Zoom sur... les relations entre producteurs et consommateurs en Chartreuse
« La figure du producteur est associée à la naturalité »
Analyse/Directeur du département des sciences sociales et de gestion de l'institut supérieur d'agriculture de Rhône-Alpes (Isara), Patrick Mundler est intervenu, lors de la dernière assemblée générale de l'association des agriculteurs du parc de Chartreuse, sur les façons de valoriser les produits locaux face aux évolutions de la demande, en particulier la tendance à la bio.
Vous constatez une forte demande pour les produits issus de l'agriculture biologique. Est-ce que cela traduit une volonté des consommateurs, par le biais de leurs achats, d'agir pour la protection de la biodiversité ?
La demande en produits biologiques s'explique principalement par deux raisons. La première tient aux préoccupations liées à la santé. Une partie des consommateurs estime qu'il est plus sain de se nourrir avec des produits qui n'ont pas reçu de pesticides. La seconde est effectivement liée à la protection de l'environnement. Les avantages de l'agriculture biologique sont reconnus sur ce point. Le fait de ne pas utiliser de produits de synthèse permet de mieux préserver certaines ressources, comme l'eau et la fertilité des sols. Mais c'est un élément plus difficile à percevoir pour les consommateurs et, jusqu'à présent, la contribution à la protection de la biodiversité a été mise en avant essentiellement dans les produits AOC (en particulier des fromages), lorsqu'un lien a pu être établi entre la diversité des plantes consommées par les vaches et la typicité d'un produit.
Le label AB a-t-il moins d'importance en circuits courts ?
De nombreux travaux ont montré que l'échange direct entre producteurs et consommateurs est source de confiance pour ces derniers, même en absence de tout signe officiel. Si une part des consommateurs reste attentive à ce que les produits soient labellisés en agriculture biologique, d'autres font confiance au producteur et n'exigent pas une labellisation. Nous constatons même que, dès lors qu'ils achètent directement à un agriculteur, de nombreux consommateurs imaginent qu'ils achètent des produits moins traités. La figure du producteur est associée à la naturalité, tandis que celle des grandes et moyennes surfaces inspire de la défiance et reste associée à l'industrialisation.
Les producteurs, de leur côté, sont davantage enclins à réfléchir à leurs pratiques lorsqu'ils sont en circuits courts, parce que les consommateurs les interrogent sur ce point et qu'ils doivent donc être capables d'expliquer ce qu'ils font. On peut, par conséquent, penser que les circuits courts amènent certains agriculteurs à se montrer plus respectueux de l'environnement. Mais on constate une grande diversité sur ce point.
De mon point de vue, ce doit être un élément important de réflexion pour les agriculteurs, car la confiance est, par définition, quelque chose de fragile, qu'il faut entretenir par des engagements réels, en ayant en tête que le goût, la fraîcheur des produits ou le soutien à l'agriculture locale arrivent bien avant la recherche de produits plus respectueux de l'environnement parmi les préoccupations exprimées par les consommateurs de produits locaux.
Comment les producteurs intègrent-ils ces évolutions de la demande ?
Les réformes successives de la politique agricole commune ayant transféré aux agriculteurs une partie des risques liés à la fluctuation des prix des matières premières agricoles, les circuits courts apparaissent comme des îlots de stabilité. Leur demande est en hausse et cette croissance ne s'est pas démentie jusqu'à présent. Ce qui fait que les prix pratiqués dans ces circuits ne subissent pas la volatilité que l'on constate sur les marchés standards. Nous attendons les résultats du prochain recensement pour avoir des éléments plus précis sur ce point, mais la proportion d'exploitations mettant la vente directe et d'autres pistes de diversification au centre de leur stratégie est donc probablement en augmentation.
Les modes de distribution en circuits courts sont-ils, pour autant, amenés à remplacer les filières longues ? Evidemment non, même s'ils ont encore d'incontestables marges de progression.
