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Vins de Savoie

La récolte est lancée

Les vendanges ont démarré dans le vignoble de Savoie. Pendant trois à quatre semaines, les viticulteurs du secteur vont redoubler d'ardeur pour rentrer leurs raisins dans les meilleures conditions. Rencontre avec Rémy Berlioz, installé à Chapareillan.
La récolte est lancée

En ce matin du 16 septembre, l'effervescence est à son comble dans le vignoble de Savoie. Sur les petites routes qui jouxtent les parcelles de vignes sur les hauteurs des communes de Chapareillan et des Marches, les tracteurs auxquels sont attelées les remorques à vendange croisent les machines à vendanger. La récolte bat son plein. Elle va durer  trois à quatre semaines.

Rémy Berlioz a commencé la sienne le 5 septembre. Il se montre confiant. « La récolte s'annonce belle. Nous observons un bel état sanitaire, très important pour la suite de la vinification. Et malgré des degrés qui ont peiné à arriver (à cause des fortes températures de cet été, la vigne a cessé de pousser et le raisin de mûrir), tout semble être en bonne voie maintenant. La pluie tombée fin août a fait énormément de bien, au raisin comme aux plantes », indique le viticulteur, avant d'emmener une benne jusqu'à son caveau.

Plus rentable

Installé en 2012, Rémy Berlioz exploite en location 13 hectares de surfaces de vignes à Chapareillan et aux Marches (Savoie). « 90 % sont de la jacquère. Entre 6 et 7 % sont du chardonnay. Le reste est composé de mondeuse, roussette et gamay », détaille le jeune homme.
Aujourd'hui, 80 à 90 % de sa récolte est effectuée grâce à la machine à vendanger de la Cuma des Eboulis, à laquelle il adhère. « Cela coûte deux fois moins cher qu'à la main. Le temps de récolte de l'outil oscille entre deux et quatre heures l'hectare. En mode manuel, pour vendanger la même surface, il faut compter sept à huit heures de travail réalisées par une vingtaine de personnes. Achetée en Cuma, la machine s'avère bien plus rentable que l'emploi de salariés ou même que le recours à un prestataire. Et puis, grâce à elle, on arrive à vendanger au meilleur moment, ce qui favorise la qualité de maturation », assure le viticulteur.

Evolution de la fermentation

Une fois ramassé, le raisin est immédiatement transporté au caveau. Il est benné dans la pompe à vendange qui l'entraîne dans un pressoir automatique. Rémy Berlioz précise : « L'une de ses deux moitiés est équipée d'une chambre à air qui écrase le raisin contre l'autre moitié du pressoir ajourée. C'est ce qui permet de faire couler le jus ». Celui-ci est ensuite pompé dans une cuve dans laquelle il y a des drapeaux qui sont immergés, et qui servent à le refroidir pour éviter qu'il ne fermente trop rapidement. L'étape suivante est le débourbage *. La partie épaisse est filtrée dans une petite cuve. Quant à la partie claire, elle est mise dans une cuve pour fermenter. « Si tout va bien, le vin y reste jusqu'à la filtration (entre 15 jours et un mois) », ajoute Rémy Berlioz. Tous les jours, équipé d'un mustimètre - un densimètre utilisé pour évaluer le taux d'alcool probable du vin - il mesure la densité du moût. Cela lui permet de suivre l'évolution de la fermentation. Après avoir fait déguster le vin à un œnologue, le vigneron effectue ses assemblages. Un mois ou deux encore et le vin est filtré puis embouteillé. Il reste stocké dans un local climatisé à 15°C. Il est commercialisé à partir de la mi-décembre de la même année, quand l'appellation donne son feu vert.

L'objectif de Rémy Berlioz est d'écouler sa production au cours de l'année.

 

* la clarification du moût avant sa fermentation, par élimination des bourbes

Isabelle Brenguier
Collectif / Sept jeunes vignerons isérois et savoyards se sont regroupés au sein de la Cuma des Eboulis. Leur bonne entente est l'une des clés de réussite du fonctionnement de la structure. 

Une Cuma dédiée à la viti

Ils sont sept vignerons à adhérer à la Cuma (Coopérative d'utilisation de matériel agricole) des Eboulis, entre Isère et Savoie. C'est aussi « une bande de copains ». Ils ont presque tous le même âge. Ils sont presque tous allés à l'école ensemble. Selon le président de la Cuma, Jean-Michel Reymond, viticulteur à Chapareillan, « c'est certainement un atout important pour le bon fonctionnement de la structure. On se connaît bien. On a l'habitude de travailler ensemble », indique-t-il.
Les viticulteurs ont créé leur Cuma en 2009. « C'était pour acheter un groupe d'embouteillage.  », se souvient Jean-Michel Reymond. « Au début, nous étions quatre. Puis au fil du temps, nous avons investi dans de nouveaux matériels et d'autres agriculteurs nous ont rejoint. Aujourd'hui, nous sommes sept. Quatre sont installés en Savoie, trois en Isère », explique le vigneron.
200 000 euros
Outre ce groupe d'embouteillage, la Cuma possède aussi une charrue pour travailler le sol, un tracteur et même une machine à vendanger. Partager l'achat d'un matériel aussi important pour le bon déroulement d'une récolte aussi fragile que celle du raisin peut s'apparenter à un défi. Mais, pour les adhérents de la Cuma des Eboulis, cela fonctionne. Depuis quatre ans qu'ils ont réalisé cette acquisition, ils ont réussi à s'entendre et à s'organiser.
Leur secret ? « Il faut, dès le départ, établir des règles. Il faut que tout soit carré et que personne ne puisse dire qu'il n'était pas au courant. Pour l'utilisation spécifique de la machine à vendanger, c'est vrai qu'il faut faire des concessions. Mais nous essayons d'être équitables. Nous faisons en sorte que chaque viticulteur puisse vendanger un peu chaque jour. Certains sont plus du matin, d'autres plus du soir. Nous faisons le planning en fonction. Et puis, en fait, sur un mois de vendanges, il n'y a que les deux dernières semaines qui s'avèrent un peu plus compliqué quand nos devons tous récolter l'abyme et l'apremont. Pour les deux premières qui concernent des cépages plus précoces, c'est assez simple. Mais nous constatons que, quand c'est bien organisé, ça marche », explique Jean-Michel Reymond, également responsable du planning de la machine. Et même cette année que les fortes températures contraignent les vignerons à cesser d'utiliser la machine l'après-midi, ils s'adaptent et commencent la journée de récolte à cinq heures.
La machine à vendanger est conduite par trois personnes. Sa facturation auprès des adhérents est faite à la minute. Achetée 200 000 euros, elle est amortie sur le long terme. Elle s'avère plus économique que l'emploi de main d'oeuvre et que le recours à un prestataire de service.
 
IB