Isère
« Les agriculteurs ne peuvent pas tout faire seuls »
INTERVIEW/ Alors que les journées AGPM ont lieu les 5, 6 et 7 septembre, à Grenoble et le salon Tech & Bio les 7 et 8 septembre à Bourg-lès-Valence (Drôme), Jérôme Crozat, représentant de la section grandes cultures à la FDSEA de l'Isère revient sur les grands thèmes de l'actualité.
Lors des journées AGPM, une table ronde sera consacrée à la future réforme de la Pac. Alors que les cours des prix des céréales fluctuent régulièrement, comment envisagez-vous l'avenir ?
Depuis 18 mois, nous avons des prix corrects plutôt situés dans une base haute. Nous souhaiterions les conserver en l'état, tout en étant conscients que des prix trop hauts font également fluctuer les charges. Nous recherchons une certaine stabilité de prix, autour de 160 à 170 euros la tonne, afin que nous puissions renégocier. Mais, tout cela devrait s'inscrire dans le temps, pour éviter la spéculation. Pour l'avenir, hormis la contractualisation avec les transformateurs, il sera difficile d'inscrire un prix minimum ou maximum garanti, car cela peut être taxé d'être anti-OMC. C'est ce qu'il se passe dans le secteur laitier, avec la suppression des quotas laitiers. A terme, cela pose la question suivante : devons-nous continuer à avoir le segment agricole dans l'OMC, ou non ?
Ces journées ont lieu seulement un jour avant le salon Tech & bio, qui a lieu dans la Drôme…
Oui, ces deux événements sont proches. Les journées AGPM comprendront une réflexion sur l'engagement de notre métier, notamment sur le sujet de l'utilisation de l'eau. Depuis vingt ans, nous nous sommes rendu compte que nous pouvions rester performants, tout en diminuant nos doses d'azote. Aujourd'hui, des formations sur l'utilisation de produits phytosanitaires sont en cours. Nous devons prendre conscience des nouvelles méthodes, c'est sûr, mais produire du maïs sans engrais et sans désherbant, cela va être dur. Surtout avec le problème récurrent de l'ambroisie. Les représentants cantonaux de la section grandes cultures seront d'ailleurs invités à participer à une journée technique de l'AGPM.
Certaines exploitations sautent le pas pourtant, et se convertissent à l'agriculture biologique. Qu'en pensez-vous ?
C'est vrai qu'il y a de bons exemples de conversion réussie. Leur rendement diminue, c'est logique. Mais, passer à la bio, cela ne se décrète pas comme ça, du jour au lendemain. C'est toute une méthode à apprendre, du matériel et un nouveau savoir-faire à acquérir. Il est difficile d'avoir du recul sur cette tendance, car c'est encore relativement nouveau. Le salon Tech & bio permet justement aux agriculteurs d'obtenir des conseils sur les différents matériels existants.
Cette année, les céréaliers ont également été sollicités lors de la crise, née de la sécheresse. La solidarité a-t-elle fonctionné ?
En juin, selon les premières estimations, il manquait 10 000 tonnes de paille. La FDSEA et les JA ont demandé à chacun d'être solidaire en ne broyant pas la paille. Globalement, je trouve que cela a bien fonctionné en Isère, et plus largement en Rhône-Alpes. Tout le monde a joué le jeu et finalement, la commande de paille n'a porté que sur 2 000 tonnes. Beaucoup de personnes ont aussi essayé de se débrouiller pour trouver localement des solutions. Et, nous sommes maintenant dans l'attente d'une aide du conseil général de l'Isère pour le transport.
Autre sujet d'actualité : la chrysomèle. La lutte contre cet insecte ravageur continue, mais il reste difficile de s'en débarrasser.
Effectivement, la chrysomèle est toujours là, mais il y a pas mal de piégeages réalisés. La progression de cet insecte n'est pas facile à contenir, même si en France nous avons fait un gros travail, par rapport à d'autres pays européens comme l'Italie et la Hongrie, qui n'ont pas fait grand-chose pour lutter contre la chrysomèle… C'est notamment pour ça que sa présence sur le territoire s'est autant étendue, et qu'il est donc bien difficile de lutter. Il faut continuer les traitements, mais le problème est qu'aujourd'hui il n'y a qu'une seule matière active homologuée. Il faudrait que cela soit ouvert à deux ou trois marques pour que la concurrence se mette en place et que les coûts de traitements diminuent. Il faut que les pouvoirs publics nous aident dans cette bataille, afin d'aller plus vite, car les agriculteurs ne peuvent pas tout faire tout seuls.