Le verdissement des filières longues répond donc à d'autres enjeux que celui de concurrencer les filières courtes sur leurs spécificités. Il est devenu impératif compte tenu, à la fois, de la nécessité de préserver les ressources naturelles, sans lesquelles il n'y a plus d'agriculture, et des impasses techniques rencontrées de plus en plus fréquemment par l'agriculture dite « productiviste ».
Propos recueillis par Cécile Fandos
La demande en produits biologiques s'explique principalement par deux raisons. La première tient aux préoccupations liées à la santé. Une partie des consommateurs estime qu'il est plus sain de se nourrir avec des produits qui n'ont pas reçu de pesticides. La seconde est effectivement liée à la protection de l'environnement. Les avantages de l'agriculture biologique sont reconnus sur ce point. Le fait de ne pas utiliser de produits de synthèse permet de mieux préserver certaines ressources, comme l'eau et la fertilité des sols. Mais c'est un élément plus difficile à percevoir pour les consommateurs et, jusqu'à présent, la contribution à la protection de la biodiversité a été mise en avant essentiellement dans les produits AOC (en particulier des fromages), lorsqu'un lien a pu être établi entre la diversité des plantes consommées par les vaches et la typicité d'un produit.
Le label AB a-t-il moins d'importance en circuits courts ?
De nombreux travaux ont montré que l'échange direct entre producteurs et consommateurs est source de confiance pour ces derniers, même en absence de tout signe officiel. Si une part des consommateurs reste attentive à ce que les produits soient labellisés en agriculture biologique, d'autres font confiance au producteur et n'exigent pas une labellisation. Nous constatons même que, dès lors qu'ils achètent directement à un agriculteur, de nombreux consommateurs imaginent qu'ils achètent des produits moins traités. La figure du producteur est associée à la naturalité, tandis que celle des grandes et moyennes surfaces inspire de la défiance et reste associée à l'industrialisation.
Les producteurs, de leur côté, sont davantage enclins à réfléchir à leurs pratiques lorsqu'ils sont en circuits courts, parce que les consommateurs les interrogent sur ce point et qu'ils doivent donc être capables d'expliquer ce qu'ils font. On peut, par conséquent, penser que les circuits courts amènent certains agriculteurs à se montrer plus respectueux de l'environnement. Mais on constate une grande diversité sur ce point.
De mon point de vue, ce doit être un élément important de réflexion pour les agriculteurs, car la confiance est, par définition, quelque chose de fragile, qu'il faut entretenir par des engagements réels, en ayant en tête que le goût, la fraîcheur des produits ou le soutien à l'agriculture locale arrivent bien avant la recherche de produits plus respectueux de l'environnement parmi les préoccupations exprimées par les consommateurs de produits locaux.
Comment les producteurs intègrent-ils ces évolutions de la demande ?
Les réformes successives de la politique agricole commune ayant transféré aux agriculteurs une partie des risques liés à la fluctuation des prix des matières premières agricoles, les circuits courts apparaissent comme des îlots de stabilité. Leur demande est en hausse et cette croissance ne s'est pas démentie jusqu'à présent. Ce qui fait que les prix pratiqués dans ces circuits ne subissent pas la volatilité que l'on constate sur les marchés standards. Nous attendons les résultats du prochain recensement pour avoir des éléments plus précis sur ce point, mais la proportion d'exploitations mettant la vente directe et d'autres pistes de diversification au centre de leur stratégie est donc probablement en augmentation.
Les modes de distribution en circuits courts sont-ils, pour autant, amenés à remplacer les filières longues ? Evidemment non, même s'ils ont encore d'incontestables marges de progression.
Le verdissement des filières longues répond donc à d'autres enjeux que celui de concurrencer les filières courtes sur leurs spécificités. Il est devenu impératif compte tenu, à la fois, de la nécessité de préserver les ressources naturelles, sans lesquelles il n'y a plus d'agriculture, et des impasses techniques rencontrées de plus en plus fréquemment par l'agriculture dite « productiviste ».