Accidents avec les bovins
« Souvent le même scénario »
Le grave accident de Laurent Michel, président de l'union des éleveurs de Limousines de l'Isère, et la blessure de Raphaël Loveno, président du syndicat départemental des éleveurs Charolais, ont rappelé que les accidents avec les animaux pouvaient toucher tout le monde. Conseillère en prévention de la mutualité sociale agricole des Alpes du Nord, Aurélie Fortune donne les chiffres des accidents avec les bovins et explique leur persistance.
L'un des derniers numéros du magazine « Ligne de vie » édité par la mutualité sociale agricole (MSA) des Alpes du Nord pour évoquer les questions de santé et de sécurité au travail cite le chiffre de 6 000 accidents du travail causés par les bovins chaque année. Cela semble considérable...
Oui, ces accidents représentent environ 16 % des accidents du travail des exploitants agricoles à l'échelle nationale, mais jusqu'à 20 ou 30 % en Isère, où les agriculteurs ont 400 à 500 accidents par an en moyenne. Cela fait donc 100 à 150 accidents avec des bovins chaque année en Isère. Ils se déroulent généralement selon le même scénario. Il s'agit, la plupart du temps, d'attraper un animal et, au cours de la manipulation, on reçoit un coup de tête ou un coup de pied qui nous projette contre un élément du décor. C'est à ce moment là que la casse intervient. Nous savons cela, mais nous avons du mal à faire baisser ce chiffre.
Comment expliquer la difficulté à prévenir les accidents avec les bovins ?
Tout d'abord par le fait que que l'accident est toujours un concours de circonstances. C'est pourquoi il n'y a pas de solution toute faite. Comme pour les autres risques (renversement de tracteur, risque chimique...), la prévention s'organise autour de quelques grands principes. Il faut d'abord chercher à éliminer le danger. Mais, dans le cas des accidents avec les animaux, et en particulier les bovins, on constate que, du fait de la hausse de la taille des élevages et de l'évolution des pratiques, les interventions sur les animaux sont fréquentes. Déparasitage, parage des onglons, pesée, tri, insémination, diagnostic de gestation, césarienne... La manipulation est une activité quotidienne.
Quand on ne peut pas éviter de courir un risque, il faut commencer par évaluer son degré d'exposition, puis s'attacher à réduire le danger à la source, par exemple en s'équipant d'instruments de contention, une démarche que la MSA peut soutenir financièrement. Mais avant de choisir un matériel, il faut s'interroger sur les façons d'adapter le travail à l'homme et de faire diminuer les risques dans le temps. Quand on sait, par exemple, qu'un bovin ne voit plus rien devant lui quand il est stressé (parce que ses yeux sont sur le côté) ou qu'il met deux minutes et demie à s'habituer à un changement de lumière, on commet moins d'impairs ! La connaissance du comportement animal est capitale, car c'est ce dernier qui doit décider l'aménagement des bâtiments, l'ordre dans lequel on effectue les tâches, et l'organisation du travail en général.
Nous devons aussi reconnaître que nous organisons des formations, nous visitons des exploitations, nous éditons des guides, mais que nous peinons à toucher l'ensemble des éleveurs. C'est pourquoi, dans le cadre du nouveau plan pluriannuel Santé et sécurité au travail qui court jusqu'en 2015, nous voulons mettre l'accent sur le travail partenarial et nous concerter avec l'ensemble des acteurs de l'élevage de l'Isère et des deux Savoie pour réussir à mener des actions de terrain d'envergure et faire en sorte que parler de prévention devienne naturel. Si un revendeur de barrières est formé à la prévention des accidents avec les animaux par exemple, nous n'aurons plus besoin de systématiquement visiter l'exploitation où elles ont été installées.
