Labour versus semis direct
Comparer les performances d'un système cultivé en semis direct (TCS) et celles d'un système en labour classique, est l'objet de l'expérimentation menée depuis six ans par Thibaut Ray, ingénieur agronome chez Arvalis. Cette expérience poursuit deux objectifs. Le premier, à court terme, vise à analyser l'efficacité des deux systèmes sur les plans techniques, économiques et environnementaux. Le second, à plus long terme, cherche à étudier la pérennité environnementale du travail en non labour en incluant des réflexions sur l'apport et la rationalisation des intrants, le bilan N,P,K - Matière organique, la production et la consommation d'énergie, et enfin, la production de gaz à effets de serre.
Temps de travail
L'essai réalisé, dans les graviers de la plaine de Lyon, consistait en une rotation quadriennale blé-maïs-maïs-soja. Il a été mené dans quatre parcelles subdivisées chacune en deux modalités égales : l'une était en labour, l'autre en non labour. A noter que pour les deux modalités, le maïs et le soja ont été implantés après une Cipan (culture intermédiaire piège à nitrates) et que pour la modalité non labour, le deuxième maïs et le soja ont été semés après le passage d'un strip till.
Les résultats présentés mettent en avant des performances de rendements moyens moindres en TCS qu'en labour. Surtout au cours des premières années de pratique. Mais Thibaut Ray reconnaît qu'au début de l'expérimentation, le matériel utilisé n'était pas le plus adapté (et pas toujours disponible au bon moment puisqu'il était utilisé en commun) et que la méthode n'était pas encore acquise et maîtrisée (il y a eu notamment des erreurs de couverts qui ont porté un certain préjudice aux essais).
Ces moyennes de rendements plus faibles en TCS ont logiquement eu un impact sur le produit brut (1) réalisé qui n'est pas à la hauteur des modalités en labour. « Nous avons perdu 100 euros par hectare pour le blé et 285 euros pour le maïs de blé », précise Thibaut Ray. Ces sommes sont importantes, mais elles intègrent les premières années qui avaient été particulièrement faibles. Au niveau de l'utilisation des produits phytosanitaires, des essais ont été faits pour réduire l'utilisation du glyphosate. Ces tentatives ne se sont pas révélées très concluantes puisque les adventices se sont fortement développées dans les parcelles. Sur le long terme, il a donc fallu utiliser davantage de produits, mais aussi plus de semis, ce qui a accentué les conséquences sur la marge brute (2)
En revanche, c'est au niveau du temps de travail et des charges de mécanisation que les modalités travaillées en non labour ont mis en avant un effet positif. « Nous avons économisé une heure de travail à l'hectare. C'est intéressant, puisque cela autorise l'agriculteur à exploiter davantage de surfaces ou à développer un autre atelier. Quant aux charges de mécanisation, elles font économiser entre 24 et et 56 euros à l'hectare, selon la production, et celles de carburant entre 14 et 21 euros d'une production à une autre », détaille l'ingénieur agronome.
Glyphosate
La prise en compte de l'ensemble de ces données laissent apparaître une marge nette pour l'exploitation moindre en TCS qu'en labour. « Néanmoins, nous sommes conscients que, dans nos résultats qui sont des moyennes des six années d'expérimentations, nous incluons des années de mauvaises pratiques que nous continuons de payer cher. Dans la mesure où nous nous améliorons et nous acquérons des compétences d'années en années, nous nous rendons compte que les performances des deux systèmes ont tendance à se rapprocher. L'objectif de cette étude n'est pas d'opposer les deux systèmes mais de recueillir des données chiffrées pour se faire une idée de chacun d'eux » estime Thibaut Ray. Les leviers pour gagner en efficience économique existent. Il faut optimiser la productivité et les charges.
Sur le long terme, la principale difficulté du travail en non labour sera en lien avec la possibilité d'utiliser, ou non, du glyphosate. Sans lui, les spécialistes s'accordent à dire que « cela va être difficile. En l'utilisant à faible dose ou ponctuellement, on peut réussir à faire du semis direct. Mais sans sur le long terme, cela va être très compliqué », affirme l'ingénieur agronome.
(1) Volume de produit x le prix de vente
(2) (prix de vente x rendement + Aides) - intrants