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Filière forestière

La traçabilité prend ses marques

A force d'en parler et d'avancer à la vitesse de la croissance d'un chêne, l'idée de la traçabilité du bois, de la parcelle au revendeur fait son chemin. Le vrai démarrage arrivera quand la filière aura une culture collective.
La traçabilité prend ses marques

La traçabilité était sur toutes les langues au Salon du bois de Grenoble, début avril. Phénomène très en vogue et bien appliqué dans de nombreux domaines, elle a encore du mal à s'imposer dans le milieu forestier, mais les choses avancent... à la vitesse de la pousse d'un arbre. Pourra-t-on aboutir à une traçabilité aussi pointue dans la filière bois que celle qui est appliquée dans la filière bovine ? Peut-être à terme. Mais les choses avancent lentement, malgré les efforts considérables, ces dernières années, d'acteurs locaux. Ainsi, au salon du bois de Grenoble, on a pu voir un exposant, la société Twiister systems, montrer le panel de tip-tag analogues à ceux utilisés dans les filières animales existant sur le marché, mais dont les utilisations seraient orientées vers le suivi d'une grume dès la parcelle. Pour cela, cette société propose un tag comportant une puce RFID (1) lisible à une distance respectable  (entre 5 et 10 mètres).

Wood connection

Une évolution importante par rapport à d'autres tags lisibles seulement à quelques centimètres. L'intérêt serait de pouvoir lire le contenu des données stockées dans toutes les puces qu'un camion transporterait en même temps que les grumes, et ce, à l'arrivée à la scierie. Ces informations peuvent concerner la parcelle d'origine, le nom du bûcheron, la date de la coupe, le type de coupe, si la parcelle est PEFC ou non... Mais Patrick Chion, président de l'AFTBM (2), largement à la manœuvre depuis plusieurs années dans ce dossier de la traçabilité, estime qu'une première qualification du bois devrait être réalisée par le bûcheron dès la parcelle. Deux intérêts à cela : « Si une telle qualification était réalisée avant le sciage, le scieur économiserait 20% de bois car on orienterait mieux les billons vers la bonne utilisation potentielle (bois énergie, d'œuvre, de structure), indique le responsable de groupement. Aujourd'hui, le bois n'est pas qualifié à l'entrée mais, au mieux, à la sortie de la scierie. Des billons sont donc sciés, rabotés pour finalement s'apercevoir que  ce n'est pas du bois d'œuvre. Une meilleure qualification plus en amont permettrait donc une économie de temps et de travail pour les scieurs. On revaloriserait également le travail du bûcheron, donc sa rémunération, indispensable si on veut encore motiver des jeunes à s'installer dans un métier très éprouvant. » Accessoirement, il pourrait y avoir une revalorisation des bois locaux. Mais bien sûr, l'aval freine un peu... Des techniciens des communes forestières ou de l'ONF estiment qu'une classification mécanique dans les aires de stokage est tout à fait envisageable par Sylvatest ou même d'autres procédés qui sont délà appliqués dans plusieurs pays européens. A la scierie, ensuite, de compléter les données des puces, en renseignant les dimensions et en affinant les caractéristiques techniques de chaque pièce de bois à la sortie de la première transformation.

PEFC progresse

Mais toutes ces techniques ne seraient rien sans une procédure homogène et reconnue certifiant la traçabilité et l'origine. Déjà, PEFC gagne du terrain. Selon Audrey Celary, responsable administrative de la démarche au niveau régional, 35% des surfaces sont agréées. Compte-tenu qu'une grande partie des milliers de propriétaires forestiers présents dans le département savent à peine qu'ils ont une parcelle de forêt (minuscule en général), ce tiers n'est pas un mauvais chiffre. Mais il y a encore des marges de progrès. Tous ceux qui voudront commercialiser des bois vont de toute façon très rapidement être obligés d'adhérer à la démarche, la pression des utilisateurs finaux étant de plus en plus forte.

Une autre démarche commence à prendre de l'ampleur, celle de Bois des Alpes. « Ce label vient d'être reconnu par la Cofrac, indique Olivier Chaumontet, directeur de l'Union régionale des communes forestières (Cofor) et conseiller spécial auprès du président de Bois des Alpes. L'objectif de cette marque est de certifier l'origine - les Alpes - la qualité du produit (qualification mécanique sur bois sec), la qualité du service. Ce dernier point est important car il oblige un travail en grappe de la part des acteurs. Cette notion exige qu'une entreprise, une petite scierie, ait des relations ou des conventions avec d'autres, pour pouvoir répondre aux demandes ou pallier une rupture d'approvisionnement de sa part. C'est une garantie pour l'acheteur d'être servi, avec un bois équivalent, même s'il ne provient pas de cette entreprise spécifique. Cela sécurise tout le monde. » Le concept a été long à mettre en place, de nombreux obstacles administratifs ou culturels ayant dû être levés au préalable. Mais aujourd'hui, la procédure commence à exister. « La première étape a été de démontrer que la construction en Bois des Alpes était possible, sans que ce soit plus cher au final, poursuit Olivier Chaumontet. Une vingtaine de bâtiments est sortie de terre et le prouve. Aujourd'hui des projets existent et vont être réalisés sans subvention publique (2ème étape). La troisième phase sera celle de la démocratisation de la marque. A court terme, nous y serons ».

(1)  radio fréquence identification sans contact

(2)  Association forestièreTrièves-Beaumont-Matheysine

Jean-Marc Emprin