Sud Grésivaudan
« L'agriculture doit viser l'excellence »
Cohabitation/Après avoir participé à une table ronde « agriculture, alimentation, santé et environnement » organisée par l'Espace nature Isère, basé à L'Albenc, et animé un débat sur « la nature au service de l'agriculture » dans le cadre de la dernière assemblée générale du comité de territoire du Sud Grésivaudan, qu'il préside, Raphaël Gaillard réaffirme la vocation première de l'agriculture - produire - tout en se montrant ouvert à l'expérimentation de pratiques agricoles permettant de mieux protéger l'environnement.
Qu'est-ce qui fait que les relations entre nature et agriculture sont sur le devant de la scène en ce moment dans le Sud Grésivaudan ?
Le débat organisé par l'Espace nature Isère s'inscrivait dans le cadre d'une semaine internationale pour les alternatives aux pesticides comprenant visites de fermes, ateliers, projections de films, exposition et marché bio.
Quant au choix du comité de territoire de consacrer son assemblée générale aux auxiliaires de l'agriculture, il résulte d'une prise de conscience. En participant à une réunion sur l'agriculture biologique qui a réuni une quinzaine de personnes dont seulement trois agriculteurs, je me suis rendu compte que les promoteurs de la bio ne comprenaient pas que les agriculteurs n'y soient pas plus favorables. Cela m'a un peu agacé, mais cela m'a surtout montré que, même si nous avons l'impression de rabâcher, nous devons continuer à expliquer nos positions et montrer les efforts que nous consentons. Sur les bâtiments d'élevage par exemple, je crois qu'ils passent complètement inaperçus.
Quels messages avez-vous passés lors de ces deux soirées ?
Lors du débat organisé par l'Espace nature Isère, j'ai d'abord affirmé qu'aucun agriculteur n'était ni tout noir ni tout blanc vis-à-vis de la protection de la nature. On ne peut pas dire « je suis en bio, donc je suis tranquille ». Si l'on importe l'alimentation de son bétail de l'étranger car on ne peut s'approvisionner en bio localement, on a un impact sur le réchauffement climatique par exemple. Et si la bio a aussi bien pris dans la Drôme, c'est que les exploitations de ce département peuvent se passer d'azote minéral, étant donnée leur proximité avec de nombreux élevages hors sols.
C'est très bien qu'il y ait des nuciculteurs qui passent en bio, car il y a une demande de noix issues de l'agriculture biologique. Je ne suis pas opposé à l'agriculture biologique. Dans mon Gaec, nous avons même des pratiques proches de la bio en dehors du désherbage de nos céréales. Nous entretenons les haies, relativement nombreuses sur notre plateau. Et depuis trois ans, nous semons de l'orge et des pois sur la même surface afin de limiter les apports d'azote.
Il faut dire qu'avec nos ateliers viande bovine, viande porcine et noix, nous sommes habitués à rechercher le meilleur assemblage entre les différentes composantes de notre exploitation. Il faut faire la même chose à l'échelle d'un territoire, en donnant leur juste place aux espaces agricoles, naturels et urbains. Et en comprenant que la vocation première d'un agriculteur est de produire, pas de protéger l'environnement, même si son activité y contribue, surtout dans une région comme la nôtre, où la rupture entre la bio et l'agriculture dite « conventionnelle » n'est pas nette.
Les gens qui nous demandent de privilégier les systèmes herbagers n'ont pas toujours conscience que, pour remplacer dix hectares de maïs, il faut vingt hectares de pâture. Et qu'étant donnée la situation financière de la plupart des élevages, il n'est pas question pour les éleveurs bovins d'aller promener leurs vaches sur des coteaux où il y a moins d'herbe que dans les plaines d'alluvions.
Cela signifie que ce dialogue entre nature et agriculture correspond également à un débat sur le foncier agricole ?
Tout à fait ! Et tout le problème est que les terres que nous voulons sont aussi celles que convoitent les aménageurs... Alors, même si on sent que le message commence à passer (par exemple, quand le maire de Saint-Vérand affirme qu'il souhaite protéger les surfaces agricoles dans le cadre du plan local d'urbanisme en cours d'élaboration, alors qu'il connaît mal notre secteur d'activité), il y a encore fort à faire dans ce domaine. En termes de sensibilisation des élus et du grand public à nos problématiques, mais aussi sur le plan des pratiques agricoles. La pression foncière et le renchérissement de l'énergie nous obligent à viser l'excellence. Que l'on soit bio ou pas, il faut chercher les rendements maximum tout en diminuant notre consommation de carburants.
