La sécurité, une affaire citoyenne
S'il est un risque majeur dont les élus isérois se seraient bien passés, c'est celui qui est apparu l'an dernier avec la menace terroriste. Déjà soumis à une impressionnante liste d'aléas naturels (inondation, mouvement de terrain, avalanche...) et technologiques (accident industriel, nucléaire, rupture de barrage, transport de matières dangereuses...), le département doit désormais faire face à un danger aussi diffus qu'imprévisible. « La vigilance fait maintenant partie de l'activité de l'élu, a souligné Daniel Vitte en introduction au 59e congrès de l'Association des maires de l'Isère, au Touvet, le 8 octobre. Depuis 2015, la barbarie s'affirme. Avec l'attentat de Nice en 14 juillet dernier, nous avons pris conscience qu'un individu seul peut faire un carnage. Le long combat engagé contre la barbarie est aussi celui des élus. »
Certes, mais avec quels outils, se demandent, démunis, nombres de représentants des communes présents au Touvet. Dans les écoles, le renforcement des mesures de sécurité et les « plans particuliers de mise en sûreté » (PPMS) pose souvent question aux équipes. Les correspondants police ou gendarmerie en charge de la « sécurité de l’école » ou le référent sûreté de l’Education nationale sont là pour apporter leur expertise dans l’actualisation du PPMS comme dans l’organisation des exercices, rappellent les autorités. Mais l'application sur le terrain s'avère parfois délicate, notamment auprès des jeunes enfants. Une élue de Saint-Ondras se demande d'ailleurs si ces dispositifs ne reviennent pas à « entretenir la psychose ». Pour partie sans doute, mais les pouvoirs publics ont-il le choix, eux qui se doivent de « développer une culture commune de la sécurité » ?
Le PCS, un outil d'aide à la décision
François Giannoccaro, directeur de l'Institut des risques majeurs (Irma), à Grenoble, se veut néanmoins rassurant. « La loi souligne le rôle majeur du maire, qui doit planifier et prévoir la sauvegarde des populations, en coordination des acteurs de secours. Vous avez à mettre en œuvre les premières mesures d'urgence. Mais vous n'êtes pas seuls ! L'Irma et le SDIS sont auprès des communes qui veulent s'informer et s'entraîner. On n'est pas dans un film américain où le maire réagit tout seul. » L'expert rappelle que les Plans communaux de sauvegarde (PCS) sont des outils d'aide à la décision indispensable pour gérer localement une situation de crise, quelle que soit son origine, en attandent l'arrivée des secours. « Le PCS permet d'être réactif et de mettre vos administrés à l'abri, en cas de risque majeur, mais aussi de canicule, de pollution ou de menace terroriste. »
Légalement, seules deux catégories de communes exposées à des risques majeurs identifiés sont dans l'obligation de réaliser un PCS : celles qui disposent d'un plan de prévention des risques naturels (PPR) et celles qui sont situées dans le champ d'application d'un plan particulier d'intervention (PPI). En Isère, cela ne représente pas moins de 270 communes (sur 526). Près de 95% d'entre elles ont déjà réalisé un PCS (contre 67,4% au niveau national). Les experts conseillent aux autres d'entreprendre de suivre leur exemple, car un PCS, s'il demande un investissement en temps, permet d'« optimiser la réactivité d'une commune afin d'assurer la mise en sécurité de sa population », précise le directeur de l'Irma, qui ajoute : « Le but n'est pas d'avoir un catalogue de mesures au fond d'un tiroir, mais de développer un approche participative qui implique tous les acteurs : les élus, les agents et les habitants. » C'est ce qu'a réussi à faire le Touvet, qui a transformé son PCS en « projet citoyen », s'ennorgueillit le maire, Nadine Théry.
Bornes incendie
Dans la salle, le représentant d'une commune rurale « fortement impactée par le risque » rebondit en demandant comment « intégrer la gestion de risque et de crise au travers des EPCI ». « On me répond très souvent souvent que le pouvoir du maire empêche ce transfert », s'inquiète-t-il. La confusion vient sans doute de ce que la loi de modernisation de la sécurité civile de 2004 prévoit bien la possibilité de réaliser un Plan intercommunal de sauvegarde (PICS). Mais lorsqu'un aléa survient, la direction des opérations de secours « ne peut être assurée que par le maire ou le préfet et ne peut, en aucun cas, être transférée à un président d’intercommunalité ». Pragmatique, le premier adjoint de Poliénas voudrait quant à lui savoir vers qui se tourner pour le contrôle des bornes incendie qui ne sont plus assurées par les pompiers. Très au courant du dossier, le président de l'Ami répond que le contrôle peut se faire en gestion directe, à prix coûtant (environ 20 euros par borne) via la régie des eaux, comme le pratique le syndicat intercommunal des eaux de Beaurepaire, ou par délégation de service auprès d'une entreprise privée. Mais la facture est alors multipliée par deux.