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Tourisme vert

La ruralité, un écrin pour le handicap

A la veille du prochain Téléthon, l’Isère apparaît comme une région accueillante pour les personnes porteuses d'un handicap selon des propriétaires de gîtes ou chambres d'hôtes labellisés Tourisme et handicap.
La ruralité, un écrin pour le handicap

Tullins, ville de records : la plus grande noix en 2017, la plus grande papillote en 2014, le plus grand gratin de ravioles en 2013, et ce n'est pas tout. Cette année la commune s'apprête à relever un nouveau challenge mené par l'association Défis solidaires au profit du prochain Téléthon qui se déroulera les 6 et 7 décembre prochains. « Dans les années 1900, les voitures Favier ont été construites en 12 exemplaires à Tullins, nous allons en reproduire une à l'échelle et en chocolat », raconte Danielle Lefevre, la présidente de Défis solidaires qui, depuis 2010, multiplie les idées les plus ambitieuses. La belle décapotable de 4 mètres de long sur deux de large et ses 600 kg de chocolat seront à découvrir dans la galerie du centre commercial Carrefour market de Tullins, partenaire du Téléthon. Ce sera le camp de base du Téléthon 2019, privé de salle des fêtes « parce que le toit s'est envolé avec la tempête du 2 octobre », précise Danielle Lefevre. La fameuse voiture sera ensuite désossée et vendue au poids au profit du Téléthon. « En 10 ans, nous avons reversé 204 000 euros », insiste la présidente, ce qui fait de Tullins et de ses 80 bénévoles le deuxième secteur contributeur à l'AFM-Téléthon de France.

Au contact des animaux

Toujours animée par cette même conviction, cette propriétaire d'un gîte rural à Chantesse est à l'initiative de la signature d'une convention avec Gîtes de France Isère qui reversera un euro au Téléthon pour chaque contrat engagé. Avec pudeur, Danielle Lefevre mentionne « une histoire personnelle » à l'origine de son investissement. « Ce n'est pas pour rien que j'ai fait un gîte accessible aux personnes porteuses d'un handicap », poursuit-elle. Créé il y a cinq ans, le gîte Le Thias est labellisé Tourisme et handicap. « Depuis 20 ans, nous accueillions des gens qui venaient avec des enfants en fauteuil ou handicapés. Et notre gîte n'était pas adapté. Nous avons eu l'idée d'en faire un plus petit à côté, accessible aux quatre handicaps, moteur, visuel, auditif et mental », explique la propriétaire. « C'est au milieu de nulle part, avec des animaux, des chèvres dressées, des ânes, des poules. J'ai vu des enfants qui ne sourient jamais, sourire au contact des animaux », poursuit Danielle Lefevre. Les chèvres naines y sont pour beaucoup. « Il y en a une qui me suit comme un chien et qui adore la présence des enfants. Mais depuis qu'il y a le loup à Vatilieu, nous avons dû poser des filets et aménager un ancien poulailler. » 

Une région accueillante

A l'abri des regards, ce havre de paix est recherché par une clientèle composée de personnes handicapées moteur ou intellectuel, mais aussi de personnes vieillissantes. Tout le monde est invité à participer aux activités de la mini-ferme. Mais Danielle Lefevre reconnaît qu'un gîte accessible « réclame beaucoup de présence » car la clientèle est plus demandeuse. Pour satisfaire aux critères, les coûts d'aménagement sont très importants. « Les interrupteurs avec des contrastes pour les déficients visuels, ça coûte un fortune ! ». La propriétaire s'est fait aider d'une ergothérapeute pour l'aménagement du gîte : douches italiennes, barres, mais aussi pastilles pour les plaques de cuissons, notices écrites en grosses lettres et simplifiées, cheminement d'autocollants qu'elle fixe au sol lorsqu'elle reçoit des personnes malvoyantes. Au fil des années, elle s'est constitué un réseau de clients fidèles, qui viennent de toute la France. « Je crois que nous sommes dans une région bien placée pour l'accueil des personnes handicapées, constate-t-elle. Elle peuvent prendre le train au départ de Tullins où même l'ascenseur fonctionne, ce qui n'est pas le cas partout ! » Elle liste les lieux accessibles du secteur : bâteau à roue, fontaines pétrifiantes et même les grottes de Choranche (à condition d'avoir un fauteuil électrique ou un accompagnant musclé pour grimper la côte et sans pouvoir accéder à la "cathédrale") et aussi les bulles à Grenoble, pour les principaux sites.

Isabelle Doucet
Notre-Dame-de-l'Osier / La chambre d'hôte est un écrin pour les personnes handicapées commes pour les accompagnants.

Nous n'avons eu que de bonnes surprises

« Nous avons ouvert notre maison d'hôte il y a 13 ans dans une ancienne ferme. Nous estimions intéressant de proposer des chambres à des personnes qui avaient du mal à en trouver, explique Catherine Pin, propiétaire d'une chambre d'hôte à Notre-Dame-de-l'Osier labellisée Tourisme et handicap. Nous avons réussi à créer une seule chambre en rez-de-chaussée. Nous recevons beaucoup de personnes en fauteuil, des couples ou des parents avec des enfants handicapés. Les gens viennent de partout, et même de Suisse ou de Belgique. Nous recevons aussi des personnes qui font des travaux chez elles. » Clientèle de séjour ou de passage, nombreux sont ceux qui s'arrêtent pour faire étape « comme tous les touristes. Mais les voyages sont plus compliqués pour les personnes handicapées, qui font des étapes plus courtes », constate Catherine Pin.
Les propriétaires du Séchoir du Créneuf se sont lancés dans l'accueil de personnes handicapées sans sensibilité particulière à la question. « Nous n'avons eu que de bonnes surprises. En créant cette maison et en discutant autour de nous, cela nous a ouvert un horizon auquel nous n'avions pas pensé. » La maison d'hôte s'est forgé un réseau d'une clientèle à la recherche ce type d'établissements, qui ne sont pas si nombreux. Catherine Pin reconnaît que c'est un public auquel « il faut parfois être plus attentif en donnant un coup de main. Les accompagnants sont fatigués », constate-t-elle. « Souvent, les gens sont contents de rester dans le jardin et de prendre l'air. » La ferme de caractère dauphinois en pisé et son séchoir à noix donnent à la propriétaire l'occasion de parler de l'agriculture locale et de confier quelques bonnes adresses de nuciculteurs. Les envies de visite sont au plus simple. « Tous les musées sont équipés, il n'y a pas de problème. Il y a aussi des balades faisables à Saint-Antoine-l'Abbaye », assure la propriétaire de la chambre d'hôte. Catherine Pin à Notre-Dame-de-l'Osier et Danielle Lefevre à Chantesse regrettent seulement « que ça pêche un peu du côté des restaurants en matière d'accessibilité dans le coin ».
ID