Les solutions, on les trouvera sur le terrain, mais les différents intervenants des récentes réunions ont lancé des idées intéressantes : mélanger les espèces pour éviter de traiter, planter des haies de feuillus persistants pour favoriser l'implantation de faune auxiliaire, laisser la flore mellifère... On ne va pas recommencer à récolter les noix à la main et, dans une région comme la nôtre, il y aura toujours des agriculteurs qui produiront de manière intensive, mais ce sont des idées qui valent la peine d'être testées et qui peuvent être mises en avant quand nous faisons la promotion de nos produits.
Propos recueillis par Cécile Fandos
Le débat organisé par l'Espace nature Isère s'inscrivait dans le cadre d'une semaine internationale pour les alternatives aux pesticides comprenant visites de fermes, ateliers, projections de films, exposition et marché bio.
Quant au choix du comité de territoire de consacrer son assemblée générale aux auxiliaires de l'agriculture, il résulte d'une prise de conscience. En participant à une réunion sur l'agriculture biologique qui a réuni une quinzaine de personnes dont seulement trois agriculteurs, je me suis rendu compte que les promoteurs de la bio ne comprenaient pas que les agriculteurs n'y soient pas plus favorables. Cela m'a un peu agacé, mais cela m'a surtout montré que, même si nous avons l'impression de rabâcher, nous devons continuer à expliquer nos positions et montrer les efforts que nous consentons. Sur les bâtiments d'élevage par exemple, je crois qu'ils passent complètement inaperçus.
Quels messages avez-vous passés lors de ces deux soirées ?
Lors du débat organisé par l'Espace nature Isère, j'ai d'abord affirmé qu'aucun agriculteur n'était ni tout noir ni tout blanc vis-à-vis de la protection de la nature. On ne peut pas dire « je suis en bio, donc je suis tranquille ». Si l'on importe l'alimentation de son bétail de l'étranger car on ne peut s'approvisionner en bio localement, on a un impact sur le réchauffement climatique par exemple. Et si la bio a aussi bien pris dans la Drôme, c'est que les exploitations de ce département peuvent se passer d'azote minéral, étant donnée leur proximité avec de nombreux élevages hors sols.
C'est très bien qu'il y ait des nuciculteurs qui passent en bio, car il y a une demande de noix issues de l'agriculture biologique. Je ne suis pas opposé à l'agriculture biologique. Dans mon Gaec, nous avons même des pratiques proches de la bio en dehors du désherbage de nos céréales. Nous entretenons les haies, relativement nombreuses sur notre plateau. Et depuis trois ans, nous semons de l'orge et des pois sur la même surface afin de limiter les apports d'azote.
Il faut dire qu'avec nos ateliers viande bovine, viande porcine et noix, nous sommes habitués à rechercher le meilleur assemblage entre les différentes composantes de notre exploitation. Il faut faire la même chose à l'échelle d'un territoire, en donnant leur juste place aux espaces agricoles, naturels et urbains. Et en comprenant que la vocation première d'un agriculteur est de produire, pas de protéger l'environnement, même si son activité y contribue, surtout dans une région comme la nôtre, où la rupture entre la bio et l'agriculture dite « conventionnelle » n'est pas nette.
Les gens qui nous demandent de privilégier les systèmes herbagers n'ont pas toujours conscience que, pour remplacer dix hectares de maïs, il faut vingt hectares de pâture. Et qu'étant donnée la situation financière de la plupart des élevages, il n'est pas question pour les éleveurs bovins d'aller promener leurs vaches sur des coteaux où il y a moins d'herbe que dans les plaines d'alluvions.
Cela signifie que ce dialogue entre nature et agriculture correspond également à un débat sur le foncier agricole ?
Tout à fait ! Et tout le problème est que les terres que nous voulons sont aussi celles que convoitent les aménageurs... Alors, même si on sent que le message commence à passer (par exemple, quand le maire de Saint-Vérand affirme qu'il souhaite protéger les surfaces agricoles dans le cadre du plan local d'urbanisme en cours d'élaboration, alors qu'il connaît mal notre secteur d'activité), il y a encore fort à faire dans ce domaine. En termes de sensibilisation des élus et du grand public à nos problématiques, mais aussi sur le plan des pratiques agricoles. La pression foncière et le renchérissement de l'énergie nous obligent à viser l'excellence. Que l'on soit bio ou pas, il faut chercher les rendements maximum tout en diminuant notre consommation de carburants.
Les solutions, on les trouvera sur le terrain, mais les différents intervenants des récentes réunions ont lancé des idées intéressantes : mélanger les espèces pour éviter de traiter, planter des haies de feuillus persistants pour favoriser l'implantation de faune auxiliaire, laisser la flore mellifère... On ne va pas recommencer à récolter les noix à la main et, dans une région comme la nôtre, il y aura toujours des agriculteurs qui produiront de manière intensive, mais ce sont des idées qui valent la peine d'être testées et qui peuvent être mises en avant quand nous faisons la promotion de nos produits.