ISERE / ENERGIES RENOUVELABLES
Le biogaz, dans l'air du temps
Le procédé de méthanisation n'est pas neuf mais il commence à être mieux connu, les idées reçues à son sujet s'estompent, les technologies pour le mettre en œuvre évoluent.
Dans le cadre de la première biennale de l'Eco-construction, à Cessieu, le syndicat mixte Vals du Dauphiné expansion repose, via une conférence, la question du biogaz à la ferme. Il y a dix ans, sur ce même territoire, une réflexion avait été menée sur la méthanisation, sous l'impulsion de Valérie Borroni, de Rhône-Alpes énergie environnement (RAEE), très au fait de ce qu'il se passe ailleurs en Europe dans ce domaine. L'enjeu était de faire comprendre aux agriculteurs la richesse que pouvaient représenter leurs déchets et essayer de voir comment mettre en place des unités de méthanisation pilotes. La faisabilité technique et économique d'implantation de digesteurs pour traiter les déchets d'élevages avait conduit à trois scénarios, sans aboutir. Depuis, d'autres projets ont vu le jour ailleurs en Rhône Alpes…
« La réflexion avance au niveau national »
« Aujourd'hui, explique Eric Vernier, animateur économique du syndicat mixte du Vals du Dauphiné expansion, la donne a changé ». « La technologie s'est perfectionnée et il y a de nouvelles réponses juridiques et fiscales aux freins qui ont pu exister en 2000. Il y a de nouvelles potentialités. Et le contexte n'est plus le même non plus, nous étions en pleine crise de la vache folle ». Sans parler de l'évolution des mentalités. Serge Revel, vice-président du conseil général, qui animait la conférence et qui faisait aussi partie aussi des initiateurs des projets des années 2000, confirme : « C'est une filière qu'il faut relancer pour échapper au nucléaire », soulignant que les règlementations sur les déchets n'aident pas en ce sens. Valérie Borroni explique que, celles-ci, en effet, « contrôlent l'origine des intrants, car tous ne sont pas autorisés selon le type d'unité de méthanisation choisi ». « Mais l'un des problèmes, avance-t-elle, reste le fait que le biogaz ne soit toujours pas reconnu par l'administration comme naturel ». « Par contre, en mai dernier, l'Etat a revalorisé le tarif d'achat du biogaz, favorisant les « petits producteurs », et son injection dans le réseau de gaz est une réflexion qui prend de l'importance à l'échelle nationale », se réjouit-elle. Pourtant le procédé du biogaz ne date pas d'hier. Yves François, secrétaire général adjoint de la chambre d'agriculture et chargé de l'environnement, rappelle qu'il y a vingt ans déjà, son père avait mis en place « une unité de méthanisation avec cogénération, fonctionnant avec du lisier de porc ». « Et c'était rentable ». « La méthanisation, en valorisant des déchets agricoles, permet de créer de l'énergie et de fertiliser à nouveau la terre. C'est un retour au fondamentaux de la profession ».
Un engouement que ne dément pas Jean-Paul Sauzet, animateur biométhanisation à la chambre d'agriculture de l'Isère. « Il y a un an, tout le monde s'intéressait au photovoltaïque, aujourd'hui, le biogaz a le vent en poupe ». Rien que le fait qu'il y ait aujourd'hui un animateur pour aider les agriculteurs à travailler sur leurs projets, est une grande évolution. Le chargé de mission, arrivé en 2005, travaille en binôme avec la RAEE pour accompagner les agriculteurs qui montent des dossiers, administrativement lourds, et réfléchir avec eux aux options les plus intéressantes
suite aux propositions faites par des bureaux d'études indépendants. « Il s'agit plus d'étude d'opportunité que de faisabilité », précise Jean-Paul Sauzet.
Quelle taille pour les installations ?
