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Isère

« Les élus politiques doivent nous aider »

PRODUCTEURS FERMIERS/ Dernièrement, l'association des producteurs fermiers de l'Isère (APFI) a tenu sa traditionnelle assemblée générale. Une table ronde a permis de faire le point sur la réglementation française et européenne en vigueur. Les producteurs accusent ces dernières de peser trop lourdement sur leur activité. Explications de Frédéric Blanchard, président de l'APFI.
« Les élus politiques doivent nous aider »
Quels problèmes rencontrent actuellement les producteurs fermiers ?
Nous sommes dans une situation schizophrénique. D'un côté, la plupart des élus politiques nous incitent à produire et vendre localement, mais cela devient difficile car la pression administrative est très forte. La réglementation en vigueur n'est pas adaptée à nos petites structures.
Il y a eu une évolution liée à la mise en place du paquet hygiène* en 2006. Cette directive européenne s'applique à toutes les structures de transformations alimentaires, quels que soient le secteur et la taille de l'entreprise. L'administration française a également mis en place une grille d'analyse pour ces contrôles d'hygiène. Mais, celle-ci est très fermée et ne prend pas du tout en compte les spécificités de chaque entreprise. Nous sommes notés comme des écoliers. On dirait que la France cherche à être le meilleur élève de l'Europe en imposant des contrôles plus stricts que les autres. Nous ne demandons pas moins de contrôles pour autant. Simplement à ce que ces derniers soient adaptés à nos structures.

Avez-vous un exemple de la rigidité de ces contrôles ?
Dans une activité de production fermière, il y a, en principe, peu de monde sur l'exploitation. Par exemple, si celle-ci est gérée par un couple, le mari peut s'occuper de l'élevage et la femme de l'atelier fromage. Elle supervise toute la production du début à la fin. Une situation bien différente d'un atelier où des ouvriers viennent travailler chaque matin, à une tâche précise. Lors d'un contrôle, l'exploitation peut recevoir une mauvaise note simplement parce que les procédures de lavage ne sont pas affichées ! Mais, si une seule personne s'occupe de toute la fabrication, elle n'a pas besoin de ces affiches, elle connaît la procédure. Or, elle devrait quand même les afficher pour se rappeler ces règles à elle-même ? C'est absurde !

Quelles solutions proposez-vous ?
Nous souhaitons alerter les élus politiques pour qu'ils fassent pression afin que l'administration française s'assouplisse. Au niveau national, nous cherchons à faire valider un guide des bonnes pratiques d'hygiène fermière, qui est plus adapté à nos structures. Mais, l'administration française ne veut pas en entendre parler, alors nous avons décidé de passer directement à l'échelon supérieur en intervenant à Bruxelles. La fédération nationale des éleveurs caprins, dont je suis le vice-président en charge de la problématique fermière, s'y est rendue et a appris que notre projet était recevable.
Nous demandons aussi une dérogation sur les matériaux traditionnels pour l'affinage, comme les planches en bois, les pierres... Dans le paquet hygiène, cela n'est pas toléré. Des dérogations existent, mais ce sont les Etats membres qui doivent en faire la demande. La France ne l'a toujours pas fait, alors qu'il y a des pays comme l'Allemagne - que l'on imagine plus rigoureux que les autres - qui l'ont fait. Les politiques doivent nous soutenir pour faire avancer ces dossiers-là.

*Paquet hygiène : politique unique et transparente en matière d'hygiène sur l'ensemble de la communauté européenne, applicables à toutes les denrées alimentaires et à tous les exploitants du secteur alimentaire. Elle est entrée en vigueur pour l'ensemble de la chaîne alimentaire au 1er janvier 2006.
Propos recueillis par Lucile Ageron