Aménagement du territoire
« Les six mois à un an à venir seront stratégiques »
L'élaboration du nouveau plan d'aménagement de la région urbaine grenobloise entre en phase finale. Elle sera marquée par le rendu des avis des personnes publiques associées et l'élaboration des projets de territoires, pour une entrée en vigueur à la fin de l'année ou début 2012. La nouvelle année est donc stratégique pour l'avenir de l'agriculture de la région urbaine grenobloise pour Jean-Claude Darlet, représentant de la chambre d'agriculture dans le débat sur les orientations du futur Scot, qui se montre extrêmement prudent vis-à-vis de ce processus.
Comment s'est déroulée la concertation avec la profession agricole lors du débat sur les orientations du schéma de cohérence territoriale (Scot) de la région urbaine grenobloise (RUG) ?
Le Scot de la RUG s'est voulu très participatif, avec des communautés d'acteurs, des « controverses du Scot », des réunions avec les différentes personnes publiques associés (les chambres consulaires, mais aussi les services de l'Etat et les collectivités)... Nous avons été interrogés et nous avons apporté plusieurs contributions. Pas de problème donc en apparence, mais je me demande si nous avons été entendus par les élus qui porteront le schéma. On nous a « amusé » avec de nombreuses rencontres, mais nos propositions ont été plus ou moins bien retranscrites.
A la lecture du document qui a servi de support au débat sur les orientations, on est frappé par le contraste entre les ambitions affichées et le peu de détails sur les moyens de les mettre en oeuvre. Quelles sont les garanties de préservation du foncier agricole acquises à ce jour ?
Elles sont limitées. Dans la continuité du précédent schéma d'aménagement, des zones stratégiques à préserver ont été délimitées, mais il n'est pas encore dit qu'elles seront intégrées dans le Scot. Nous ne savons pas non plus encore pour combien de temps ces zones seront protégées. Si nous parvenons à garantir leur usage agricole pour les cinquante années à venir, nous avons encore une petite chance de maintenir des espaces agricoles dans le temps. Dans le cas contraire, tout peut être remis en cause dans dix ans.
Aujourd'hui, je ne sais pas comment le débat va évoluer. Il faut que la profession se montre unie et se batte pour conserver ses terres. Nous avons demandé à ce que les chambres consulaires participent aux réunions d'élus qui débattront des schémas de secteurs. Il faudra que les agriculteurs se mobilisent dans les territoires pendant l'élaboration des projets de territoire, sans doute à partir du printemps, puis dans les communes, lors des révisions de plans locaux d'urbanisme qui devront respecter les orientations du Scot.
On sent que les tensions entre élus sont fortes. Est-ce que cela traduit également des divergences entre les différentes agricultures qu'abrite le territoire ?
Pour les élus citadins qui dominent les débats sur le Scot, l'agriculture de la région urbaine grenobloise est une agriculture urbaine ou périurbaine qui produit sur de très petites surfaces pour écouler ses productions spécialisées en circuits courts dans la ville d'à côté. Il n'est plus fait de mention aux grandes filières alors qu'elles font vivre une écrasante majorité d'agriculteurs du secteur. Le problème est que ce que dit l'Y grenoblois résonne dans l'ensemble de la région urbaine alors que ce qui est vrai pour l'agglomération grenobloise ne l'est pas pour le Trièves ou la Bièvre par exemple.
C'est pourquoi la profession doit prendre garde à ne pas entrer dans la brèche ouverte par les élus et ne plus s'attacher à défendre que les circuits courts. Nous ne devons pas nous tromper de discours. L'agriculture locale, nous la maintiendrons en conservant des surfaces importantes. Il faut développer les points de vente collectifs quand on le peut, mais, dans ce débat, nous devons prendre garde à ne pas nous disperser. Notre priorité doit être le maintien des terres agricoles sur le long terme.
Au-delà de son rôle dans l'aménagement des territoires, il faut d'abord rappeler le poids économique de l'agriculture, qui représente plus de 13 000 emplois directs et indirects dans la région grenobloise et plus de 450 millions d'euros de chiffres d'affaires annuels (hors subventions). Ce n'est pas rien. Mais comme le Scot de la RUG, en tant que « Scot du Grenelle de l'environnement » (un label décerné par le ministère), a la particularité de se centrer sur la protection de l'environnement plus que sur la valeur économique des espaces agricoles, forestiers et naturels, ces données passent au second plan. Je pense que nous devons nous associer aux autres acteurs économiques, à commencer par les industries agroalimentaires présentes sur notre territoire, pour mettre ces arguments sur la place publique. Les six mois à un an à venir seront stratégiques pour l'avenir de l'agriculture de la région urbaine grenobloise.
Propos recueillis par Cécile Fandos
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Les orientations du Scot de la région grenobloise débattues
La région urbaine grenobloise recouvre Bièvre-Valloire, le Grésivaudan, le Sud grenoblois, le Sud Grésivaudan, le Trièves et le Voironnais. L'étendue de ce territoire contribue à l'animation qui a caractérisé le débat sur le schéma de cohérence territoriale. On devine les tensions entre collectivités en lisant le document qui a servi de support au débat sur les orientations. « Il faudra que les collectivités inventent des conditions d'entente et de coopération permettant, pour chacune d'entre elles, de réduire l'impact financier des choix d'aménagement que le développement durable devrait les conduire à faire ensemble », est-il écrit.
Tandis que les ambitions affichées sont fortes. « Le Scot comprendra une carte stratégique indiquant une typologie des espaces naturels, agricoles et forestiers et permettant de définir les modalités de leur préservation et de leur mise en valeur. Il définira des objectifs à atteindre en matière de consommation maximale d'espace selon les types d'habitat et les territoires ainsi que les modalités d'une réduction des espaces constructibles ».
