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Production laitière

La robotisation, une source de liberté

Jean-Yves Bouchier, éleveur laitier au Gua utilise depuis quelques mois un robot de traite pour sa cinquantaine de montbéliardes.
La robotisation, une source de liberté

Depuis novembre 2018, Jean-Yves Bouchier ne traie plus. C'est le robot de traite A5 de Lely qui s'en charge. « On était saturé, avec mon salarié. C'était vraiment compliqué, surtout que je dois m'absenter assez souvent », explique l'éleveur de l'EARL d'Epérimont au Gua, également président du GDS Isère et investi dans le fonctionnement de l'alpage du Serpaton. Depuis l'arrivée du robot, l'organisation du travail a évolué. « On gagne deux à trois heures par jour, c'est énorme. La traite figeait la journée. On est devenu plus flexible », se félicite Jean-Yves Bouchier.
Le rythme de travail a changé et la distribution de la ration sèche aux bovins aussi. Le système est en semi-complet avec une partie distribuée à l'auge et l'autre, enregistrée par le robot et calibrée pour chaque animal, est fournie durant la traite. Le foin et l'ensilage proviennent de l'exploitation, mais les concentrés sont achetés.
Ses 52 montbéliardes semblent y trouver leur compte. « Elles sont plus calmes », confirme l'éleveur. Le robot est censé également apporter un gain de production, grâce à une moyenne de trois traites par jour au lieu de deux, ainsi qu'une baisse du risque de surtraite. Même s'il est un peu tôt pour le dire, Jean-Yves Bouchier comptabilise déjà un gain d'un kilo de lait en plus par vache et par jour.

Gain sanitaire

Le second avantage, c'est sur le plan sanitaire. « Le nombre de cellules a baissé de 160 000 à 120 000 et il y a un meilleur suivi des vaches », confirme Jean-Yves Bouchier. Pour l'exploitant et son salarié, le nombre de mammites devrait également diminuer. En effet, le robot enregistre plusieurs indicateurs telle la température élevée du lait afin de détecter les infections. Traites plus régulièrement, les vaches plus productives sont aussi dans de meilleures conditions car « les sphincters sont moins longtemps ouverts ».
La prise en main de l'outil est assez simple selon l'éleveur et la maintenance de l'appareil est un point fort de la marque. Le constructeur s'engage à un dépannage dans l'heure. L'éleveur bénéficie quand même d'une formation en amont pour se familiariser avec l'outil. Le seul défaut pour Jean-Yves Bouchier, c'est la propriété des données... « On ne sait pas si les chiffres enregistrés appartiennent à l'exploitation, à l'élevage ou au contrôle laitier. C'est un peu léger comme fonctionnement », confie-t-il.

Préparation de l'exploitation

Mais pour en arriver là, c'est un investissement en temps et en argent. Le robot est financé par un prêt et par le plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE). Durant la première semaine d'installation, les vaches doivent passer toutes les quatre heures à la traite, 24 heures sur 24. « On doit être trois ou quatre personnes pour le faire. A la fin de la semaine, les vaches sont fatiguées et nous aussi », raconte Jean-Yves Bouchier.
Malgré tout, Jean-Yves Bouchier est catégorique : après plusieurs mois de travail avec le robot, il ne reviendrait plus en salle de traite. C'est pour lui une option intéressante pour attirer les jeunes dans l'élevage laitier. « Toutes les vaches sont traites par le robot, c'est un tel progrès de qualité de vie pour l'éleveur ! Cela pourra peut-être relancer la production laitière... » Les éleveurs venus voir la machine ne sont pas tous des jeunes installés. Mais le même argument est défendu : « C'est moins contraignant que les horaires de traite ». Et s'il ne trouve pas de repreneur de son exploitation dans quelques années, Jean-Yves Bouchier sait qu'il pourra toujours revendre son robot.

Virginie Montmartin