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Christine Joy, vice-présidente à l'agriculture de la communauté de communes du Grésivaudan

« Il faut aller au-devant des agriculteurs »

A l'occasion d'une récente table ronde sur la qualité des produits locaux et de la journée de l'installation à destination des jeunes en formation agricole dans le département du 30 novembre, rencontre avec la vice-présidente à l'agriculture de la communauté de communes du Grésivaudan. Elue depuis deux ans, Christine Joy promeut la commercialisation en circuits courts, le développement de l'agriculture biologique et amène l'ensemble de ses collègues à rencontrer les agriculteurs du territoire.
« Il faut aller au-devant des agriculteurs »
C'est vous qui avez ouvert la seizième journée de l'installation des centres de formation agricole du département, mardi 30 novembre, à Saint-Ismier, avec le président du comité départemental à l'installation, Aurélien Clavel, et les responsables de l'établissement. Cela signifie que la soutien à l'installation constitue le fondement de la politique agricole de la communauté de communes du Grésivaudan ?
Oui, car je pense que c'est notamment en mettant l'accent sur l'installation que l'on peut donner de nouvelles perspectives à l'agriculture. C'est pourquoi, avec le soutien de mon président, François Brottes, le maire de Crolles, nous avons créé cinq comités locaux pour l'installation (Cli) dans les deux années qui ont suivi la création de la communauté de communes, en 2008. Il était nécessaire de couvrir ainsi le territoire, car le processus d'installation est complexe et l'agriculture pâtit d'handicaps certains par rapport à d'autres secteurs d'activité, qui ne subissent pas des mêmes aléas climatiques ou économiques, ni du manque de reconnaissance qui prévaut encore vis-à-vis des agriculteurs. On trouve toujours une salade trop chère, pas forcément le pain qu'on achète juste après.
Depuis que nous avons impliqué l'ensemble des communes du territoire dans des Cli, je crois que les élus du Grésivaudan ont pris conscience que les agriculteurs n'étaient pas seulement là pour entretenir l'espace. Leur rôle premier est la production des matières premières nécessaires à la fabrication des aliments.
Même si les communes constituant la communauté ont conservé leurs compétences en matière d'urbanisme, le Grésivaudan s'est donc engagé à ne plus consommer un seul mètre carré de foncier agricole. Nous n'imposons rien, mais je n'ai pas rencontré un seul maire qui m'ait dit qu'il n'était pas intéressé par l'agriculture, même ceux qui n'ont plus de professionnel sur leur commune.
Il faut dire que, de l'achat de terrains au fermage en passant par la problématique des baux verbaux par exemple, nous avons formé les élus aux spécificités de l'agriculture dans le cadre des Cli. En ayant mis consommateurs, producteurs et élus autour d'une même table, nous sommes maintenant capables d'approcher les agriculteurs se préparant à céder leurs exploitation, de faire remonter des informations aux conseillers de l'Adasea, d'accompagner les candidats à l'installation dans leur recherche de foncier, de débloquer des problèmes d'urbanisme, d'intégrer les agriculteurs nouvellement installés aux réseaux professionnels constitués dans le territoire...

