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Saint-Laurent-du-Pont

« Le préfet ne va pas dessiner le territoire à la hache »

POLITIQUE/ Jeudi 21 avril, 170 élus ont répondu à l'appel de l'association des maires de l'Isère, qui organisait les dixièmes rencontres des intercommunalités iséroises, à Saint-Laurent-du-Pont. Une manifestation qui se tenait dans un contexte particulier, puisque c'est le lendemain qu'a été dévoilé le projet de schéma départemental des coopérations intercommunales.
« Le préfet ne va pas dessiner le territoire à la hache »
Hasard du calendrier, les dixièmes rencontres des intercommunalités iséroises, organisées par l'association des maires de l'Isère le 21 avril à Saint-Laurent-du-Pont, se tenaient la veille de la publication, par la préfecture, du projet de schéma départemental de coopération intercommunale (lire par ailleurs). Pourtant, l'heure n'était pas aux spéculations pour les 170 élus présents, comme l'a rappelé Daniel Vitte, président de l'Ami, dans son discours d'accueil. « Nous allons faire en sorte que ce ne soit pas la foire d'empoigne et que le sujet du schéma départemental ne soit pas abordé. Laissons ce débat-là pour le jour de publication de ce document ».

Bientôt un pôle métropolitain dans le Nord-Isère ?
Le débat a donc commencé par la présentation du projet de pôle métropolitain en Nord-Isère, qui regroupera la communauté d'agglomération Porte de l'Isère (Capi), le Grand Lyon, Saint-Etienne Métropole et Vienn'agglo (anciennement communauté de communes du pays viennois). Une démarche impulsée par les quatre présidents de ces entités en 2007. Devant les inquiétudes et questionnements que peuvent poser cette initiative, Alain Cottalorda, président de la Capi, et Christian Trouiller, président de Vienn'agglo, ont assuré que « notre territoire est isérois, nous n'avons aucune envie de basculer dans le Rhône », mais « économiquement, nous sommes lyonnais ». Simplement, pour ces élus, créer une métropole serait l'occasion de peser plus fort sur la scène internationale, que ce soit par l'activité économique ou la formation scolaire. « L'idée est de créer des formations post-bacs d'excellence avec le regroupement des universités de Saint-Etienne et de Lyon. Il faut se positionner sous la même bannière pour rayonner internationalement », ajoute Alain Cottalorda.
Pour autant, pas question d'imposer ce choix et de se lancer dans une métropole de plein exercice : « C'est trop ambitieux et dangereux. Cela peut conduire à l'effacement des communes et nous ne le souhaitons pas », assure le président de la Capi. Il a donc été décidé de créer un syndicat mixte métropolitain d'ici à la fin de l'année. Un forum des maires sera aussi organisé pour expliquer la démarche, « qui ne doit pas être faite par une poignée de convaincus, mais approuvés par tous les élus de ce vaste secteur », précisent, de concert, les deux élus politiques.

La crainte d'une hausse des inégalités entre territoires
Cet exposé a fait naître dans l'assemblée de multiples questions. Si Bernard Saugey, sénateur de l'Isère, a souligné « qu'en unissant l'alouette (la Capi et Vienn'agglo) au cheval du Grand Lyon et de Saint-Etienne Métropole, vous seriez de grands précurseurs où chacun doit trouver sa place », Georges Colombier, député de la 7eme circonscription de l'Isère a attiré l'attention sur les communautés de communes plus rurales, proches de cette future métropole. « Il ne faudrait pas qu'il y ait des communautés d'agglomération dans un premier cercle et ensuite, plus loin, des communes plus rurales qui n'auraient pas les moyens financiers de lutter, ni d'exister ».
Un point sur lequel l'a rejoint Yannick Neuder, vice-président de l'Ami, en charge des intercommunalités. « Quelle sera la réaction des populations se trouvant à la limite de ce pôle métropolitain où seront proposés une multitude de services, alors qu'eux, auront des projets de territoire moins riches ? Dans ces périmètres, une inégalité de services va se créer ». Et d'ajouter : « Ces grands schémas sont souvent faits par un noyau regroupant les grands décideurs, mais il faut que les élus puissent quand même donner leur avis. Il ne faut pas que ceux des petites communes n'aient plus qu'à gérer les places de cimetière ».