Propos recueillis par Cécile Fandos
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Des incidences également économiques
Quand on sait que les accidents, avec les maladies, représentent presque un tiers de l'activité du service départemental de remplacement, on se dit que prévenir les risques s'avère intéressant pour n'importe quel agriculteur. « Au-delà des terribles conséquences qu'on parfois les accidents sur les hommes, nous soulignons que les accidents ont aussi une incidence sur la qualité des productions. On prend généralement des risques pour gagner un peu de temps. Mais, au final, on en perd beaucoup », argumente Aurélie Fortune, conseillère en prévention de la MSA des Alpes du Nord.
C.F.
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Témoignage
Raphaël Loveno : « Par le passé, j'ai failli me faire tuer »
Eleveur bovin viande à Saint-Savin, le président du syndicat Charolais de l'Isère a le bras en écharpe depuis plus d'un mois, suite à une blessure infligée par un taureau.
« Le 16 décembre, j'avais une réunion à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs l'après-midi et je devais finir de bonne heure, relate Raphaël Loveno, éleveur de Charolaises à Saint-Savin et président du syndicat départemental de la race. En milieu de matinée, comme je n'avais pas suffisamment de temps pour entreprendre une tâche plus longue, j'ai décidé d'amener à la saillie l'un des trois taureaux se trouvant dans le parc aménagé avec des équipements de contention à côté du siège d'exploitation. J'ai attrapé l'animal que je voulais par sa mouchette nasale et je me trouvais face à lui, dos au cornadis, les deux bras devant sa tête, quand l'un des deux autres taureaux est venu l'attaquer. Je ne l'ai pas lâché en me disant que, si je le laissais s'échapper, je n'allais pas réussir à le rattraper avant de partir à ma réunion. C'est pourquoi il m'a plaqué le bras gauche contre le cornadis, pas méchamment, juste parce qu'il se sentait menacé. Heureusement, je n'étais pas seul. On m'a tout de suite emmené à l'hôpital. J'ai porté un plâtre pendant les trois jours qui ont précédé l'opération. Maintenant que le chirurgien m'a vissé une plaque dans l'avant-bras, j'en ai encore pour quelques jours à porter une attelle. Mais je ne retrouverai pas toute la souplesse, ni toute la force de mon bras avant le mois de mai au mieux.
Je suis donc bien gêné dans mon activité, surtout que nous venions de remercier le salarié que nous embauchions avec un collègue, par le biais d'une Cuma. Nous avons réussi à trouver quelqu'un de qualifié qui peut se libérer deux à trois jours par semaine. Mais heureusement que je peux aussi compter sur mes proches, car cette solution n'est pas sans incidence financière.
Je relativise ces ennuis en me rappelant que, par le passé, j'ai failli me faire tuer par une vache malade ».
Propos recueillis par Cécile Fandos
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Oui, ces accidents représentent environ 16 % des accidents du travail des exploitants agricoles à l'échelle nationale, mais jusqu'à 20 ou 30 % en Isère, où les agriculteurs ont 400 à 500 accidents par an en moyenne. Cela fait donc 100 à 150 accidents avec des bovins chaque année en Isère. Ils se déroulent généralement selon le même scénario. Il s'agit, la plupart du temps, d'attraper un animal et, au cours de la manipulation, on reçoit un coup de tête ou un coup de pied qui nous projette contre un élément du décor. C'est à ce moment là que la casse intervient. Nous savons cela, mais nous avons du mal à faire baisser ce chiffre.
Comment expliquer la difficulté à prévenir les accidents avec les bovins ?
Tout d'abord par le fait que que l'accident est toujours un concours de circonstances. C'est pourquoi il n'y a pas de solution toute faite. Comme pour les autres risques (renversement de tracteur, risque chimique...), la prévention s'organise autour de quelques grands principes. Il faut d'abord chercher à éliminer le danger. Mais, dans le cas des accidents avec les animaux, et en particulier les bovins, on constate que, du fait de la hausse de la taille des élevages et de l'évolution des pratiques, les interventions sur les animaux sont fréquentes. Déparasitage, parage des onglons, pesée, tri, insémination, diagnostic de gestation, césarienne... La manipulation est une activité quotidienne.