Votre présence au lycée horticole mardi 30 novembre souligne aussi le partenariat étroit noué avec l'établissement...
Oui, nous avons de très bonnes relations avec le lycée et le CFPPA de Saint-Ismier, où je suis déjà intervenue plusieurs fois depuis que j'ai pris la vice-présidence à l'agriculture du Grésivaudan. Et puis nous avons échangé sur leur projet de créer une formation au maraîchage. Comme nous faisons la promotion des circuits courts, nous leur avons suggéré que cette future production fournisse la cantine de l'établissement. Du coup, maintenant, cette dernière cherche à s'approvisionner localement.
Quelles sont vos actions en faveur des circuits courts ?
En ce qui concerne la restauration collective tout d'abord, nous avons commencé par organiser un débat avec les différents acteurs du territoire, dont sept établissements scolaires gérant eux-mêmes leur cantine. Nous avons aussi listé les agriculteurs intéressés par ce débouché et sommes sur le point d'éditer un catalogue présentant leurs productions afin d'aider les gestionnaires de cantines scolaires à entrer en contact avec les professionnels implantés localement. Egalement destiné aux maisons de retraites et aux entreprises possédant un restaurant, voire aux restaurateurs, ce document précisera les quantités pouvant être distribuées, mais nous ne projetons pas de créer une plateforme d'approvisionnement en produits agricoles locaux, car un tel projet pose la question du portage et du financement. Pour moi, la collectivité ne doit pas se substituer aux acteurs économiques. Mais, en lien avec l'Adayg, voire avec les intercommunalités voisines, nous sommes prêts à les accompagner.
Nous soutenons aussi les projets de magasins de producteurs en cours d'élaboration à Montbonnot et à Saint-Ismier.
Nous nous sommes par ailleurs impliqués auprès de neuf élevages bovins laitiers du massif de Belledonne qui réfléchissent à l'opportunité d'un outil de transformation collectif, car ils s'interrogent sur l'avenir de la collecte dans leur territoire. C'est la plus chère du département ! Une étude de faisabilité va être menée cette année. Il n'est pas dit que la démarche aboutisse. Ce sont bien les éleveurs qui décideront, mais les communes du secteur ont d'ores et déjà intégré le projet dans leurs plans d'occupation des sols et une bonne dynamique s'est instaurée entre les agriculteurs concernés. Et, si cela se fait, nous savons qu'il n'y aura pas de problème de commercialisation !
Ensuite, sur les marchés de plein vent, nous n'avons pas encore d'action, car ils relèvent des communes. Mais nous ressentons un essoufflement. Il faut donc que nous trouvions une façon de relancer la dynamique.
Enfin, dans la mesure où il soutient l'installation en agriculture, mais aussi le développement et la diversification des exploitations, le fonds intercommunal de développement agricole que nous avons mis en place cette année peut aider des agriculteurs à se lancer dans la commercialisation en circuits courts. Quatre projets ont déjà été soutenus, dont trois en bio.

L'agriculture biologique a-t-elle la préférence des élus du Grésivaudan ?
Non, car même si nous avons la volonté de développer l'agriculture biologique, cela ne signifie pas que l'agriculture dite « conventionnelle » n'a plus sa place dans le territoire. Dans un contexte de crise agricole, nous incitons simplement les agriculteurs à réfléchir à la conversion pour vérifier si cela leur permettrait de mieux valoriser leurs productions, car il existe une demande importante pour des produits bio et la collectivité est susceptible d'aider les professionnels à adapter leurs pratiques. Mais seulement s'ils le choisissent ! C'est à l'agriculteur de décider ce qu'il veut faire de son exploitation.
Par contre, nous sommes à sa disposition s'il cherche à améliorer ses pratiques.

Qu'est qu'une « bonne » pratique agricole pour vous ?
C'est une des questions que nous nous sommes posées lors de la table ronde « Des produits de qualité, ça se cultive ! » que nous avons organisée jeudi 18 novembre, à Villard-Bonnot, en présence d'une centaine de personnes dont une trentaine d'agriculteurs.
Trois exploitations agricoles vont nous permettre d'approfondir nos réflexions en nous permettant de disséquer leurs façons de faire. Je crois que ce sera intéressant, car beaucoup d'agriculteurs ont déjà adapté leurs pratiques, mais la plupart ne fait pas savoir comment ils travaillent.

Propos recueillis par Cécile Fandos
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Qui est Christine Joy ?
Christine Joy n'est pas issue du milieu agricole. Mais la vice-présidente à l'agriculture de la communauté de communes du Grésivaudan séjournait tous les étés dans une ferme du Vercors quand elle était enfant et elle a toujours été sensible à la thématique agricole. C'est pourquoi, après avoir soutenu la création d'une communauté de communes dès son élection à la mairie de Laval, en 2008, elle s'est proposée pour suivre le dossier au niveau de l'intercommunalité. « J'adore ce que je fais », confie aujourd'hui cette élue de terrain, qui tient à rencontrer les professionnels dans leurs exploitations et espère connaître la plupart des agriculteurs du Grésivaudan d'ici à la fin de son mandat, en 2014. « C'est au contact de la réalité que les projets réalistes prennent vie », estime la vice-présidente du Grésivaudan.
C.F.
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