Grenoble
« La nourriture française ne peut être qualifiée de malbouffe »
DEBAT/ Pour lancer une année consacrée au développement durable et à l'alimentation biologique, le lycée Champollion de Grenoble a organisé une conférence sur l'agriculture conventionnelle, avec Jean Robin-Brosse, président de la FDSEA de l'Isère.
Lier agriculture et alimentation, c'est le programme qui sera développé tout au long de l'année scolaire par le lycée Champollion, à Grenoble.
Jeudi 6 octobre, une conférence a été organisée sur le thème de l'agriculture conventionnelle pour échanger sur ses enjeux et ses difficultés. Une initiative menée par Denise Cayla, professeur chargée du développement durable, et des actions pédagogiques sur l'alimentation biologique. « Le lycée est pilote au niveau de l'alimentation biologique dans le cadre d'un contrat avec la région Rhône-Alpes. Tout au long de l'année, des expositions, des ateliers et des travaux sur ce thème seront organisés par une dizaine de professeurs volontaires. Pour lancer cet événement, nous avons organisé une conférence le même jour que celui du premier repas bio de l'année », explique-t-elle.
L'agriculture, moteur de l'économie mondiale
Pour répondre aux questions des élèves, le lycée a donc fait appel à Jean Robin-Brosse, président de la FDSEA de l'Isère. Après avoir dressé un bref historique sur l'agriculture, il a rappelé que « se nourrir a été une préoccupation essentielle de l'humanité. Depuis 25 ans, ce souci est un peu oublié et pourtant, c'est quelque chose qu'il faut avoir en tête ». Un point qu'il a complété en expliquant que « l'agriculture est le moteur de l'économie mondiale. Mais, c'est une erreur de dire qu'il faut un prix mondial, car les écarts de niveaux de vie entre les pays sont trop importants. Les prix agricoles français sont hors de prix pour certains pays. Il faut un marché fractionné, une politique régionale à travers le monde ».
Face aux interrogations concernant la sécurité alimentaire, - suite notamment à la bactérie E. Coli présentes dans des graines germées -, il s'est montré rassurant en affirmant aux élèves que « des contrôles existent tout au long de la chaîne de production pour assurer cette sécurité. Nous entendons parfois parler de malbouffe, mais nous ne pouvons pas qualifier de ce terme, la nourriture française. Est-ce que la gastronomie française serait aussi connue et réputée si l'agriculture et l'agroalimentaire de notre pays produisaient de la malbouffe ? »
« Le bio est un créneau à prendre »
Un questionnement qui a conduit les élèves et leurs professeurs à aborder le thème de l'agriculture biologique. Est-ce que toutes les productions peuvent être converties en bio ? L'agriculture conventionnelle va-t-elle disparaître au profit du bio ? « Le bio fait partie des enjeux importants pour l'avenir de l'agriculture. Mais, est-ce que tout le monde peut le faire ? Je ne le pense pas. En revanche, c'est un créneau à prendre et si les gens le peuvent, qu'ils le fassent », a assuré Jean Robin Brosse. Et d'ajouter : « Il faut cependant rester méfiant car les cahiers des charges en Europe ne sont pas tous pareils. Si l'on achète des produits bio de l'étranger, et que le pays où ils ont été cultivés possède un cahier des charges bio moins exigeants qu'en France, peut-être que les produits dits bio que vous mangerez, ne seront en fait pas si éloignés que ça de l'agriculture conventionnelle française ». Quant à l'agriculture conventionnelle, le représentant syndical affirme qu'elle a encore un avenir, « à condition qu'elle évolue. Il ne faut pas rester figé, je ne suis pas favorable au modèle unique. Il faudra trouver un juste milieu entre les productivistes et les écologistes extrêmes qui souhaitent interdire de plus en plus de choses ».
Un discours évolutif
Un débat de deux heures qui a permis aux élèves et à leurs professeurs d'aborder plus concrètement les problématiques des agriculteurs. « J'ai trouvé que c'était très bien d'expliquer les évolutions historiques, économiques et sociologiques de l'agriculture », selon Denise Cayla. Quant à Jean-Paul Robin, formateur au rectorat en matière d'éducation au développement durable, et professeur en économie politique, le discours du président de la FDSEA l'a « sidéré car il a énormément évolué. Ce syndicat était il y a quelques années le fer de lance de la culture productiviste, et là, il nous explique que cela change. C'est très bien ! Son discours est en phase avec le terrain, c'est ce que nous attendions ».