« Le schéma exprimera la volonté des élus »
Et, même si la journée du 21 avril n'était pas celle du 22 avril, date à laquelle le projet de schéma départemental de coopération intercommunale a été dévoilé, ce dernier était dans tous les esprits. Le premier à l'évoquer fut même Daniel Vitte, arguant être confiant, « je n'ai pas du tout en tête une notion de couperet. Le schéma exprimera la volonté des élus, le préfet n'a sûrement pas improvisé ». Ce dernier, Eric Le Douaron, est intervenu en toute fin de réunion. Un discours très attendu et qui a, malgré tout, fait la part belle à la future carte des intercommunalités iséroises. « Il est essentiel et fondamental que l'on se tourne vers l'avenir pour que les choses puissent évoluer. L'économie ne connaît pas de frontières et l'objectif est de couvrir l'ensemble du territoire par des établissements publics de coopération intercommunale, et de supprimer les territoires qui sont seuls, a-t-il expliqué. Il s'agit aussi de supprimer les communautés de communes de moins de 5 000 habitants et de réduire le nombre de syndicat intercommunal ou mixte ». Devant l'inquiétude des élus, il s'est voulu rassurant : « Le préfet ne va pas dessiner le territoire à la hache, mais dans l'intérêt des élus. Je suis très attaché à la concertation. Notamment au dialogue avec les élus locaux. Cette réforme se fait pour tout le monde en transcendant les égoïsmes ».
Lucile Ageron

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Pôle métropolitain
Des idées dans le Sud-Isère aussi
« La communauté d'agglomération Grenoble Alpes métropole (la Métro, forte de plus de 404 000 habitants) souhaite engager un projet de pôle métropolitain en s'associant à la communauté d'agglomération du pays voironnais (CAPV), à l'agglomération de Valence et, peut-être, à la communauté de communes de Bièvre-Est », informe la préfecture de l'Isère en annexe du projet de schéma départemental de coopération intercommunale (SDCI).
Par ailleurs, la Métro et le pays voironnais ont signé, dès 2003, une « charte d'intention pour un développement concerté et durable, un engagement qui s'est traduit par une coordination des actions des deux communautés en matière d'économie, d'aménagement, d'habitat et de mobilités ». Et « au mois de novembre dernier, les exécutifs du pays voironnais et de Grenoble Alpes métropole ont entériné le principe d'une coopération renforcée entre les deux communautés d'agglomération ». La création d'un pôle métropolitain réunissant les deux agglomérations, mais ouvert à d'autres communautés, a alors été annoncée.
Enfin, depuis 2005, l'agglomération grenobloise coopère avec celles de Valence, mais aussi Chambéry et Annecy, dans le cadre du sillon alpin, un espace qui « se veut un lieu d'une nouvelle gouvernance pour passer des concurrences à la coopération, en matière économique et industrielle, mais aussi d'urbanisation, de déplacements, de protection et de valorisation des espaces naturels et agricoles », explique la Métro. Le sillon alpin réunissant des villes « dont les aires d'influence tendent à se superposer de manière presque continue jusqu'à la frontière suisse » et « rassemblant des éléments forts de centralité (université, recherche et développement, santé, centres de décision publics et privés, etc.) », il pourrait également se constituer en pôle métropolitain.

Fusions de collectivités
Même si, in fine, aucun pôle métropolitain ne voit le jour, les fusions de collectivités sont à l'ordre du jour dans le Sud-Isère, car « la transformation de la Métro en communauté urbaine fait partie de ses réflexions, signale aussi la préfecture. Mais pour devenir communauté urbaine, il faut que cette communauté d'agglomération opère un rapprochement avec d'autres collectivités, en vue d'atteindre le plancher de 450 000 habitants prévu par la loi ». Pour ce faire, « la Métro privilégie la piste de la fusion-extension avec les communautés du balcon Sud de Chartreuse, du Sud grenoblois et du massif du Vercors, selon les services de l'Etat. Toutefois, une extension de périmètre par intégration des communes de Miribel-Lanchatre, Revel, Saint-Martin-d'Uriage et Chamrousse est également envisagée. D'autres communes situées dans le même bassin de vie (Voreppe, Biviers, Montbonnot, Saint-Ismier, Le Versoud, Saint-Jean-de-Vaux) pourraient être associées au projet », qui risque de susciter de vives réactions, mais recueille l'assentiment de l'administration : « Ce choix est justifié par l'attractivité de l'agglomération, tributaire de son cadre géographique, la création d'un lien ville-montagne, la promotion d'énergies renouvelables et de la filière bois, écrit la préfecture. La mutation en communauté urbaine de la Métro est de nature à entraîner des transferts de compétences particulièrement intéressants dans des domaines stratégiques tels que l'eau ».
C.F.
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