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Marcilloles

« Nous souhaitons garder un abattoir en Isère »

INTERVIEW/ Président de la section viande bovine au sein des Jeunes agriculteurs de l'Isère, Yannick Bourdat évoque la situation économique de la filière et celle de l'abattoir de Grenoble.
« Nous souhaitons garder un abattoir en Isère »
Quelle est la situation économique de la filière viande ?
Ce secteur est en crise depuis quelques années. La sécheresse a causé de gros problèmes dans le Trièves, pour les élevages 100 % allaitant avec d'importants coûts de fourrages. Les cours pour les animaux en maigre et en gras n'ont toujours pas augmenté, même si on constate une légère amélioration depuis six mois. Parallèlement, les prix des céréales s'envolent, ce qui implique une augmentation des coûts d'alimentation de nos bêtes. Autre problème : la décapitalisation, à cause de la sécheresse. Ainsi, le cheptel des vaches a diminué de 14 %. Par conséquent il y aura une diminution du nombre de veaux et donc du nombre de broutards à vendre.
Certains éleveurs laitiers ont pu faire le choix de passer leur élevage en allaitant, suite à la crise laitière. Est-ce opportun de faire cela ?
Ces personnes pensent que le système allaitant leur permettrait de se simplifier la vie. Mais, nous n'avons pas les mêmes horaires et nos contraintes sont différentes. Je pense qu'aujourd'hui, ceux qui arrêtent le lait, décident d'arrêter complètement le métier. Les deux filières sont aussi difficiles.
Les JA sont allés visiter un abattoir dans la Loire. Pourquoi ?
Cette visite s'est faite à la demande de la coopérative Dauphidrom. Ils ont souhaité montrer aux Jeunes agriculteurs leur abattoir, pour promouvoir les aides financières qu'ils apportent aux jeunes s'engageant à leur livrer des animaux. Cette journée a aussi été l'occasion de parler de la situation économique de la filière.
Alors que la question de sauver ou non l'abattoir de Grenoble fait actuellement débat, comment se positionnent les JA ?
Nous souhaitons fortement garder un abattoir en Isère, où la population et la consommation sont importantes. Nous sommes également un des départements des plus développés en vente directe. Si l'abattoir devait fermer, les éleveurs devront aller dans d'autres départements et cela impliquera une augmentation des coûts.
Défendre l'abattoir de Grenoble et visiter celui de Dauphidrom, privé et dans la Loire, qui cherche à recruter de nouveaux éleveurs, n'est-ce pas un peu contradictoire ?
Effectivement, et nous en avons parlé lors de notre visite. Cette dernière a surtout été l'occasion de parler des coûts d'abattage et des nouveaux marchés sur lesquels se lance la coopérative. Mais, c'est vrai qu'ils n'abattent pas leurs bêtes à Grenoble, et le principal problème pour cet endroit est le manque de tonnage… C'est un dossier extrêmement politique. Les élus ne nous tiennent pas tous le même discours. Une réunion est prévue et des études sont en cours pour démontrer quel est le pourcentage de produit qui est tué et consommé en Isère. Ce que l'on sait déjà, c'est que la production iséroise de viande est déficitaire par rapport à la consommation.
Que pensez-vous du projet de GIE (groupement d'intérêt économique) export en viande ?
Il n'y a encore rien de défini, comme pour la contractualisation. Sur ce dernier point, c'est sûr que si l'on reste au niveau actuel des tarifs, cela ne sert à rien. Nous demandons 50 centimes de plus par carcasse, mais il ne faut pas que ce soit 50 centimes supplémentaires pour le consommateur. Quant à savoir s'il faut se lancer sur de nouveaux marchés à l'étranger, il faut faire attention à la stabilité économique des pays concernés. Par contre, si cela permet de sauver une partie de la production française, il ne faut pas hésiter.
Propos recueillis par Lucile Ageron