Propos recueillis par Lucile Ageron
A noter : programme des journées en page 19
Depuis 18 mois, nous avons des prix corrects plutôt situés dans une base haute. Nous souhaiterions les conserver en l'état, tout en étant conscients que des prix trop hauts font également fluctuer les charges. Nous recherchons une certaine stabilité de prix, autour de 160 à 170 euros la tonne, afin que nous puissions renégocier. Mais, tout cela devrait s'inscrire dans le temps, pour éviter la spéculation. Pour l'avenir, hormis la contractualisation avec les transformateurs, il sera difficile d'inscrire un prix minimum ou maximum garanti, car cela peut être taxé d'être anti-OMC. C'est ce qu'il se passe dans le secteur laitier, avec la suppression des quotas laitiers. A terme, cela pose la question suivante : devons-nous continuer à avoir le segment agricole dans l'OMC, ou non ?
Ces journées ont lieu seulement un jour avant le salon Tech & bio, qui a lieu dans la Drôme…
Oui, ces deux événements sont proches. Les journées AGPM comprendront une réflexion sur l'engagement de notre métier, notamment sur le sujet de l'utilisation de l'eau. Depuis vingt ans, nous nous sommes rendu compte que nous pouvions rester performants, tout en diminuant nos doses d'azote. Aujourd'hui, des formations sur l'utilisation de produits phytosanitaires sont en cours. Nous devons prendre conscience des nouvelles méthodes, c'est sûr, mais produire du maïs sans engrais et sans désherbant, cela va être dur. Surtout avec le problème récurrent de l'ambroisie. Les représentants cantonaux de la section grandes cultures seront d'ailleurs invités à participer à une journée technique de l'AGPM.
Certaines exploitations sautent le pas pourtant, et se convertissent à l'agriculture biologique. Qu'en pensez-vous ?
C'est vrai qu'il y a de bons exemples de conversion réussie. Leur rendement diminue, c'est logique. Mais, passer à la bio, cela ne se décrète pas comme ça, du jour au lendemain. C'est toute une méthode à apprendre, du matériel et un nouveau savoir-faire à acquérir. Il est difficile d'avoir du recul sur cette tendance, car c'est encore relativement nouveau. Le salon Tech & bio permet justement aux agriculteurs d'obtenir des conseils sur les différents matériels existants.
Cette année, les céréaliers ont également été sollicités lors de la crise, née de la sécheresse. La solidarité a-t-elle fonctionné ?
En juin, selon les premières estimations, il manquait 10 000 tonnes de paille. La FDSEA et les JA ont demandé à chacun d'être solidaire en ne broyant pas la paille. Globalement, je trouve que cela a bien fonctionné en Isère, et plus largement en Rhône-Alpes. Tout le monde a joué le jeu et finalement, la commande de paille n'a porté que sur 2 000 tonnes. Beaucoup de personnes ont aussi essayé de se débrouiller pour trouver localement des solutions. Et, nous sommes maintenant dans l'attente d'une aide du conseil général de l'Isère pour le transport.
Autre sujet d'actualité : la chrysomèle. La lutte contre cet insecte ravageur continue, mais il reste difficile de s'en débarrasser.
Effectivement, la chrysomèle est toujours là, mais il y a pas mal de piégeages réalisés. La progression de cet insecte n'est pas facile à contenir, même si en France nous avons fait un gros travail, par rapport à d'autres pays européens comme l'Italie et la Hongrie, qui n'ont pas fait grand-chose pour lutter contre la chrysomèle… C'est notamment pour ça que sa présence sur le territoire s'est autant étendue, et qu'il est donc bien difficile de lutter. Il faut continuer les traitements, mais le problème est qu'aujourd'hui il n'y a qu'une seule matière active homologuée. Il faudrait que cela soit ouvert à deux ou trois marques pour que la concurrence se mette en place et que les coûts de traitements diminuent. Il faut que les pouvoirs publics nous aident dans cette bataille, afin d'aller plus vite, car les agriculteurs ne peuvent pas tout faire tout seuls.
A noter : programme des journées en page 19