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Isère, Drôme, Ardèche

« Nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers »

Export de bovins/Alors que Dauphidrom a présenté, lors de sa dernière assemblée générale, la façon dont elle comptait réorganiser son activité de négoce de bétail, le responsable commercial de Deltagro (la filiale du groupe Sicarev dédiée à l'export de bovins), Pierre Richard, en explique les enjeux internationaux.
« Nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers »
Quelle est la tendance qui domine le marché des broutards à l'export ?
Avec une moyenne de 84 % des exportations françaises de bovins maigres de plus de 160 kilos entre 2005 et 2009, l'Italie est toujours le marché dominant (voir histogramme). Le broutard français est le grand leader du marché italien car il possède plus d'atouts (image, proximité, disponibilité, homogénéité des lots, efficacité des circuits commerciaux, inscription des filières au coeur de la grande distribution), que de handicaps (prix jugé élevé, saisonnalité, excédent de complémentation ralentissant le démarrage dans les ateliers d'engraissement italiens). Mais nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers, car ce marché est plutôt en baisse, et plusieurs menaces pèsent sur l'avenir de l'engraissement en Italie. La consommation de viande bovine y baisse et la production issue de broutards français pâtit de la concurrence de viandes bon marché importées de pays tels que la Pologne.
Depuis trois ou quatre ans, l'Italie étant déficitaire en énergie et l'électricité y étant environ 25 % plus chère que chez nous, le développement de la production de biogaz (100 installations en cours dans le Veneto, 50 en Lombardie, 100 dans le Piémont) fait aussi de la concurrence à l'activité d'engraissement, devenue moins attractive du fait de la hausse des cours des aliments. Des exploitants m'ont expliqué que l'ensilage de maïs mis dans le digesteur rapportait trois fois plus que celui destiné à la panse des taurillons. On peut estimer qu'en diversifiant les revenus, la production d'électricité conforte l'engraissement. Mais la directive nitrates et la pression foncière jouent également contre cette activité. Nous devons donc tenter de renforcer la place du broutard français en Italie.

Comment ?
Principalement en gommant le pic d'animaux prêts au mois de septembre (voir deuxième graphique). La concentration des vêlages entre les mois de décembre et mars est notre plus gros problème selon moi. Cette année, avec le sec, le phénomène sera peut-être moins marqué que les précédentes, mais il nous faut plus de vêlages en été et à l'automne pour ne pas se faire assassiner niveau prix. C'est pourquoi les éleveurs qui répondent à cette demande sont récompensés.
C'est comme pour le poids des animaux : plus personne ne veut de carcasses de 800 kilos. Les Charolais ont bien compris qu'ils devaient s'adapter et ont modifié leurs critères de sélection.

Les adhérents contribuent donc à ces nécessaires évolutions ?
Oui, ils sont à l'écoute, car nous leur proposons des outils tels que le contrat d'apport planifié (Cap Alliances) et la mise en contrats par internet pour évoluer.

L'export vers des pays tiers comme l'Algérie peut-il prendre le relais de marchés européens en baisse ?
Il reste encore marginal, mais a le mérite d'exister. Malgré une charge administrative importante, les animaux mâles de conformation moyenne peuvent être bien valorisés au Maghreb, où les exportations sont en hausse depuis deux ou trois ans.
Nous espérons aussi nous développer en Russie ou en Turquie. Ce dernier pays nous est encore fermé pour des raisons sanitaires notamment : du fait de l'ESB, les Turcs préfèrent s'approvisionner dans des pays indemnes comme l'Uruguay. Il n'y a pas que la France qui produit de bons animaux sur le plan sanitaire !

Propos recueillis par Cécile Fandos
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Un appel à réorganiser le négoce du bétail
Lors de la dernière assemblée générale de Dauphidrom, le président de la coopérative, Eric Chavrot, a centré son intervention sur l'évolution de l'organisation de l'entreprise, qui ne peut se faire sans les adhérents, a-t-il insisté.
« Je sais combien il est difficile de dégager un revenu décent de notre activité : nous subissons sans cesse la hausse de nos charges sans pouvoir la répercuter sur nos prix de vente et la hausse actuelle des cours des céréales n'est pas sans nous rappeler de mauvais souvenirs, a déclaré Eric Chavrot, le président de Dauphidrom, en ouvrant l'assemblée générale de la coopérative, le 29 avril à Viriville. Il est urgent que la grande distribution accepte l'idée que nous ne pouvons plus être la seule variable d'ajustement du prix des produits alimentaires et le citoyen aura aussi sa part de responsabilité, en reconsidérant son regard sur l'agriculture, encore vue comme une source de nuisances et de pollutions, plus que comme une solution à ses problèmes. Mais c'est aussi à nous, producteurs, de continuer à nous structurer pour peser davantage dans la relation commerciale ». D'où le rapprochement de Sicarev avec Sicavyl, qui constitue une raison de continuer à espérer pour le responsable agricole. Tout comme les récentes hausses de la consommation de viande bovine, tirée par les achats de steaks hachés.
« Dauphidrom voit son activité progresser, avec 18 235 animaux commercialisés, contre 18079 en 2009, et c'est la catégorie des bovins finis qui enregistre la plus nette progression, en passant de 10 212 à 10 382 animaux, s'est réjoui Eric Chavrot. Ce n'est, certes, pas une forte progression, mais elle traduit la volonté de votre coopérative de renforcer son positionnement sur le commerce des bovins de boucherie », une démarche qui ne peut être menée à bien sans les éleveurs, et qui oblige la coopérative à réviser son organisation.
Les achats en voie d'informatisation
« Il est urgent de repenser notre façon de travailler », a affirmé le responsable professionnel, avant de décrire sa vision du négoce de bestiaux de demain : « Le commercial est là pour vous conseiller. Il vérifie avec vous que l'animal, que vous aurez peut-être contractualisé par internet, trouve sa place dans la filière, parce qu'il fait 380 kilos de carcasse avec une conformation U= et tel état d'engraissement. Il est aussi là pour en informer l'aval, de façon instantanée grâce au pocket connecté à internet dont il dispose pour valider l'achat. Cela peut sembler encore loin. Pourtant, cette organisation est déjà en place au sein du groupe ». A Dauphidrom, un pocket est testé depuis un mois. L'ensemble des commerciaux devraient en être équipés dans les prochaines semaines.
C.F.
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Ventes totales de troupeaux laitiers
Dauphidrom organise une vente aux enchères de troupeaux laitiers entiers le 28 juin à Hauterives, dans la Drôme. Renseignements au 04 74 54 11 15.
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