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Isère

« Les éleveurs n'ont pas le droit à l'erreur »

Prédation/Le dernier bilan des dommages aux troupeaux domestiques établi par la direction départementale des Territoires fait état d'une pression accrue du loup. Elle reste néanmoins en deçà des niveaux de 2007 et 2009.
« Les éleveurs n'ont pas le droit à l'erreur »
C'est une feuille blanche que Laurent Blin, en charge du dossier de la faune sauvage à la direction départementale des Territoires (DDT), noircit au fil de la saison d'alpage. La dernière version du « bilan des constats de dommages aux troupeaux domestiques » fait état de 42 attaques avérées contre les cheptels (ovins principalement) du département sur 51 déclarations de dommages. Sept de ces 42 constats sont en attente de décision d'indemnisation car d'autres responsabilités que celle du loup n'ont pu être écartées.
« Une hausse significative »
Mais c'est bien lui qui est suspecté de faire monter en flèche le nombre des pertes subies par les éleveurs de l'Isère. Même si ces chiffres sont inférieurs à ceux de 2007 et 2009, « nous constatons une hausse significative des dégâts par rapport à l'année dernière, confirme Laurent Blin. De nouveaux foyers d'attaques, dans le Vercors-Quatre montagnes, la partie du massif de Belledonne proche de l'agglomération grenobloise et l'Obiou, ont fait leur apparition ». Le fonctionnaire ne se risque pas encore à donner les raisons de cette augmentation. Mais il rappelle qu'« un loup vit sur plusieurs centaines de kilomètres carrés ».
Les agents de l'office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) mènent actuellement des opérations dites de « hurlements provoqués » afin d'évaluer l'évolution de la population : en écoutant les réponses des loups à leurs cris, ils distinguent les adultes des louveteaux et peuvent donc estimer le nombre de jeunes en prévision de la prochaine saison d'alpages.
Ces données sont particulièrement utiles, puisque le loup est une espèce protégée. Les mesures d'effarouchement (par du bruit, de la lumière et des tirs non létaux) sont donc conditionnées à des mesures de protection : berger, patou et parcs électrifiés. « Le tir de défense, quant à lui, ne peut être mis en oeuvre qu'après autorisation préfectorale reconnaissant que les critères d'intervention sont respectés », indique la DDT sur son site web. Un tel tir vient d'avoir lieu dans la Drôme, à Combovin. Tandis que, dans les Hautes-Alpes, c'est un tir dit « de prélèvement » qui a permis à un lieutenant de louveterie de tuer un jeune loup le 13 août, dans le massif du Dévoluy tout proche. « Le préfet peut organiser cette opération collective lorsque la situation ne permet pas un tir de défense individuel, toujours dans la limite du plafond annuel fixé en 2011 à six loups », précise le portail du ministère de l'Ecologie et du Développement durable dédié au loup.
Rester en alpages malgré tout
Ces dispositions n'empêchent pas que la fédération des alpages de l'Isère (FAI), qui réceptionne la plupart des demandes de constat de dommages au 04 76 71 10 25, doive faire face au désarroi de nombreux éleveurs et bergers. « Les éleveurs et les bergers sont dans une profonde détresse lorsqu'ils sont victimes d'attaques de loup, commente Denis Rebreyend, le président de la FAI. Les indemnités versées dans le cadre du plan d'actions national ne peuvent réparer ni la totalité des préjudices causés, ni le sentiment de harcèlement qu'ils ressentent. La charge de travail et les difficultés que doivent assumer les éleveurs et les bergers lors des attaques sur leurs troupeaux sont très lourdes à porter et rendent très difficile tout repositionnement technique. La fédération est amenée à proposer à ses adhérents des services adaptés (permanence téléphonique sept jours sur sept, prise en charge des déclarations de prédation, des relations avec l'ONCFS et la DDT... Elle n'hésitera pas à les faire évoluer ». En particulier, « nous souhaitons cartographier les attaques pour comprendre comment elles se déplacent afin que la gestion pastorale reste possible en dépit de la présence du loup, signale Bruno Caraguel, le coordinateur de la FAI. Mais, pour l'instant, nous sommes dans le vif du sujet et nous n'avons pas eu le temps de reprendre l'historique ».
En attendant cette analyse, une chose est sûre : « les éleveurs n'ont pas le droit à l'erreur », constate Laurent Blin, qui ne peut qu'enjoindre à la prudence.
Cécile Fandos