« Actuellement, en Isère, il existe quatre projets en phase d'étude, dont trois de grande dimension, mais il vaut mieux rester discret. Par méconnaissance, ils sont souvent mal vécus par les riverains qui redoutent des odeurs, un trafic de camions livrant les intrants et la nécessité de compléter les effluents de l'exploitation avec des coproduits issus de l'agroalimentaire, cela entraîne aussi une concurrence entre les différents projets d'unité de méthanisation pour l'attribution de ces déchets... » « En effet, poursuit le chargé de mission, les projets territoriaux, basés sur des unités de méthanisation à grande échelle comme elles existent ailleurs en Europe, impliquent une densité de matière suffisante (soit des exploitations suffisamment proches pour pouvoir mettre en commun leurs déchets sans long trajet), des coproduits de l'agroalimentaire accessibles, des collectivités ou activités à proximité pour racheter chauffage et électricité produits, et des acteurs prêts à réutiliser la matière obtenue pour un retour aux sols. S'il y a un vrai potentiel dans ces projets, ils sont difficiles à mettre en place, au vu du nombre d'acteurs et des conditions favorables à réunir ». Mais cette synergie est vitale pour amortir le coût des investissements, souvent énormes. « Par exemple, 811 000 euros pour une installation d'une puissance de104 kilowatts, comme l'unité de méthanisation du Gaec de Gruffy (Haute-Savoie) ». Ce pionnier en Rhône-Alpes fonctionne aussi avec des apports d'effluents externes puisque le matériel est adapté pour traiter de gros volume, soit 3 200 tonnes par an de matières organiques valorisées. L'énergie dégagée permet de chauffer huit maisons et le produit de la vente d'électricité au réseau correspond à un tiers des ressources du GAEC. « Là, on est dans une logique de complément de revenus », précise Jean-Paul Sauzet. Et l'agriculteur doit acquérir de solides compétences pour utiliser de telles installations. « Le risque, avec des projets territoriaux trop gros, c'est que l'on oublie le lien avec le territoire, que l'agriculteur ne soit plus maître d'ouvrage et seulement là pour fournir les intrants nécessaires à la fabrication du biogaz et pour récupérer le digestat à épandre, qu'il perde toute la valeur ajoutée ».
L'alternative, soutenue par le chargé de mission de la chambre, est le redimensionnement des unités de méthanisation, nécessitant alors des investissements plus limités, et davantage en phase avec la taille des exploitations locales. Celles-ci n'utiliseraient que leurs propres effluents, visant alors leur « autonomie énergétique », du moins un équilibre entre l'énergie produite et celle consommée. C'est à dire que le chauffage généré servirait au séchage de fourrage, aux ateliers de transformation (en viande ou fromage). Ces activités deviendraient alors plus rentables. « Côté électricité, si son tarif en autoconsommation n'est pas intéressant aujourd'hui, cela peut évoluer »... « Trois projets expérimentaux de ce type sont aussi en phase d'étude, soutenus par la chambre d'agriculture et l'association départementale pour le développement agricole et rural (ADDEAR) », et « devraient voir le jour en 2012 », précise Jean-Paul Sauzet. « La vraie difficulté est de trouver des partenaires constructeurs qui n'arrivent pas avec des technologies « clef en main », inadaptées aux petites exploitations ». En ce sens, « l'unité de méthanisation mise en place par le lycée agricole de la Motte Servolex, avec une installation innovante et quasi sur-mesure, est un exemple intéressant ».
Ingrid Blanquer
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Petit B. A BA de la méthanisation
La méthanisation est un procédé biologique, une sorte « d'élevage de bactéries » qui vont, à l'abri de l'oxygène, digérer des matières organiques, et par une suite de réactions biologiques, les transformer, en partie, en gaz. Des déchets comme les boues de station d'épuration, fraction fermentescible des ordures ménagères, biodéchets industriels et artisanaux, fumiers et lisiers du secteur agricole, vont être valorisés puisqu'ils deviennent, une énergie renouvelable, le biogaz, et des résidus, le digestat, épandu comme engrais de ferme.
Le biogaz, dont les quantités et la composition varient en fonction de la matière donnée en nourriture aux bactéries, est composé essentiellement de méthane (autour de 60%) qui contient l'énergie du produit, mais aussi d'autres gaz (CO2, eau et souffre) qui, eux, sont ensuite filtrés. Produit ou capté, le biogaz peut être valorisé et permet de lutter contre l'effet de serre, d'utiliser une énergie locale, de générer des recettes par la vente de chaleur ou/et d'électricité.
Divers déchets
La méthanisation permet aux agriculteurs qui souhaitent valoriser leurs substrats d'avoir également des revenus supplémentaires, une diversification des ressources, une autonomie de production de chaleur, la transformation de lisiers et fumiers en un produit plus assimilable par les plantes, la réduction de l'achat en engrais minéraux...