Quand on ne peut pas éviter de courir un risque, il faut commencer par évaluer son degré d'exposition, puis s'attacher à réduire le danger à la source, par exemple en s'équipant d'instruments de contention, une démarche que la MSA peut soutenir financièrement. Mais avant de choisir un matériel, il faut s'interroger sur les façons d'adapter le travail à l'homme et de faire diminuer les risques dans le temps. Quand on sait, par exemple, qu'un bovin ne voit plus rien devant lui quand il est stressé (parce que ses yeux sont sur le côté) ou qu'il met deux minutes et demie à s'habituer à un changement de lumière, on commet moins d'impairs ! La connaissance du comportement animal est capitale, car c'est ce dernier qui doit décider l'aménagement des bâtiments, l'ordre dans lequel on effectue les tâches, et l'organisation du travail en général.
Nous devons aussi reconnaître que nous organisons des formations, nous visitons des exploitations, nous éditons des guides, mais que nous peinons à toucher l'ensemble des éleveurs. C'est pourquoi, dans le cadre du nouveau plan pluriannuel Santé et sécurité au travail qui court jusqu'en 2015, nous voulons mettre l'accent sur le travail partenarial et nous concerter avec l'ensemble des acteurs de l'élevage de l'Isère et des deux Savoie pour réussir à mener des actions de terrain d'envergure et faire en sorte que parler de prévention devienne naturel. Si un revendeur de barrières est formé à la prévention des accidents avec les animaux par exemple, nous n'aurons plus besoin de systématiquement visiter l'exploitation où elles ont été installées.
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Quand on sait que les accidents, avec les maladies, représentent presque un tiers de l'activité du service départemental de remplacement, on se dit que prévenir les risques s'avère intéressant pour n'importe quel agriculteur. « Au-delà des terribles conséquences qu'on parfois les accidents sur les hommes, nous soulignons que les accidents ont aussi une incidence sur la qualité des productions. On prend généralement des risques pour gagner un peu de temps. Mais, au final, on en perd beaucoup », argumente Aurélie Fortune, conseillère en prévention de la MSA des Alpes du Nord.
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« Le 16 décembre, j'avais une réunion à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs l'après-midi et je devais finir de bonne heure, relate Raphaël Loveno, éleveur de Charolaises à Saint-Savin et président du syndicat départemental de la race. En milieu de matinée, comme je n'avais pas suffisamment de temps pour entreprendre une tâche plus longue, j'ai décidé d'amener à la saillie l'un des trois taureaux se trouvant dans le parc aménagé avec des équipements de contention à côté du siège d'exploitation. J'ai attrapé l'animal que je voulais par sa mouchette nasale et je me trouvais face à lui, dos au cornadis, les deux bras devant sa tête, quand l'un des deux autres taureaux est venu l'attaquer. Je ne l'ai pas lâché en me disant que, si je le laissais s'échapper, je n'allais pas réussir à le rattraper avant de partir à ma réunion. C'est pourquoi il m'a plaqué le bras gauche contre le cornadis, pas méchamment, juste parce qu'il se sentait menacé. Heureusement, je n'étais pas seul. On m'a tout de suite emmené à l'hôpital. J'ai porté un plâtre pendant les trois jours qui ont précédé l'opération. Maintenant que le chirurgien m'a vissé une plaque dans l'avant-bras, j'en ai encore pour quelques jours à porter une attelle. Mais je ne retrouverai pas toute la souplesse, ni toute la force de mon bras avant le mois de mai au mieux.Je suis donc bien gêné dans mon activité, surtout que nous venions de remercier le salarié que nous embauchions avec un collègue, par le biais d'une Cuma. Nous avons réussi à trouver quelqu'un de qualifié qui peut se libérer deux à trois jours par semaine. Mais heureusement que je peux aussi compter sur mes proches, car cette solution n'est pas sans incidence financière.
Je relativise ces ennuis en me rappelant que, par le passé, j'ai failli me faire tuer par une vache malade ».
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