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Manifestation

La seconde jeunesse du salon du bois

Le salon du bois et de l'habitat durable de Grenoble se déroulera du 3 au 6 avril et met l'accent sur une filière trop discrète. Il accueille cette année le Championnat européen des jeunes charpentiers. De très fortes attentes portent sur cette 12ème édition.
La seconde jeunesse du salon du bois

La manifestation n'a pas la dimension internationale d'un Eurobois lyonnais, mais ambitionne un rayonnement dans le grand quart Sud-Est de la France. Le salon du bois de Grenoble a misé pendant de nombreuses années sur une attractivité autant en direction des professionnels que du grand public. Las, peu à peu, le salon s'est retrouvé en décalage au regard des attentes des visiteurs. Il trouvera très certainement cette année une nouvelle jeunesse avec l'accueil du prestigieux Championnat européen des jeunes charpentiers organisé par la fédération européenne de la construction bois et, sur place par la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment de l'Isère (FCMB), dont le siège est à Echirolles. Bien entendu, le salon fait la part belle à la filière bois locale, notamment à travers un espace de 1 000 m2 qui lui est dédié à 100%. « Nous accueillons l'ensemble des acteurs de la filière : propriétaires forestiers, scieries, entreprises de travaux forestiers, charpentiers, architectes, mais aussi la chambre d'agriculture de l'Isère », présente Patrick Lambouroud, directeur de l'interprofession Créabois, initiateur de cet espace avec le CAUE de l'Isère et la FCMB. Cette vitrine a des visées pédagogiques en matière de promotion des savoir-faire locaux et veut favoriser le dynamisme d'une filière locale encore peu armée pour l'économie de marché.

Filière complète

« La filière bois vit encore avec un mitage d'entreprises », poursuit Patrick Lambouroud, qui compte environ 10 000 acteurs dans le secteur en Isère. De sorte que son fonctionnement complexe est encore un frein à son développement. « Pour autant, nous commençons à voir des changements depuis une dizaine d'années, à l'image de la concentration des entreprises dans certains secteurs comme celui de la scierie. De plus, de grands groupes de travaux publics se lancent dans la filière en créant des structures dans le domaine de la construction bois. » Patrick Lambouroud rappelle que l'Isère dispose d'une filière complète, depuis la ressource, puisque 270 000 hectares boisés couvrent 33% de la superficie du département, en passant par la coupe, le sciage, jusqu'à la construction. Certes, son fonctionnement demeure imparfait et il y a encore beaucoup de bois d'importation, mais l'utilisation du bois local tend à croître. « Cela parce que nous avons une meilleure connaissance de la qualité des bois locaux que nous savons caractériser mécaniquement, ce qui est essentiel dans la construction », explique le directeur de Créabois. Parallèlement, le bois local est porté par l'engouement pour les circuits courts et le développement des constructions en bois qui sont passées, en Isère, de 4,5% en 2000 à 15% en 2012. De leur côté, les professionnels commencent à jouer le jeu de la filière intégrée. Ce mouvement a favorisé les évolutions technologiques, qui, même tardivement, ont fini par gagner l'Isère. « Nous assistons à l'arrivée de l'abattage mécanique aux côtés du bûcheronnage traditionnel. C'est un changement culturel, certes, mais c'est une récolte comme une autre. Lorsqu'on procède à une coupe rase, on dessouche et on replante derrière », ajoute Patrick Lambouroud, en notant que toutes les forêts du département sont cultivées et qu'elles progressent en volume, sur pied et en surface.

Quantité et rapidité

Elles sont constituées à parts égales de feuillus et de résineux. Cependant les feuillus restent encore pour la plupart cultivés en taillis, de sorte qu'ils sont beaucoup utilisés pour le bois énergie. En revanche, des futaies de sapins et d'épicéas sont tirés les bois nobles de l'Isère. « Ces deux essences sont les mieux adaptées à l'usage constructif », note le spécialiste. L'Isère produit entre 150 et 200 000 m2 de résineux sciés par an, la concurrence sur les prix avec les bois d'importation ayant tendance à se réduire. Et surtout, il y a maintenant en Isère deux scieurs capables de produire du bois en quantité et rapidement. Ils assurent à eux seuls la moitié de la production totale du département. Les soixante autres scieries maillent régulièrement le territoire et servent une clientèle locale. Le bois de Chartreuse ne s'y est pas trompé. Rassemblés en comité interprofessionnel, ses acteurs travaillent à la reconnaissance de l'AOP bois de Chartreuse et à la promotion collective de ses bois, avec notamment l'organisation d'un stock de bois local sec et raboté, ainsi que la certification Bois des Alpes. Croissance, diamètre, hauteur et rectitude distinguent ce bois de Chartreuse désormais bien valorisé.

Plan national

Pour le directeur de Créabois, l'avenir de la filière locale passe par le maintien d'une activité territoriale capable de transformer son bois, ainsi qu'une montée en compétitivité « que seul un caractère industriel peut apporter ; il faut donc faire cohabiter petits et grands ». L'activité est également tractée par la commande publique, qui peut représenter jusqu'à 20% des marchés en Isère. Il faut dire que la question est considérée au plus haut niveau avec la mise en place du Plan national d'action pour l'avenir des industries de transformation du bois.

