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Entreprises de transformation laitière

« Notre enjeu est de pérenniser la continuité des exploitations laitières »

Quelles sont les perspectives de la production laitière iséroise ? C'est à cette question qu'ont répondu quelques entreprises de transformations du département. Au travers de leurs réponses, elles montrent que le visage de la filière a évolué au fil des années.
« Notre enjeu est de pérenniser la continuité des exploitations laitières »
Alors que l'été a été agité au sein de la filière laitière, notamment avec la fluctuation à la baisse des prix et la perspective de la contractualisation dès le 1er janvier 2011, quelles sont aujourd'hui les perspectives d'avenir des producteurs ? C'est à cette question que plusieurs entreprises de transformation - étroitement liées à la production locale - ont bien voulu répondre. Et, au travers de leurs réponses, brossent le portrait de cette filière.
Ainsi, selon Patrick Chambon, responsable du service d'approvisionnement en lait au sein de la Fruitière de Domessin, cette dernière a changé de visage au fil des années. « Quand je suis arrivé dans l'entreprise en 1987, il y avait 450 producteurs. Ceux qu'on a perdu ne sont pas allés à la concurrence, mais ont tout simplement arrêté leur activité à cause de l'âge et du manque de repreneurs. Il y a eu aussi une évolution dans les structures. A l'époque, beaucoup d'exploitations étaient individuelles et aujourd'hui, il y a environ 40 % d'entre elles qui sont gérées sous forme communautaire, type Gaec ». Et d'ajouter : « Par contre, ce qu'on ne prévoyait pas, c'est que les gens que je sens le plus attachés à leur production sont ceux se trouvant dans des zones où les conditions d'élevage sont difficiles. Ceux situés en plaine peuvent, en effet, se tourner vers une autre production type céréales car ils se demandent s'ils n'auraient pas intérêt à réfléchir à autre chose si la crise laitière perdure ».

« Il n'y a pas de menaces de désertification »
Qui dit crise, dit difficulté et aujourd'hui, certains responsables d'entreprises de transformation juge que le moral général de la filière n'est pas au plus haut. « Nous n'avons peut-être pas le même recul qu'un gros groupe, mais nous sentons que l'état d'esprit est plus pessimiste en Isère que dans d'autres bassins laitiers, comme celui de Lyon. Cela tient peut-être au fait que les producteurs sont dispersés sur le territoire, ils ont moins de contacts entre eux. Il est donc plus difficile de créer une dynamique. En Ardèche, par exemple, on les sent moins déprimés, mais cela vient aussi du fait qu'ils ne font pas qu'une seule production », complète Patrick Chambon.
De son côté, Philippe Manteaux, responsable des relations producteurs chez Sodiaal Sud-Est, note une sous-utilisation du quota en sous-exploitation. « En 2008-2009, 40 % des producteurs isérois ont eu un taux d'utilisation supérieur à 95 % et en 2009-2010, ce taux n'était plus que de 25 %. A titre de comparaison, la Loire avait un taux de 65 % en 2008-2009 et de 60 % en 2009-2010. Les chiffres indiquent donc que le taux d'utilisation est modeste par rapport à d'autres départements et on se demande donc si l'Isère peut honorer sa capacité à produire. S'agit-il d'un problème de dynamisme ? Même si nous savons que nous sommes dans un département où les producteurs ont aussi la capacité de faire autre chose que du lait et que cela peut jouer, cela nous interpelle ». Quant à Dominique Verneau, directeur de la production laitière du groupe Tribala, dont la fromagerie du Dauphiné, à Têche, est une filiale, il se montre rassurant et pense « qu'il n'y a pas de menaces de désertification sur le bassin isérois, sauf en cas de conditions économiques vraiment très négatives, mais je n'ose pas imaginer ce scénario-là ».

