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Interview

« Chanabel est le symbole de la crise fruitière »

ANALYSE/ Président de l'AOP pêches-nectarines, Bruno Darnaud nous livre son analyse sur la situation économique actuelle du secteur fruitier.
« Chanabel est le symbole de la crise fruitière »
Qu'avez-vous ressenti à l'annonce du placement en redressement judiciaire, de la coopérative fruitière Chanabel, installée à Salaise-sur-Sanne ?
Dans la conjoncture actuelle, je ne suis pas surpris. Depuis trois ans, les résultats de nombreuses entreprises du secteur fruits sont soit en négatif, soit juste à l'équilibre. Chanabel fait partie des entreprises phares de la profession. En 2010, Drôme fruits connaissait la même situation. Cette année, c'est eux. De plus en plus de producteurs arrêtent leur métier… Ceux qui résistent un peu mieux sont ceux qui se sont diversifiés. Il faut trouver des solutions, car l'heure est grave.
Vous êtes arboriculteur dans la Drôme et également président de l'AOP pêches-nectarines. Des fruits qui font partie de ceux les plus touchés par la crise.
Nous sommes au plus bas, depuis trois ans. Globalement cette année, nous avons eu 20 centimes de perte par kilo. Les chiffres sont proches de 2009. En 2010, quelques producteurs avaient pu équilibrer leurs résultats, mais ils étaient peu nombreux. Cette année, même les meilleurs d'entre nous n'y arrivent pas.
Comment la profession a pu en arriver à une telle situation?
L'explication est simple : nous vendons en dessous de nos prix de revient. La compétitivité se détériore devant la concurrence espagnole. Les élus politiques expliquent que les différences sociales et fiscales entre les pays européens diminuent, mais nous constatons le contraire. L'écart se creuse de plus en plus au sein de l'Europe. Il n'y a aucune régulation, le verger français est menacé, tout comme celui des Italiens et des Espagnols qui ne sont pas en très bonne forme. Tous les producteurs de pêches-nectarines en Europe sont en train de s'écrouler. Chanabel est le symbole de cette situation. Et tout le monde se pose la même question : « A qui le tour l'année prochaine ? »
Propos recueillis par Lucile Ageron