Mais les moyens de les mettre en oeuvre ne sont pas détaillées. Le document évoque simplement « la nécessaire cohérence des moyens d'ingénierie des différents organismes d'études et collectivités » et « un outil foncier commun à l'ensemble des collectivités locales de la RUG ».
C.F.
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Le Scot de la RUG s'est voulu très participatif, avec des communautés d'acteurs, des « controverses du Scot », des réunions avec les différentes personnes publiques associés (les chambres consulaires, mais aussi les services de l'Etat et les collectivités)... Nous avons été interrogés et nous avons apporté plusieurs contributions. Pas de problème donc en apparence, mais je me demande si nous avons été entendus par les élus qui porteront le schéma. On nous a « amusé » avec de nombreuses rencontres, mais nos propositions ont été plus ou moins bien retranscrites.
A la lecture du document qui a servi de support au débat sur les orientations, on est frappé par le contraste entre les ambitions affichées et le peu de détails sur les moyens de les mettre en oeuvre. Quelles sont les garanties de préservation du foncier agricole acquises à ce jour ?
Elles sont limitées. Dans la continuité du précédent schéma d'aménagement, des zones stratégiques à préserver ont été délimitées, mais il n'est pas encore dit qu'elles seront intégrées dans le Scot. Nous ne savons pas non plus encore pour combien de temps ces zones seront protégées. Si nous parvenons à garantir leur usage agricole pour les cinquante années à venir, nous avons encore une petite chance de maintenir des espaces agricoles dans le temps. Dans le cas contraire, tout peut être remis en cause dans dix ans.
Aujourd'hui, je ne sais pas comment le débat va évoluer. Il faut que la profession se montre unie et se batte pour conserver ses terres. Nous avons demandé à ce que les chambres consulaires participent aux réunions d'élus qui débattront des schémas de secteurs. Il faudra que les agriculteurs se mobilisent dans les territoires pendant l'élaboration des projets de territoire, sans doute à partir du printemps, puis dans les communes, lors des révisions de plans locaux d'urbanisme qui devront respecter les orientations du Scot.
On sent que les tensions entre élus sont fortes. Est-ce que cela traduit également des divergences entre les différentes agricultures qu'abrite le territoire ?
Pour les élus citadins qui dominent les débats sur le Scot, l'agriculture de la région urbaine grenobloise est une agriculture urbaine ou périurbaine qui produit sur de très petites surfaces pour écouler ses productions spécialisées en circuits courts dans la ville d'à côté. Il n'est plus fait de mention aux grandes filières alors qu'elles font vivre une écrasante majorité d'agriculteurs du secteur. Le problème est que ce que dit l'Y grenoblois résonne dans l'ensemble de la région urbaine alors que ce qui est vrai pour l'agglomération grenobloise ne l'est pas pour le Trièves ou la Bièvre par exemple.
C'est pourquoi la profession doit prendre garde à ne pas entrer dans la brèche ouverte par les élus et ne plus s'attacher à défendre que les circuits courts. Nous ne devons pas nous tromper de discours. L'agriculture locale, nous la maintiendrons en conservant des surfaces importantes. Il faut développer les points de vente collectifs quand on le peut, mais, dans ce débat, nous devons prendre garde à ne pas nous disperser. Notre priorité doit être le maintien des terres agricoles sur le long terme.
Au-delà de son rôle dans l'aménagement des territoires, il faut d'abord rappeler le poids économique de l'agriculture, qui représente plus de 13 000 emplois directs et indirects dans la région grenobloise et plus de 450 millions d'euros de chiffres d'affaires annuels (hors subventions). Ce n'est pas rien. Mais comme le Scot de la RUG, en tant que « Scot du Grenelle de l'environnement » (un label décerné par le ministère), a la particularité de se centrer sur la protection de l'environnement plus que sur la valeur économique des espaces agricoles, forestiers et naturels, ces données passent au second plan. Je pense que nous devons nous associer aux autres acteurs économiques, à commencer par les industries agroalimentaires présentes sur notre territoire, pour mettre ces arguments sur la place publique. Les six mois à un an à venir seront stratégiques pour l'avenir de l'agriculture de la région urbaine grenobloise.
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La région urbaine grenobloise recouvre Bièvre-Valloire, le Grésivaudan, le Sud grenoblois, le Sud Grésivaudan, le Trièves et le Voironnais. L'étendue de ce territoire contribue à l'animation qui a caractérisé le débat sur le schéma de cohérence territoriale. On devine les tensions entre collectivités en lisant le document qui a servi de support au débat sur les orientations. « Il faudra que les collectivités inventent des conditions d'entente et de coopération permettant, pour chacune d'entre elles, de réduire l'impact financier des choix d'aménagement que le développement durable devrait les conduire à faire ensemble », est-il écrit.
Tandis que les ambitions affichées sont fortes. « Le Scot comprendra une carte stratégique indiquant une typologie des espaces naturels, agricoles et forestiers et permettant de définir les modalités de leur préservation et de leur mise en valeur. Il définira des objectifs à atteindre en matière de consommation maximale d'espace selon les types d'habitat et les territoires ainsi que les modalités d'une réduction des espaces constructibles ».
Mais les moyens de les mettre en oeuvre ne sont pas détaillées. Le document évoque simplement « la nécessaire cohérence des moyens d'ingénierie des différents organismes d'études et collectivités » et « un outil foncier commun à l'ensemble des collectivités locales de la RUG ».
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