La journée s'est poursuivie par une intervention de Philippe Desbrosses, agriculteur en Sologne et président d'Intelligence verte (association pour la promotion de la biodiversité), et la projection d'un film de Coline Serreau, « Solutions locales pour un désordre global ».
Lucile Ageron
Jeudi 6 octobre, une conférence a été organisée sur le thème de l'agriculture conventionnelle pour échanger sur ses enjeux et ses difficultés. Une initiative menée par Denise Cayla, professeur chargée du développement durable, et des actions pédagogiques sur l'alimentation biologique. « Le lycée est pilote au niveau de l'alimentation biologique dans le cadre d'un contrat avec la région Rhône-Alpes. Tout au long de l'année, des expositions, des ateliers et des travaux sur ce thème seront organisés par une dizaine de professeurs volontaires. Pour lancer cet événement, nous avons organisé une conférence le même jour que celui du premier repas bio de l'année », explique-t-elle.
L'agriculture, moteur de l'économie mondiale
Pour répondre aux questions des élèves, le lycée a donc fait appel à Jean Robin-Brosse, président de la FDSEA de l'Isère. Après avoir dressé un bref historique sur l'agriculture, il a rappelé que « se nourrir a été une préoccupation essentielle de l'humanité. Depuis 25 ans, ce souci est un peu oublié et pourtant, c'est quelque chose qu'il faut avoir en tête ». Un point qu'il a complété en expliquant que « l'agriculture est le moteur de l'économie mondiale. Mais, c'est une erreur de dire qu'il faut un prix mondial, car les écarts de niveaux de vie entre les pays sont trop importants. Les prix agricoles français sont hors de prix pour certains pays. Il faut un marché fractionné, une politique régionale à travers le monde ».
Face aux interrogations concernant la sécurité alimentaire, - suite notamment à la bactérie E. Coli présentes dans des graines germées -, il s'est montré rassurant en affirmant aux élèves que « des contrôles existent tout au long de la chaîne de production pour assurer cette sécurité. Nous entendons parfois parler de malbouffe, mais nous ne pouvons pas qualifier de ce terme, la nourriture française. Est-ce que la gastronomie française serait aussi connue et réputée si l'agriculture et l'agroalimentaire de notre pays produisaient de la malbouffe ? »
« Le bio est un créneau à prendre »
Un questionnement qui a conduit les élèves et leurs professeurs à aborder le thème de l'agriculture biologique. Est-ce que toutes les productions peuvent être converties en bio ? L'agriculture conventionnelle va-t-elle disparaître au profit du bio ? « Le bio fait partie des enjeux importants pour l'avenir de l'agriculture. Mais, est-ce que tout le monde peut le faire ? Je ne le pense pas. En revanche, c'est un créneau à prendre et si les gens le peuvent, qu'ils le fassent », a assuré Jean Robin Brosse. Et d'ajouter : « Il faut cependant rester méfiant car les cahiers des charges en Europe ne sont pas tous pareils. Si l'on achète des produits bio de l'étranger, et que le pays où ils ont été cultivés possède un cahier des charges bio moins exigeants qu'en France, peut-être que les produits dits bio que vous mangerez, ne seront en fait pas si éloignés que ça de l'agriculture conventionnelle française ». Quant à l'agriculture conventionnelle, le représentant syndical affirme qu'elle a encore un avenir, « à condition qu'elle évolue. Il ne faut pas rester figé, je ne suis pas favorable au modèle unique. Il faudra trouver un juste milieu entre les productivistes et les écologistes extrêmes qui souhaitent interdire de plus en plus de choses ».
Un discours évolutif
Un débat de deux heures qui a permis aux élèves et à leurs professeurs d'aborder plus concrètement les problématiques des agriculteurs. « J'ai trouvé que c'était très bien d'expliquer les évolutions historiques, économiques et sociologiques de l'agriculture », selon Denise Cayla. Quant à Jean-Paul Robin, formateur au rectorat en matière d'éducation au développement durable, et professeur en économie politique, le discours du président de la FDSEA l'a « sidéré car il a énormément évolué. Ce syndicat était il y a quelques années le fer de lance de la culture productiviste, et là, il nous explique que cela change. C'est très bien ! Son discours est en phase avec le terrain, c'est ce que nous attendions ».
La journée s'est poursuivie par une intervention de Philippe Desbrosses, agriculteur en Sologne et président d'Intelligence verte (association pour la promotion de la biodiversité), et la projection d'un film de Coline Serreau, « Solutions locales pour un désordre global ».