La solution du méteil protéique
Assurer le stock : c'est dans cet esprit que le Gaec de Flévin à Champier et le Gaec de Champ Simon au Mottier ont implanté cette année du méteil avant maïs. Les deux exploitations sont en bovin lait. « Suite à la sécheresse de 2018, les ray grass étaient mal sortis, explique Guillaume Vallin, associé avec son père au Gaec de Flévin. C'est la première année que nous faisons du méteil. » Le troupeau de 125 prim'holstein est réputé productif, en témoigne son classement Prim'hosltein France, aussi les producteurs attendent le résultat de la récolte, qui interviendra sous peu, pour connaître le rendement et la valeur alimentaire des 10 hectares de mélanges de méteil implantés à l'automne.
Même réflexion au Gaec voisin de Champ Simon, qui explore cette alternative économique pour reconstituer des stocks fourragers et « cherche à trouver une réponse à l'achat de tourteau ». Les exploitants « cultivent la luzerne depuis longtemps », font des ray grass en dérobé, mais testent le méteil depuis 2018. Ils ont commencé par implanter 2,5 ha pour grimper à 5,5 ha cette année. « Nous partions un peu dans l'inconnue. L'implantation avait été bien faite, mais l'hiver a été froid et l'on ne savait pas ce que ça pouvait donner. Au final, la culture s'est bien récupérée », estime Bruno Albert.
Récolte précoce
Le méteil, mélange de céréales (triticale, blé, orge, avoine), de protéagineux (pois fourrager, pois protéagineux, féverole) et de légumineuse (vesce), peut être récolté en ensilage ou en grain. Les exploitations visitées le 2 mai, lors de la demi-journée organisée par les chambres d'agriculture de l'Isère et de la Drôme, avaient pour objectif de privilégier la valeur alimentaire en récoltant précocément. Les protéagineuses sont importantes.
Les parcelles du Gaec de Flévin ont reçu, pour la première, un méteil de la coopérative Dauphinoise composé, pour un hectare, de 25 kg de pois assas, 15 kg de vesce hiver, 70kg de triticale RGT omeac, et 70 kg d'avoine d'hiver une de mai. La deuxième parcelle a reçu un méteil fourni par la chambre d'agriculture de l'Isère composés de 50kg de triticale tribeca, 25kg d’avoine une de mai, 25kg d’avoine suza, 25kg de pois assas, 15kg de pois rif, 15kg e vesce commune barvicos et 15kg de vesce velue amoreiras.
Au fil des parcelles, Jean-Pierre Manteaux, spécialiste des couverts, délivre quelques conseils aux éleveurs. Il en profite pour rappeler l'intérêt d'implanter un méteil. Ce mélange ne craint que les très grands froids, il peut être implanté jusque tard dans l'automne, voire en début d'hiver. Il peut attendre pour être récolté si le printemps a été sec. Néanmoins, il ne doit pas retarder la culture suivante, c'est-à-dire le maïs, qui a besoin d'être semé de plus en plus tôt pour tenir compte du changement climatique. Dans les Terres froides, la récolte précoce interviendra losque les pois seront en fleur et que le méteil aura atteint un mètre de haut, aux alentours du 10/15 mai.
Vie microbienne
Au niveau du travail du sol, la vesce, le pois, le trèfle, comme la luzerne développent un système racinaire avec des nodosités. Ces chapelets se forment lorsque la racine rencontre les ribosomes du sol. Si le sol n'est pas trop compact, alors les ribosomes absorbent l'azote contenu dans l'air et dans le sol. A l'intérieur de la nodosité s'opère une réaction qui fournit la protéine de la partie aérienne de la plante. L'intérêt, c'est que la nodosité restituera aussi l'azote dans la culture suivante. C'est l'effet de transfert. « D'où l'intérêt d'un mélange par rapport à une culture pure : il y a une vie microbienne plus importante », détaille Jean-Pierre Manteaux. Il souligne aussi que les mélanges à base de légumineuses peuvent « vieillir car ils continuent à fixer de l'azote », mieux que ne le font les mélanges à base de céréales.
Le Gaec de Champ Simon a expérimenté un mélange lyonnais (triticale 20 kg, avoine 20 kg, vesce commune 10 kg, vesce velue 10 kg, pois fourrager assas 30 kg et pois rif 30 kg) avec 50 kg de févrerole en plus. « A la sortie de l'hiver, le mélange était un peu clairsemé, rapporte Etienne Albert, nous avons rajouté des triticales. » Les exploitants ont fait plusieurs bandes test avec des apports de 60, 80, 30 et 0 unités d'azote. Jean-Pierre Manteaux recommande 50 à 60 unités maximum pour le méteil. Enfin, le risque sur ce type de mélange, peut être la verse en l'absence de tuteur physique. Le coût de l'implantation, pour 5,5 ha, s'élève à 1 600 euros, le plus cher étant le pois. Le technicien de La Dauphinoise estime le coût de l'implantation moyen de ces mélanges à 250 euros/ha. Ces montants sont à comparer à un ray grass dont l'impantation coûte en semences environ 60 euros/ha.
Sur la dernière parcelle visitée, chez Jean-Marc Gonon, le meilleur résultat en méteil a été obtenu sur un précédent... pomme de terre de consommation ! Le mélange est constitué de 80 kg de féverole, 50 kg de triticale vuka, de 14 kg de pois et 6 kg de vesce, le tout dédié à l'ensilage.
« Le méteil protéique est une alternative ou complémentaire de la luzerne », reprend Jean-Pierre Manteaux. Des tests réalisés en 2017 et 2018, il conclut que le mélange le plus efficient est le mélange lyonnais. « Mais chacun réalise son propre mélange, insiste-t-il. Et le fait évoluer comme il veut. L'important est de bien noter ce qu'on fait pour retenir ce qui nous plaît.»
Il explique aussi que « la vesce est une plante intéressante à mettre dans un métiel lorsqu'on est sûr de vouloir ensiler ». D'expérience, les éleveurs insistent sur la nécessité de stabiliser l'ensilage avec un conservateur.
Isabelle Doucet
Changement climatique
Depuis plusieurs décennies, les chambres d'agriculture de la Drôme et de l'Isère, ainsi que le Contrôle laitier, réalisent des relevés de température pour établir « la météo de l'herbe » ou bulletin Patura. Jean-Pierre Manteaux et Patrick Pellegrin sont les auteurs de ce document de référence qui permet d'avoir une vision précise de la traduction du réchauffement climatique dans la région.« Depuis 1980, tous les 10 ans, on note entre 0,45 et 0,5 degrés en plus, ce qui donne 2° en 40 ans. D'ici 40 ans, les Terres froides auront le climat de la vallée du Rhône d'aujourd'hui », explique Jean-Pierre Manteaux. Les relevés de température font apparaître des écart significatifs entre les régions. Dans la vallée de la Drôme et du Rhône, la moyenne s'établit à 13,9°, c'est le secteur le plus chaud. Les piémonts, de Bourgoin à Chatte, ont une moyenne de 12,9°. Les Terres froides sont à 11,9°, soit 2° de moins que la vallée du Rhône.