« La reprise s'amorce, mais reste fragile »
Au premier trimestre 2016, les PME et TPE de la région Rhônes-Alpes ont connu une nette progression de leur chiffre d'affaires (+3,3% par rapport à 2015). On observe également un redémarrage des investissements. Serait-ce que le signe que ça va mieux ?
On sent une reprise s'amorcer. Les entreprises bénéficient de la baisse du coût des matières premières et du prix du pétrole. Celles qui exportent se portent bien, grâce à la dynamique du marché européen et surtout extra-européen, notamment asiatique. La situation de l'industrie s'améliore légèrement. Le secteur des services va mieux. On sent même une reprise assez forte dans le high-tech, le numérique et chez les SSII en général. De son côté, le commerce alimentaire (les moyennes et grandes surfaces) ne se porte pas trop mal, mais la situation est plus compliquée pour le commerce de proximité, surtout en centre-ville. Pour le bâtiment, on note un début de reprise, mais on est encore à des niveaux d'activités faibles, et la situation est encore très difficile dans les travaux publics.
Pourtant le Département a lancé un plan de relance de 100 millions d'euros pour aider les collectivités à engager des opérations qui feraient travailler les entreprises locales...
Ce plan va dans le bon sens, mais il faut du temps pour que cela se transforme en chantiers. D'un autre côté, on observe une baisse des investissements de la part des collectivités locales. Il y a aussi des freins réglementaires qui empêchent les opérations de se faire. Du coup, le volume d'activité reste faible.
Lors de son assemblée générale, votre mouvement a choisi de s'interroger sur le sens de l'engagement des entrepreneurs. Y-aurait-il une baisse des vocations au Medef ?
Non, au contraire, le Medef Isère est plutôt dans une bonne dynamique de ce point de vue, puisque nous continuons à gagner des adhérents. Mais je vous rappelle que notre mouvement est avant tout fondé sur le militantisme. Or, compte-tenu des difficultés que nous rencontrons à faire passer nos messages, notamment sur les questions sociales, fiscales, environnementales et réglémentaires, le sens de notre engagement peut-être interrogé. Est-ce que ça vaut la peine de dépenser tant d'énergie, compte tenu du contexte actuel, avec une loi Travail qui est combattue par des syndicats radicalisés et qui n'apporte rien aux entreprises, si ce n'est leur compliquer un peu plus la tâche ? Ajoutez à cela le compte pénibilité qui entre en vigueur le 1er juillet, mais qui reste inapplicable, et le projet du gouvernement de prélever l'impôt à la source, qui, tout en complexifiant le travail des entreprises, va faire peser un risque juridique important sur les chefs d'entreprise. L'accumulation de ces mesures est à la fois démoralisante et contre-productive. On se pose des questions sur la volonté réelle du gouvernement de simplifier la vie de nos entreprises. Tout cela, combiné au climat social actuel et aux grèves incessantes, pourrait hypothéquer une reprise encore très fragile.
Que faudrait-il, selon vous, pour consolider le redémarrage de l'économie ?
Aujourd'hui, la reprise est fragile parce qu'elle est due essentiellement à des facteurs externes à la France. D'autre part, le gouvernement n'a pas mis en œuvre les réformes structurelles qui nous permettrait d'avoir une reprise solide et durable. Je pense notamment à l'organisation et au code du travail, qui sont trop rigides, aux règlementations, qui freinent tout, et puis à cette sphère publique obèse qui n'arrive pas à se réformer, mais qui pèse sur la fiscalité des ménages et des entreprises.
Percevez-vous une démotivation du côté des entrepreneurs ?
Non, car il y a quand même des lueurs d'espoir. Nos concitoyens ont enfin compris que la problématique du chômage ne peut être résolue que par les entreprises. Autre point positif : l'image de l'entreprise a été réhabilitée. Voilà pourquoi l'engagement conserve tout son sens. Cela étant, il est vrai que certains entrepreneurs adhèrent d'abord au Medef pour les services et le réseau que nous proposons. Notre rôle, c'est de transformer ces « consommateurs » de services en militants de l'entreprise. Ça marche, puisque nous n'avons pas trop de mal à trouver des mandataires. C'est le signe d'un vrai sens de l'engagement collectif.