Quant à la pression du bois énergie, il reconnaît que la période de transition devra permettre « d'améliorer la compatibilité avec le bois d'œuvre ». Seul le bois de taillis est affecté à la production de plaquettes qu'utilisent des entreprises comme la Compagnie de chauffage, au même titre que les vieux bois fournis par les opérateurs de recyclage. Au hasard d'une coupe de taillis, il se peut donc qu'une section plus belle que les autres passe en bois de chauffage, mais pas de quoi provoquer l'émoi. Enfin, plus les scieries sont importantes et plus elles ont la capacité de transformer les sous-produits du bois. Mais quel que soit le niveau de la filière, que cela concerne les restes d'un chantier d'abattage ou ceux de la transformation, la question de la rentabilité demeure toujours à prendre en compte.

Isabelle Doucet
Evénement / C'est la première fois que la France accueille le championnat européen des jeunes charpentiers, du 2 au 6 avril, une manifestation qui devrait attirer de nouveaux visiteurs.

La perfection du geste

Le championnat a lieu tous les deux ans et réunit huit à dix équipes européennes composée de trois candidats chacunes. Des jeunes très affûtés qui, en 22 heures, réalisent un sujet et se distinguent par la précision de leur exécution. La France s'est toujours honorablement placée dans cette compétition, se disputant le haut du tableau avec la Suisse et l'Allemagne. « Cette manifestation permet de valoriser les métiers de la construction bois et met à l'honneur les jeunes qui travaillent dans ces filières », insiste Jean-Marie Mazière, directeur de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment de l'Isère (FCMB) et organisateur du championnat 2014. Lors de la dernière édition à Stuttgart en Allemagne, la France a en effet candidaté pour coupler la compétition au salon du bois de Grenoble cette année. C'est chose faite avec un gros budget de 400 000 euros à la clé. Car les Français veulent être à la hauteur de la compétition. « C'est un événement qui n'arrivera plus jamais à Grenoble », affirme le directeur de la FCMB de l'Isère. Les équipes s'affronteront pendant trois jours sur un "ring" de 1 000m2, pour réaliser un sujet qu'elles découvriront au dernier moment. Lors des pré sélections, l'équipe de France a édifié une tour Eiffel qui sera présentée en marge du concours.  « Les épreuves sont chronométrées et corrigées au fur et à mesure par des experts internationaux. Chaque candidat réalise un sujet et à la fin les trois parties sont assemblées », explique Camille Recorbet, compagnon charpentier, membre de l'équipe d'organisation, ex-coatch et ex-lauréat. « C'est l'occasion de vivre quelque chose de particulier, une expérience sympas dans ce métier », lance Lucas Bonnier, le local de l'étape, qui fait partie de l'équipe de France avec Thomas Varrin et Quenin Tharreau. « C'est un concours qui nous fait évoluer », insiste le jeune homme, qui s'est entraîné aux gestes traditionnels du métier. « C'est un concours très technique, confirme Elwin Monzies, un des deux coatches de l'équipe. On ne travaille pas comme ça à la main tous les jours dans le métier de charpentier. Il y a beaucoup de gestes à savoir effectuer et le concours va chercher dans les subtilités et la perfection. C'est aussi une épreuve où il faut savoir gérer son stress ». Les lauréats d'aujourd'hui sont les entraîneurs de demain et c'est ainsi que ce savoir séculaire se transmet chez les compagnons. « Des gens ont pris du temps pour nous », rappelle Flavien Parent, l'autre entraîneur. Au terme de leur 5e ou 6e année de tour de France, ces très jeunes hommes affichent une expérience plus que complète garante de leur insertion professionnelle. Pour célébrer cettte excellence, les organisateurs proposent, en marge du championnat, une exposition d'une vingtaine de sujets réalisés par les meilleurs ouvriers de France charpentiers, depuis le XVIIIe siècle jusqu'à nos jours, dont le chef-d'oeuvre Berryer. Le « trait de charpente » donnera également matière à une exposition à travers la présentation de 80 épures, du XIXe au XXIe siècles.
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Plusieurs manifestations en une :

 

Le salon du bois présente cette année une programmation soutenue.

Il accueille notamment la 9e édition du Concours des lauriers de la construction bois, qui distingue les projets architecturaux valorisant le bois et la haute qualité environnementale. Le prix sera remis le dimanche 6 avril. Autre concours, le prix Belin de Grenoble récompense depuis 130 ans le meilleur plan de charpente exécuté par un jeune charpentier. Les épreuves se dérouleront le 5 avril.

L'assemblée générale de la Fédération française du bâtiment se déroulera en parallèle, le vendredi 4 avril et réunira plus de 100 participants.

De nombreuses conférences sont programmées durant ces trois jours dont une sur le thème « Les collectivités s'impliquent en prescrivant du Bois des Alpes », vendredi 4 avril à 18 heures.

A ne pas louper non plus, l'exposition autour du refuge de l'Aigle, bâti en 1910 au pied de la Meije et reconstruit en 2014.

Le salon en chiffres

200 exposants

25 000 m2 d'exposition

15 000 visiteurs attendus

Alpexpo Grenoble

www.salondubois.com

www.championnat-charpentiers.fr