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Saint-Alban-de-Roche

« Mon projet : ne pas entrer dans une logique productiviste »

PORTRAIT/ A 28 ans, Amélie Chérubin, ancienne fleuriste, est installée depuis deux ans sur les hauteurs de Saint-Alban-de-Roche, à proximité de Bourgoin-Jallieu, en tant que productrice de fruits rouges, plantes aromatiques et médicinales.
« Mon projet : ne pas entrer dans une logique productiviste »
Des fleurs, elle est passée à la production de fruits rouges, plantes aromatiques et médicinales. C'est en 2009 qu'Amélie Chérubin s'installe en tant qu'agricultrice à Saint-Alban-de-Roche. Son exploitation, baptisée les arômes du ruisseau, marque le début d'un nouveau parcours professionnel. Elle raconte : « Le milieu agricole ne m'est pas inconnu, car plusieurs membres de ma famille en font partie. J'ai, à l'origine, un parcours horticole et ouvert un magasin de fleuriste, à Saint-Alban-de-Roche. Puis, j'ai eu mes deux enfants, et cela m'a donné l'occasion de faire une pause ». Elle ferme alors son magasin, et suit le parcours à l'installation des Jeunes agriculteurs (JA),« qui ressemble parfois à un parcours du combattant. Les démarches administratives sont tellement compliquées que l'on peut être tenté de tout laisser tomber. Heureusement, la conseillère territoriale du réseau Paturin* m'a énormément aidée », souligne-t-elle.

Un choix : le bio et la vente directe
Elle choisit donc de produire des fruits rouges (framboises, fraises, cassis, groseilles et mûres) ainsi que des plantes aromatiques et médicinales. Deux domaines qui la passionnent depuis de nombreuses années. « Au début, j'avais principalement en tête les plantes aromatiques et médicinales, mais ne faire que ça n'aurait pas été viable. Comme la culture de fruits rouges m'attirait, je me suis lancée », explique-t-elle.
Elle s'installe alors sur un terrain d'un peu plus d'un hectare, appartenant à des membres de sa famille, « eux-mêmes exploitants agricoles, à la retraite. J'ai passé toute mon enfance ici, je ne me voyais pas aller ailleurs », confie-t-elle. La DJA (dotation jeunes agriculteurs) lui donne un coup de pousse pour lancer son activité, même si elle doit investir, notamment dans les plantations, du petit matériel, l'aménagement d'une salle de transformation des produits et une pour l'accueil du public, au rez-de-chaussée de son domicile. Cette dernière est d'autant plus nécessaire qu'Amélie Chérubin a choisi de travailler en vente directe. Et, actuellement en conversion biologique, elle refuse catégoriquement d'employer des produits phytosanitaires. « C'est mon cheval de bataille, une éthique que j'ai choisie, précise-t-elle. Tous mes plants sont certifiés Ecocerts et les terres que je cultive sont vierges de toutes cultures depuis plus d'une cinquantaine d'années ».

Augmenter la production pour répondre à la demande
Rapidement, la recette fonctionne. Les professionnels - pâtissiers, restaurateurs - l'appellent. Et la demande ne cesse de croître. « Mes cultures de fruits rouges bio, en plein champ, tout comme celles des plantes, les intéressent beaucoup. En Nord-Isère, nous ne sommes vraiment pas nombreux sur ce créneau-là », admet-elle. A tel point, qu'elle n'a pu ouvrir tout de suite ses portes aux particuliers. « J'ai laissé faire le bouche-à-oreille, plutôt que de faire de la publicité sur la cueillette en plein champ, la vente directe et la transformation. Cette année, je me lance et m'ouvre aux deux secteurs : professionnels et particuliers. J'ai donc dû replanter des plants de fruits. A terme, il y aura plus de 2 000 pieds de fraise. Le volume sera multiplié par quatre », souligne la jeune productrice. Une hausse qui, elle espère, lui permettra de répondre aux professionnels de la restauration comme aux particuliers. Tout en continuant à fournir une Amap et dès juin, un marché fermier mis en place pour la première fois, chez elle. « Malgré tout, j'ai peur d'être encore un peu juste en volume cette année », s'inquiète-t-elle.
Outre la production, la jeune femme fait aussi partie du réseau de fermes pédagogiques, le Chemin des fermes, depuis le début de l'année. « Je complète ma saison avec cette activité qui me tient particulièrement à cœur. Nous avons une basse-cour et deux petites chèvres pour les enfants. Ma première saison s'annonce encourageante, quelques écoles m'ont déjà contactées », note-t-elle.

Garder une échelle humaine
Avec toutes ces activités, la jeune professionnelle n'en oublie pas moins de continuer à se former, et participera prochainement à une formation organisée par la Chambre d'agriculture sur la transformation des fruits. Cette dernière constitue un pan important de son activité, - elle fait elle-même les confitures, sirops, liqueurs et glaces - , et réfléchit à faire faire ailleurs, les coulis et jus de fruits.
Aujourd'hui, à 28 ans, Amélie Chérubin porte un regard plutôt lucide, et fier sur son parcours. « Je suis la première surprise de ma réussite. Au départ, comme je me suis lancée dans des productions peu traditionnelles, j'avais un peu peur d'être en difficulté. Et finalement, je dois trouver des solutions pour répondre à la demande », s'enthousiasme-t-elle. Si ça continue comme cela, elle pourra envisager d'autres projets. « J'aimerais embaucher des saisonniers et pourquoi pas, embaucher quelqu'un à plein temps. Je pourrais aussi étendre la production à d'autres fruits, mais toujours en gardant en tête mon objectif : garder une exploitation à taille humaine et ne pas entrer dans une logique productiviste ».
Lucile Ageron
*Paturin: comité territorial agricole et rural d'Isère porte des Alpes.

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Se former à la transformation des fruits et des légumes

La Chambre d'agriculture met en place deux formations, pour les producteurs, sur la transformation de fruits et de légumes. La première, sur les légumes, aura lieu le 2 et 3 mai à la MFR de Moirans. La seconde, sur les fruits, sera organisée au même endroit, les 5 et 6 mai. Pour les deux formations, les objectifs sont similaires : connaître les technologies de transformation et de conservation; connaître la réglementation en vigueur sur les locaux de transformation, l'étiquetage; choisir le matériel adapté, ses outils et le conditionnement.
Inscriptions avant le 15 avril à la Chambre d'agriculture, auprès de Nathalie Ageron au 04 76 20 67 56.
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