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Territoire

La Safer, acteur clé des paysages de demain

Composé de représentants du monde agricole, des collectivités et administrations, le comité technique départemental de la Safer donne son avis sur les projets d'attribution de propriétés agricoles et rurales. Un arbitrage qui permet souvent la dynamisation, voire la régénération, du tissu agricole.
La Safer, acteur clé des paysages de demain

« On fait vite : y'a quinze candidats ! » Cartes à l'appui, le conseiller foncier de la Safer présente son dossier aux membres du comité technique départemental. En ce mois de mars, les représentants du monde agricole, des collectivités et administrations sont réunis à Beaurepaire sont pour donner leur avis sur une quinzaine de projets d'attribution et de rétrocession. Dans ce cas précis, l'idée est d'intervenir sur la vente afin de maintenir la vocation agricole du bien. Sera ensuite examiné un projet résidentiel dans un périmètre proche d'un captage prioritaire. Plutôt que de voir le bien préempté par le syndicat des eaux, les candidats ont accepté de respecter un cahier des charges environnemental avec obligation de mise aux normes de l'assainissement et encadrement des usages sur les parcelles agricoles qui pourraient être acquises. S'ensuit un « dossier urgent » avec enjeu d'installation avec DJA...

Aménagement

Les cas de figure et les profils se succèdent sans pour autant se ressembler. Après les porteurs de projets privés, vient le tour des collectivités. Une commune en pleine réflexion quant à la reconfiguration de son centre bourg souhaite un accompagnement de la Safer pour l'aider à maîtriser une propriété bâtie « dans une double perspective de réaliser des équipements publics et des réserves foncières ». Une autre voudrait se voir attribuer une parcelle pour permettre la réalisation d'un groupe scolaire : le comité technique est sollicité pour la mise en œuvre de la rétrocession « pour ne pas retarder la finalisation du projet communal ».
Les membres du comité techniques discutent, argumentent, arbitrent. Ils savent que, derrière chaque dossier, il y a des femmes et des hommes, des vies, des projets, mais aussi le dessin du monde rural de demain. Car, qu'il s'agisse de développement agricole ou communal, la Safer joue bien plus qu'un rôle de simple opérateur foncier. Bien sûr, elle achète, vend ou procède à des échanges amiables de biens situés en zone rurale et périurbaine (biens agricoles, forestiers, bâti isolé ou de village, espaces naturels...), permettant ainsi à des porteurs de projet de s'installer ou de consolider leur exploitation (agricole ou forestière) afin d'atteindre une dimension économiquement viable. Mais sa mission va bien au-delà de ces transactions foncières, puisque la loi d'avenir lui fixe un objectif de « valorisation des territoires par l'activité agricole et forestière (notamment en termes d'emplois et de valeur ajoutée) », « dans une perspective durable prenant en compte la multifonctionnalité des espaces et des parcelles ». C'est à ce titre qu'elle travaille en partenariat avec les collectivités locales et les décideurs en charge les politiques publiques et l'aménagement du territoire.

Perle rare

L'an dernier, la Safer a ainsi permis l'installation d'un jeune maraîcher sur l'ancienne station expérimentale petits fruits de Jarcieu. Les candidats à la rétrocession des terrains étaient nombreux, mais la plupart n'avaient pas d'autre projet que celui d'agrandir leur exploitation. La Safer, la communauté de communes (propriétaire du foncier) et la chambre d'agriculture (détentrice des équipements) ont donc cherché la « perle rare », celle qui pouvait se contenter d'une surface modeste (2 hectares) tout en régénérant le tissu agricole local, plutôt vieillissant. Elle s'est présentée en la personne de Jean Nivet, un jeune père de famille en reconversion professionnelle, titulaire d'un BPREA de maraîchage, qui souhaitait s'installer en bio et créer son propre réseau de commercialisation.

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Jean Nivet explique aux représentants du comité technique qu'il fabrique lui-même ses outils.
Dans cette petite commune de 700 hectares, qui ne comptait plus que six agriculteurs actifs (contre 22 dans les années 80), l'installation du maraîcher a été vécue comme une bouffée d'oxygène. Appuyée par les élus et les responsables du secteur, elle a eu pour « effet collatéral » l'arrivée d'un médecin généraliste (l'épouse de Jean Nivet) et de nouvelles petites recrues dans l'école communale. Un dossier « exemplaire », salué par tous les représentants de la profession. « Nous aimerions que cette démarche en inspire d'autres, déclare Christian Turc, représentant de la Confédération paysanne et membre du comité technique de la Safer depuis huit ans. Cette installation montre que, lorsqu'il y a une décision politique au départ - à savoir favoriser un jeune plutôt que l'agrandissement d'autres agriculteurs – et que l'on consacre le temps et les moyens nécessaires, le dossier aboutit. » Même les voisins de Jean Nivet, pourtant déboutés de leur candidature, se montrent beaux joueurs : l'un d'entre eux lui laboure son terrain...

Marianne Boilève

Jean Nivet, le maraîcher qui a redonné vie à la station expérimentale de Jarcieu