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Rhône-Alpes

« La région a des atouts pour exister dans cette filière »

ŒUFS DE CONSOMMATION/ A quelques mois de la mise en place de la directive bien-être, la filière des œufs de consommation se prépare. Le point sur la situation économique de ce pan de l'agriculture rhônalpine.
« La région a des atouts pour exister dans cette filière »
Des œufs bio, ou issus de poules élevées en plein air… Les préférences des consommateurs s'affichent clairement depuis une dizaine d'années, en matière d'œufs de consommation. « Il y a une tendance à la baisse du nombre de poules en cage, au profit des modes de production dits alternatifs, comme le bio et l'élevage de plein air », confirme Yves Franck, directeur de l'association régionale de la filière volaille en Rhône-Alpes, l'Afivol.
Une production en légère baisse
Pourtant, cette tendance n'empêche pas de réaliser le constat suivant : même si Rhône-Alpes est la deuxième région de production d'œufs de consommation en France, la production globale « a diminué de 15 % ces dix dernières années », explique Philippe Juven, président de l'Apose, l'association des producteurs d'œufs du Sud-Est. « Mais cela est à prendre avec des pincettes car, même si le cheptel diminue, la productivité augmente. Ainsi, la production d'œufs reste constante », complète Yves Franck.
Et c'est dans le département de la Drôme que cette production est la plus importante. Viennent ensuite l'Ardèche et l'Ain. L'Isère, quant à elle, ne se retrouve qu'au cinquième rang. « La Loire se développe bien, aussi. Les œufs de ces départements sont commercialisés à 80 % dans la région Rhône-Alpes. Depuis quelques années, on chiffre la consommation des Rhônalpins à 240 œufs par habitant », détaille le directeur de l'Afivol. Il ajoute : « C'est une filière importante pour la région. Mais, les besoins en termes d'investissement sont énormes. Notamment ceux engendrés par l'application de la directive bien-être ».
L'investissement, le nerf de la guerre
Cette directive européenne* interdit l'élevage des poules pondeuses en cages conventionnelles, dites non aménagées (lire par ailleurs). Un « gros dossier » pour Philippe Juven, qui s'inquiète de savoir si la profession supportera ces coûts supplémentaires. « Tous les éleveurs auront alors 100 % de leurs investissements sur l'installation. Aucune marge de manœuvre ne sera possible. Il faut que la distribution joue le jeu en n'important pas des œufs étrangers. Certains pays d'Europe prennent du retard – comme l'Espagne – et cela pourrait nous faire du tort. C'est clairement de la distorsion de concurrence ».
Autre problème qui pèse sur la profession : les coûts d'alimentation. Mais, il semblerait que ce soient plus les collecteurs qui le ressentent. « Nous fonctionnons avec un système d'indexation du prix des œufs, par rapport à celui de l'aliment », expose Isabelle Beguet, technicienne avicole chargée du développement à la coopérative drômoise Valsoleil. Même son de cloche du côté de Cocorette (Drôme) et de Baby coque (Haute-Savoie) : « Dans 95 % des cas, nos éleveurs n'ont pas à supporter la spéculation sur les prix des céréales, commente Francis Gaud, gérant de la société haut savoyarde. Mais, nous sommes en train de négocier une hausse de 1,62 centime d'euro sur le prix des œufs, pour compenser la hausse du prix des céréales. L'idée est de faire passer cette hausse auprès de la grande distribution ».
Jouer la carte de produits régionaux
Une négociation pas simple à mener, « d'autant plus que depuis le début de l'année, nous subissons plutôt des baisses », précise le gérant. « Aujourd'hui, la hausse n'a pas été acceptée. Nous espérons arriver à nos fins en janvier ou février 2012. La hausse pour les consommateurs ne sera que très faible, même si la grande distribution travaille avec des pourcentages de marges. Dans l'œuf, nous sommes à 35, voire 40 %. C'est une absurdité du système. Les œufs sont des produits agricoles ! Faut-il légiférer pour faire comprendre à tout le monde que cela n'est pas acceptable d'avoir autant de marges sur les produits agricoles ? »
Entre la directive 2012, la spéculation sur les prix et la concurrence européenne, la question de l'avenir de la filière en Rhône-Alpes pourrait légitimement se poser. Pourtant, selon Francis Gaud, « la région a des atouts pour exister sur cette filière. Nous sommes une profession en survie, et pour nous en sortir, nous devons jouer la carte régionale et valoriser nos produits. C'est la seule garantie de sauver la production dans le Sud-Est. Si nous ne le faisons pas, les distributeurs iront au moins cher en choisissant des œufs de Bretagne ou d'Espagne. Et connaissant les conditions sanitaires de ce pays, nous nous exposerions à un scandale sanitaire qui nuirait à la profession entière ».
Lucile Ageron
*Directive européenne : la directive 1999/74/CE établissant les normes minimales relatives à la protection des poules pondeuses prévoit l'interdiction dans l'Union européenne, de l'élevage des poules pondeuses en cages conventionnelles (dites « non aménagées ») à compter du 1er janvier 2012. À partir de cette date, les poules pondeuses ne pourront être élevées que dans des cages aménagées ou selon d'autres systèmes comme l'élevage au sol ou en liberté. Dans une cage aménagée, les poules doivent disposer de 750 cm2 au moins par poule, d'un nid, d'une litière, d'un perchoir et d'un dispositif pour le raccourcissement des griffes.
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Comparaison des filières œufs en France et Rhône-Alpes
- 620 000 reproductrices pontes en France contre 111 700 en Rhône-Alpes
- 7 couvoirs en France contre 3 en Rhône-Alpes
- 8,3 millions de poules pondeuses en production alternative en France, contre 1,14 millions en Rhône-Alpes
- 1 850 élevage de pondeuses en France contre 220 élevages de pondeuses en Rhône-Alpes
- 14,9 milliards d'œufs produits en France contre 1,2 milliard en Rhône-Alpes
Source : Afivol, chiffres de 2008
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