculteurs en attendaient 85 », reprend Michel Payre. Dans le Pays voironnais, les parcelles ne donnent pas plus que 40 à 50 quintaux/ha. « Ce sera une petite année pour les agriculteurs », indique le collecteur. Ces derniers jours, les cours fermes étaient un peu soutenus, de sorte que les organismes stockeurs se sont engagés sur un accompte de 150 à 160 euros/tonne, qui devrait s'accompagner d'un complément de prix. 

Michel Payre s'inquiète aussi pour la collecte d'automne de maïs et de soja.  « Nous espérons un coup d'eau dans le Pays voironnais », reprend-il et si possible avant les orages d'août qui ne suffiront pas à obtenir un PS suffisant.

Un gradian important

La Maison Cholat à Morestel dresse le même constat en ce qui concerne le Nord-Isère. Alors que pratiquement toutes les récoltes d'orge, de colza et de blé sont rentrées, l'orge se distingue par son PS médiocre et ses rendements moyens (environ 55 quintaux/ha). « En revanche, le colza est une bonne surprise », souligne Pierre Chavallard, responsable production végétale. « Les rendements sont très corrects, à 30 à 35 quintaux/ha en moyenne et la qualité un peu moins bonne qu'en 2017, qui était une année exceptionnelle. On s'en sort bien dans la région ! »

La moisson du blé est aussi très hétérogène dans le nord du département. « Le gradian est important. Dans l'Est lyonnais, où il a beaucoup plu, les rendements vont de 40 à 90 quintaux/ha. » Les terrains légers ont apporté les meilleurs rendements, alors que les bonnes terres, gorgées d'eau, n'ont pas permis aux cultures d'offrir tout leur potentiel. « En général, il y a 10 à 15 quintaux de moins que l'an dernier », ajoute le collecteur de La Dauphinoise. Il observe même de très fortes disparités sur une même exploitation, d'une variété à l'autre, d'une parcelle à l'autre, « des choses qui ne s'expliquent pas toujours ». Dans les Terres froides, le constat est sans appel  : la récolte ne sera pas bonne. Pas de souci en revanche en ce qui concerne le PS et les protéines dont le taux  « est historiquement bon ».

Des résultats variables

Du côté des producteurs, le sentiment est assez mitigé. Chez André Coppard, dans le Nord-Isère, « c'est plutôt une bonne année », avec de la qualité et de bons rendements, notamment sur les blés Label rouge (12,5 de protéine et PS de 78 à 82. Mais le céréaliculteur prévient que les résultats varient d'une exploitation à l'autre. « Les rendements ne sont pas bons partout, constate-t-il. Et dans certains endroits, la protéine n'est pas au rendez-vous. » Les récoltes de colza sont très hétérogènes, mais « ceux qui ont fait les traitements qu'il fallait ont de bons résultats ». En revanche, les orges ne sont « pas exceptionnels ».

« Globalement, les chantiers se sont bien passés », juge pour sa part Claude Faivre, producteur de céréales à Pommier-de-Beaurepaire. Les rendements sont décevants, mais la qualité est bonne. « En orge par exemple, c'est un peu moins bien que l'an dernier, avec un poids spécifique plus faible, précise l'agriculteur. En colza, nous avons fait 15 quintaux de moins à l'hectare. Certaines parcelles ont dû souffrir du gel de printemps et des excès de pluie d'avril-mai. » En blé, le bilan est un peu meilleur : les rendements sont de 15 quintaux plus faibles qu'en 2017, mais le poids spécifique est « correct » (75-80 kg/hl) et le taux de protéine satisfaisant.

Phénomènes climatiques

Dans les Terres froides, David Gallifet « arrive à peine à 70 quintaux » de rendement sur les blés, contre 85 l'an dernier. Les rendements de colza sont « mieux que d'habitude ». Quant à l'orge, « ça s'est très mal passé, il n'y a pas de rendement, mais la qualité est super ».

Enfin, dans le Trièves, les orges d'automne de Marc Blais sont « très moyens en qualité, en rendement et en poids spécifique ». Le président de Valcétri affirme que la situation est assez compliquée dans l'ensemble du territoire. « Dés l'automne, nous avons eu des conditions de semis très médiocres, explique Marc Blais. Au sein de Valcétri, 80 hectares sur 400 n'ont pas été emblavés. C'était si sec qu'il était impossible de labourer. » Là-dessus, l'épisode chaud et sec d'avril a freiné le développement végétatif des cultures. Puis, entre le 1er mai et le 15 juin, il est tombé 300 mm d'eau (à Saint-Baudille-et-Pipet), ce qui a provoqué le lessivage de l'azote. Autant de « phénomènes climatiques à contretemps et en excès » qui mettent à mal les récoltes en cours ou à venir. « Au vu des premières récoltes d'orge et de blé, nous allons sans doute avoir un handicap en poids spécifique, sans compter la teneur en protéine », pressent Marc Blais. 

Isabelle Doucet et Marianne Boilève