François Orlowski, président de la section porcine de la FDSEA
« Sans plus-value, nous perdons de l'argent »
« Nous craignons que 30 à 35 % des éleveurs ne disparaissent d'ici au printemps, si rien n'est fait », avait prévenu Thierry Thénoz, producteur de porcs dans l'Ain et président de la section porcine de la FRSEA, au mois de septembre. A la veille du conseil Inaporc de ce jeudi 25 novembre, des éleveurs auvergnats, isérois, ligériens et de l'Ain devaient bloquer une usine du groupe Aoste à Maclas, dans la Loire. Explications avec François Orlowski, président de la section porcine iséroise.
Quel est le poids de l'élevage porcin en Isère ?
Nous sommes relativement peu nombreux dans le département, où une cinquantaine de producteurs en vivent au moins en partie.
Cela signifie que les porcs sont rarement la principale production ?
Effectivement, nous ne sommes qu'une dizaine dans ce cas et, même si certains d'entre nous travaillent en filière intégrée, nous ne constituons pas un groupe monolithe. Les tailles de nos troupeaux varient fortement d'un élevage à l'autre. Certains transforment leur production, d'autres pas...
Comment expliquer, malgré cette diversité, le caractère fédérateur du mouvement enclenché au mois de septembre par les FRSEA d'Auvergne, du Limousin et de Rhône-Alpes ?
Tout simplement le fait qu'en dépit de nos différences nous faisons tous face au même problème : des prix d'achat de la viande qui ne couvrent pas, ou à peine, nos coûts de production, qui sont plus élevés qu'ailleurs.
Aujourd'hui, en vendant au prix du cadran, c'est-à-dire environ 1,10 euros le kilo, nous perdons de l'argent. Cela fait près de quatre ans que nous tirons le diable par la queue, depuis la première flambée des prix des céréales enregistrée en 2007. Aujourd'hui, nous arrivons un peu au bout des efforts que nous pouvions faire pour améliorer notre productivité. Si je prends mon exemple personnel, le prix de revient sur notre exploitation oscille entre 1,48 et 1,50 euros par kilo. On peut difficilement passer en dessous. A moins de ne donner à manger aux cochons qu'un jour sur deux... Mais il faut toujours trois kilos de céréales pour produire un kilo de viande. Nous n'avons pas encore trouvé comment faire autrement !
L'aide dont a bénéficié la filière l'an dernier, dans le cadre du plan de soutien exceptionnel à l'agriculture, ne lui permet pas de passer ce cap difficile ?
Nous en avons profité, alors nous n'allons pas la critiquer, mais elle ne nous a pas permis de reconstituer nos trésoreries. Nous ne sommes donc pas en mesure de faire face à la nouvelle hausse du prix de l'aliment (+ 37 % depuis juin, pour un poste qui représente 60 % du coût de revient).
La concurrence internationale a aussi joué dans le déclenchement de ce mouvement ?
Oui, car en l'absence de mention d'origine, les importations prennent des parts de marché. C'est pourquoi nous prônons le recours à la marque « viande de porc française » (ou « VPF »), créée en 2002 et gérée par l'interprofession. C'est la seule qui garantit qu'en plus d'être abattus et transformés en France, les animaux sont nés et ont été élevés dans l'Hexagone.
Les discussions au sein de l'interprofession sur ce sujet ont avancé depuis le mois de juin. La mention de l'origine est de nouveau à l'ordre du jour de la négociation nationale de jeudi. Mais elles bloquent sur la plus-value que nous réclamons afin de revaloriser le prix qui nous est payé. C'est pourquoi nous montrons nos gros bras.
Propos recueillis par Cécile Fandos
Nous sommes relativement peu nombreux dans le département, où une cinquantaine de producteurs en vivent au moins en partie.
Cela signifie que les porcs sont rarement la principale production ?
Effectivement, nous ne sommes qu'une dizaine dans ce cas et, même si certains d'entre nous travaillent en filière intégrée, nous ne constituons pas un groupe monolithe. Les tailles de nos troupeaux varient fortement d'un élevage à l'autre. Certains transforment leur production, d'autres pas...
Comment expliquer, malgré cette diversité, le caractère fédérateur du mouvement enclenché au mois de septembre par les FRSEA d'Auvergne, du Limousin et de Rhône-Alpes ?
Tout simplement le fait qu'en dépit de nos différences nous faisons tous face au même problème : des prix d'achat de la viande qui ne couvrent pas, ou à peine, nos coûts de production, qui sont plus élevés qu'ailleurs.
Aujourd'hui, en vendant au prix du cadran, c'est-à-dire environ 1,10 euros le kilo, nous perdons de l'argent. Cela fait près de quatre ans que nous tirons le diable par la queue, depuis la première flambée des prix des céréales enregistrée en 2007. Aujourd'hui, nous arrivons un peu au bout des efforts que nous pouvions faire pour améliorer notre productivité. Si je prends mon exemple personnel, le prix de revient sur notre exploitation oscille entre 1,48 et 1,50 euros par kilo. On peut difficilement passer en dessous. A moins de ne donner à manger aux cochons qu'un jour sur deux... Mais il faut toujours trois kilos de céréales pour produire un kilo de viande. Nous n'avons pas encore trouvé comment faire autrement !
L'aide dont a bénéficié la filière l'an dernier, dans le cadre du plan de soutien exceptionnel à l'agriculture, ne lui permet pas de passer ce cap difficile ?
Nous en avons profité, alors nous n'allons pas la critiquer, mais elle ne nous a pas permis de reconstituer nos trésoreries. Nous ne sommes donc pas en mesure de faire face à la nouvelle hausse du prix de l'aliment (+ 37 % depuis juin, pour un poste qui représente 60 % du coût de revient).
La concurrence internationale a aussi joué dans le déclenchement de ce mouvement ?
Oui, car en l'absence de mention d'origine, les importations prennent des parts de marché. C'est pourquoi nous prônons le recours à la marque « viande de porc française » (ou « VPF »), créée en 2002 et gérée par l'interprofession. C'est la seule qui garantit qu'en plus d'être abattus et transformés en France, les animaux sont nés et ont été élevés dans l'Hexagone.
Les discussions au sein de l'interprofession sur ce sujet ont avancé depuis le mois de juin. La mention de l'origine est de nouveau à l'ordre du jour de la négociation nationale de jeudi. Mais elles bloquent sur la plus-value que nous réclamons afin de revaloriser le prix qui nous est payé. C'est pourquoi nous montrons nos gros bras.