La soif d'entreprendre des jeunes agriculteurs
Les agriculteurs sont des chefs d'entreprises. Oui évidemment. Mais avec leurs spécificités. En s'appuyant sur des témoignages de jeunes agriculteurs, de responsables agricoles et d'un spécialiste de la création d'entreprise, la chambre d'agriculture a organisé le 11 septembre à Grenoble une table ronde sur le sujet.
Un regard paternaliste
Bien sûr que les jeunes - et moins jeunes - agriculteurs se sentent et ont l'état d'esprit d'un chef d'entreprise. Savoir produire, gérer, accomplir les tâches administratives, être créatif et dynamique : le métier d'agriculteur nécessite une grande polyvalence et de nombreux savoir-faire. C'est ce qui en fait sa richesse et son intérêt. Mais les jeunes, interviewés pour l'occasion déplorent aussi que, malgré ces qualités nécessaires et reconnues, on porte encore aux agriculteurs un regard paternaliste. D'aucuns souffrent de toutes les contraintes administratives et réglementaires qui se multiplient et nuisent à leur volonté d'entreprendre. Ils voudraient davantage d'autonomie.
Un PDE trop lourd
Récemment installés, les jeunes ont encore bien en tête le PDE, le plan de développement de l'exploitation, qu'ils ont élaboré avec l'aide de conseillers de la chambre pour cinq ans. Tous l'estiment trop lourd, trop statique et sans vraiment de sens. Même s'il aide à avoir une vision sur l'avenir, il devient vite un fardeau. Pour eux, il ne va pas dans le sens de entrepreneuriat. Ce constat est bien partagé par Jean-Claude Lemoine, directeur de l'Institut de l'entrepreneuriat de Grenoble école de management, qui estime aussi « qu'envisager l'avenir d'une entreprise sur cinq ans relève davantage de la prédiction, et qu'un tel dispositif, au lieu d'être une obligation, devrait plus être considéré comme un indicateur ». Aurélien Clavel, vice-président des jeunes agriculteurs, estime également que le PDE devrait être un « outil, utile pour piloter son exploitation, comportant une étude économique avec une variante haute et une variante basse pour tenter de supprimer les avenants. » Ces derniers sont aujourd'hui indispensables dès que le jeune installé prévoit une modification de son projet initial. Pour Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture, « c'est une grande problématique. Il faut trouver le juste milieu entre les attentes de l'administration, notamment quand il y a des financements publics, et les besoins d'un chef d'entreprise, qui a besoin de flexibilité ».
Vivre et réinvestir
Les questions financières sont aussi au cœur de l'entrepreneuriat. D'abord le financement des installations. Elles nécessitent des capitaux de plus en plus importants, difficiles à supporter pour les jeunes porteurs de projet. « La nouvelle loi d'avenir qui prévoit d'intégrer une entrée «revenu dégagé» plutôt que «surfaces exploitées» pourrait aller en ce sens », explique Aurélien Clavel. Ensuite, la rentabilité. Si nombre de jeunes attirés par l'agriculture souhaite « une activité qui ait un sens », il ne faut pas pour autant oublier le volet économique. « Il faut des bénéfices pour vivre et réinvestir », souligne ainsi Jean-Claude Lemoine.
Isabelle Brenguier
Chiffres clés de l'installation en Isère en 2013
451 porteurs de projets accueillis au point accueil installation ; dont 73 % de hors cadre familial (HCF); et dont 102 ayant suivi le parcours installation ;71 installations, dont 48 dotations jeunes agriculteurs (dont 50% de HCF, 1/3 de femmes et 1/3 dans des surfaces de moins de 17 hectares).