Donner un signe positif aux producteurs
Une tendance difficile qui pourtant ne semble pas inéluctable. Même si la plupart des responsables concèdent que l'avenir reste incertain, tous invoquent la volonté d'accompagner les producteurs de lait car finalement, ils ont aussi besoin d'eux pour que leurs entreprises vivent. C'est notamment le cas de la coopérative laitière des Entremonts et de la laiterie du Mont-Aiguille : « Je me suis rendu compte que pour les producteurs, l'idéal est que mon entreprise survive afin qu'ils gardent des débouchés. Ils ont besoin de moi, comme moi j'ai besoin d'eux ». Cette "interdépendance" encourage certaines entreprises à trouver le moyen d'encourager les producteurs. « Nous voulons donner un signe positif à ceux qui sont inquiets de savoir si l'on va rester sur le territoire. C'est notre choix et nous le montrons en investissant lourdement sur notre site. Il faut essayer d'accompagner les exploitations. Ce qui me fait plaisir, c'est de voir qu'il y a encore quelques jeunes qui souhaitent s'installer. Il faut leur donner envie et leur faire voir que nous allons continuer le combat avec eux pour que la filière lait en Rhône-Alpes reste dynamique », confie Patrick Chambon.
Même son de cloche du côté de Nicolas Guize, dirigeant de la fromagerie de l'Etoile du Vercors, située à Saint-Just-de-Claix. « Notre enjeu est de pérenniser la continuité des exploitations laitières car on a besoin les uns des autres. Aujourd'hui, nous sommes exigeants envers les producteurs, mais nous valorisons les efforts accomplis en payant mieux le lait. L'obtention de l'Indication géographique protégée pour le Saint-Marcellin va redonner un peu de dynamisme à la filière ». La question étant pour Nicolas Guize de savoir comment accompagner les producteurs qui souhaitent continuer leur métier car « si certains arrêtent, d'autres se développent et il y a même des jeunes qui veulent reprendre. Parfois, c'est une profession inscrite dans le patrimoine génétique ». Selon lui, la meilleure manière de donner envie aux agriculteurs est de « bien faire notre métier de transformateur pour valoriser leur produit et les rendre fiers de leur filière ». Un avis partagé par Philippe Manteaux qui, même s'il reconnait « qu'investir est une démarche délicate et que ce n'est pas à nous de dire aux producteurs d'oser », il n'hésite pas à affirmer qu'en Isère, « nous ne sommes pas à la veille de la disparition laitière. Je suis convaincu qu'une dynamique persiste. La densité des producteurs sera peut-être différente. Le but sera alors de ne pas déstructurer la collecte ».
Lucile Ageron


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Repères
Où va le lait transformé ?

Fruitière de Domessin : travaille avec une centaine d'exploitations laitières. 75 % d'entre elles sont en Isère, 20 % en Ardèche et 5 % en Savoie. Elle collecte 26 millions de litres de lait par an et produit du fromage à raclette (70 % de la production) et de la tomme de Domessin (25 % de la production), ainsi que quelques fromages blancs. Cette entreprise est une filiale du groupe Intermarché et 90 % des volumes produits sont commercialisés localement dans ce type de magasins. Elle est aussi présente dans le Sud-Ouest et le Midi de la France. Les 10 % de produits restants vont chez des grossistes.

Fromageries de l'Etoile du Vercors : travaille avec près de 80 producteurs en lait de vache et une dizaine en lait de chèvre. Elle collecte dans un périmètre de 60 kilomètres autour de la laiterie qui est située à Saint-Just-de-Claix. Deux tiers des producteurs se trouvent en Isère et un tiers dans la Drôme. Au total, 18 millions de litres de lait sont transformés chaque année. Les deux principales productions de la fromagerie sont le Saint-Marcellin et le Saint-Félicien. Ils sont distribués localement, nationalement et internationalement, (hors bas de gamme, hard discount et restauration collective).

Coopérative laitière des Entremonts : travaille avec neuf producteurs situés essentiellement à Miribel-les-Echelles et quelques producteurs en Savoie. Elle collecte quatre millions de litres de lait par an et produit de la tomme de Chartreuse, du Chartreux et de l'Estival (une sorte de gruyère). Au total, 72 % de la production est vendue avec un affineur de Haute-Savoie. Le reste est vendu au magasin de la coopérative.

Sodiaal Union Sud-Est : travaille avec 217 exploitations iséroises et collecte 50 millions de litres de lait sur le Nord-Isère, et dans le sud de Grenoble. Le lait est transformé en lait de consommation et en produits frais. Un partenariat a été également instauré entre cette société et Vercors lait pour collecter et transformer le lait bio. Même si le réseau de distribution est international, la majorité des produits transformés en France sont ensuite consommés dans l'hexagone.

Fromagerie du Dauphiné : travaille avec 55 producteurs tous situés entre Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, Tullins et Saint-Marcellin. Les 11 millions de litres de lait collectés par an sont transformés en Saint-Félicien et Saint-Marcellin. La commercialisation se fait nationalement dans les grands réseaux, les marques de distributeurs et le hard discount.

Laiterie du Mont-Aiguille : travaille avec trois producteurs de lait bio de vaches, trois producteurs de chèvres, deux producteurs de brebis et le lait conventionnel est acheté à la coopérative laitière Orlac. Entre 550 000 et 600 000 litres de lait sont transformés par an en tous types de fromages (yaourts, fromages blancs, caillé lactique type Saint-Marcellin, tomme de montagne). Le circuit de distribution est surtout local. Quelques plateformes de supermarché Casino distribuent les produits ainsi que des grossistes pour la région du Sud-Isère.

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