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Rhône-Alpes

« Les nuciculteurs doivent réinvestir la technique »

Prospective/La dernière assemblée générale de la station d'expérimentation nucicole de Rhône-Alpes (Senura), le 17 mai, à Chatte, était l'occasion pour son co-président, Jean-Luc Revol, de présenter le projet du conseil d'administration pour la station en 2020. Ces orientations résument bien les enjeux techniques et financiers auxquels fait face la filière.
« Les nuciculteurs doivent réinvestir la technique »
En disant comment il voit la station dans dix ans, le conseil d'administration affiche des ambitions fortes en matière d'expérimentation. De quels moyens dispose la Senura pour les réaliser ?
Notre structure a profité de l'embellie constatée l'année dernière, au cours de laquelle la campagne s'est déroulée dans un contexte porteur et le prix de la noix a été significativement revu à la hausse, comme le reste de la filière. Grâce à un résultat excédentaire, le conseil d'administration peut envisager la réalisation des investissements indispensables dans les années à venir et, en maintenant une gestion rigoureuse, être serein pour les exercices 2011 et 2012.
Cependant, nous nous inquiétons de la diminution des financements publics. Je ne peux pas penser que le conseil général de l'Isère se désinvestisse de l'agriculture, même si cela ne fait pas partie de ses missions obligatoires et que nous nous acheminons vers une réforme des collectivités fusionnant les conseils généraux et régionaux. Mais nous allons supporter une baisse de dotations publiques de plus de 50 000 euros.
Nous allons faire avec, mais les collectivités locales doivent comprendre que nous avons besoin de visibilité à cinq ou dix ans. C'est précisément le message que nous voulons faire passer avec le projet intitulé « Les vergers de demain ». En nuciculture, les résultats sont longs à obtenir. Nous sommes à peu près la seule production à avoir de la visibilité économique. Mais nous ne cultivons pas des céréales ni des légumes : pour mettre en place des actions d'expérimentation, nous avons besoin de savoir sur quels financements nous pouvons compter à moyen terme.

Ces restrictions budgétaires posent la question de la contribution de l'ensemble de la production au financement de l'expérimentation...
Oui. Nous nous orientons vers d'autres sources de financements publics. Nous pouvons aussi compter sur le soutien des producteurs organisés : nous sommes ainsi en train de chercher des solutions pour que l'AOP Dynamic Noix contribue plus fortement au financement de l'expérimentation.
Mais ce ne sera pas suffisant. L'effort doit être collectif. Le conseil d'administration a donc engagé une réflexion pour solliciter une participation financière auprès des producteurs hors organisations sur la base de leur volontariat.
Ils ont peut-être du mal à voir pourquoi ils adhèreraient à la Senura. Il faut qu'ils se demandent ce qui se passerait s'il n'y avait pas la station pour répondre à cette interrogation. On peut se contenter d'un exemple, celui de l'homologation de produits pour lutter contre la mouche du brou, pour démontrer l'utilité de l'équipement. Si la Senura n'avait pas décroché l'agrément l'autorisant à réaliser des essais d'homologation de nouveaux produits, nous n'aurions pas accès à Calypso depuis l'automne dernier.
Le cas de la mouche du brou est révélateur de ce qui fait notre force : notre cohésion ! Le travail de la Senura profite à tous et la filière se porte bien parce qu'elle est soutenue. Si nous ne sommes pas suffisamment nombreux à la financer, nous serons moins efficaces.

Vous appelez également les producteurs à réinvestir dans la technique ?
Oui, car l'épisode de bactériose-nécrose actuel, tout comme l'apparition de la cochenille, ont de nouveau mis en avant nos limites techniques. Je me réjouis qu'une trentaine de producteurs du Sud-Est participent à la journée technique nationale sur la bactériose, ce jeudi 26 mai à Lanxade, en Dordogne. Il ne faut pas hésiter à s'informer, à se procurer de la documentation scientifique, à refaire des stages, car cela se traduit de façon très concrète dans le portefeuille, par exemple quand on ne suit pas les avertissements qui permettaient de prévoir sept jours à l'avance qu'il n'était pas nécessaire d'appliquer un traitement.

Vous avez mentionné le Périgord. L'articulation avec les autres acteurs de la filière à l'échelle nationale fait également partie de vos axes de travail ?
Oui, car nous avons compris qu'il valait mieux se concerter plutôt que de travailler chacun dans son coin, même si nous travaillons dans des contextes bien différents. Nous avons établi des priorités communes avec le groupe technique de Coopenoix, l'ensemble des producteurs du Sud-Est, la station de Creysse (Dordogne), le CTIFL et la commission technique de l'AOP. Nous nous inscrivons également dans un groupe de travail européen. La cohésion de la filière fait partie de nos engagements vis-à-vis des producteurs.

Propos recueillis par Cécile Fandos
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La station souhaitée en 2020
Estimant « que l'on ne peut pas gouverner sans objectifs », le conseil d'administration de la Senura a défini les axes de la station telle qu'il la voit dans dix ans.
- L'expérimentation restera la mission première de la station, avec l'objectif d'obtenir des résultats novateurs. Pour accomplir cette mission, la Senura s'appuiera sur une équipe à forte compétences techniques et scientifiques, réactive et anticipant les nouveaux défis ; sur un verger alliant performances économiques et environnementales, et sur des parcelles de producteurs, pour être au plus près de leurs contextes pédo-climatiques.
- La station sera gouvernée, comme aujourd'hui, par un conseil d'administration composé de l'ensemble des acteurs de la filière, en lien avec l'AOP Dynamic Noix, pour optimiser l'expérimentation au niveau national, mais aussi avec les producteurs du bassin, pour être au plus près de leurs préoccupations.
- Le fort soutien financier professionnel sera maintenu à son niveau actuel, voire augmenté par des cotisations de l'ensemble de la production, avec une stabilité favorable à la conduite d'actions dans la durée et, éventuellement, l'appel à des financements privés complétant les financements professionnels et publics.
- La station fera partie d'un réseau riche et diversifié grâce à la collaboration accrue avec la station de Creysse (Dordogne), pour réaliser un programme national répondant aux attentes tant de l'amont que de l'aval ; à des partenariats avec d'autres centres de recherche, tant en France qu'à l'étranger, pour compléter ses compétences, et à une synergie avec les techniciens du bassin, pour la réalisation des expérimentations et la diffusion des résultats sur le terrain.
Ces orientations s'inscrivent dans le cadre du projet « Les vergers de demain », qui vise à trouver les conduites de verger répondant aux besoins de la filière à l'horizon 2020-2030.
Senura
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