Les intrants qu'il peut utilisés pour ce procédé sont divers : des matières animales (excréments animaux mais aussi eaux de lavage des étables ou produits issus de transformation comme le lactosérum...) et des ressources végétales résiduelles ou même des cultures énergétiques spécifiques comme le maïs. Un choix fait notamment par l'Allemagne, mais qui n'est pas privilégié par les agriculteurs français.
Production d'électricité et de chaleur
Pour booster la méthanisation en nourrissant les bactéries avec des matières plus riches, l'agriculteur est à la recherche de co-substrats, des produits extérieurs à la ferme, pour une « co-digestion » , issus de l'agroalimentaire principalement (déchets de fabrication, produits déclassés...). Pour valoriser ensuite le biogaz, il faut passer par un moteur de cogénération, une technique répandue, déjà utilisée avec le gaz naturel. La combustion du biogaz met en mouvement un vilebrequin qui entraîne l'alternateur qui va produire de l'électricité (35 % de l'énergie entrante), énergie qui peut être revendue à un tarif préférentiel fixé par l'Etat. Un circuit de refroidissement va diminuer la température du moteur et l'eau, alors autour de 90°, sera utilisée pour chauffer des bâtiments d'élevage ou d'habitation, participer au séchage de foin, de digestat, de fruits, alimenter des process industriels ou produire de l'eau chaude sanitaire... D'autres pistes sont explorées, comme l'utilisation du biogaz pour rouler : purifié et compressé, il peut servir de carburant...
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Le lycée agricole de la Motte-Servolex ouvrent ses portes dimanche 23 octobre, avec visites de l'unité de méthanisation.
« Parcours du combattant » pour lancer une installation
« L'exploitation du lycée, qui fonctionne en polyculture et élevage, dotée de serres horticoles et d'une fromagerie, a décidée d'opter pour une unité de méthanisation en 2007 », expliquent Thierry Froissard, responsable de l'exploitation, et Anne Victor, formatrice chargée d'ingénierie méthanisation. « Un vrai parcours du combattant puisque l'unité a été mise en marche il y a trois mois, et le réseau de chaleur utilisé pour la fromagerie activé, la réinjection de l'électricité ne s'est fait qu'il y a deux semaines... »
Un retour sur investissement prévu en sept ans
« L'idée de départ était de ne pas faire venir trop de déchets extérieurs, sachant que l'exploitation est déjà d'environ 100 UGB. Nous utilisons les effluents des bovins, le lactosérum, des végétaux et en coproduits, des drêches de la brasserie MontBlanc, des matières stercorales de l'abattoir de Chambéry, du fumier d'agriculteurs voisins et des pommes de la coopérative toute proche... Les études de rentabilité ont montré que cela pouvait fonctionner et atteindre une puissance maximale de 45 KW. En 2008, les subventions obtenues ont soutenu à 49% le financement des 700 000 euros d'investissements nécessaires. L'année suivante, il a fallu monter le dossier ICPE, puis remettre le permis de construire. Les premiers travaux ont débutés en 2010...
Aujourd'hui, l'installation est enterrée sur la partie arrière, composée d'un digesteur et d'une gaine technique, assez spacieuse pour accueillir des groupes. Il s'agit d'un outil pédagogique très intéressant. Les étudiants de la licence professionnelle de conseiller en maîtrise énergie en secteur agricole (COMESA), créée il y a trois ans avec l'université de Savoie, ont par exemple planché sur les projets de valorisation de la chaleur. Finalement celle-ci est optimum du 15 octobre au 15 avril, avec les serres, les bureaux, la fromagerie... Après cette période, seule la fromagerie est concernée. Mais grâce à la revalorisation du tarif de l'électricité, le retour sur investissement sera moins long que prévu, soit de sept à huit ans. Et en temps de travail, pour alimenter le digesteur, cela ne demande qu'une heure trente par semaine puisque le bol mélangeur est de 15m3. Plus le travail d'observation et de contrôle nécessaire... Quant au digestat ainsi obtenu, il est quasiment désodorisé, un atout pour épandre dans des zones périurbaines.»
IB
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La Côte Saint-André
Restructurer l'exploitation et valoriser les effluents d'élevage
« C'est une restructuration de l'exploitation, avec la création d'un nouveau bâtiment pour les vaches et le réaménagement de l'ancien pour les génisses, qui est en projet », explique Sylvain Dubois, nouveau directeur de l'exploitation du lycée. « Une unité de méthanisation serait accolée à cet ensemble et fonctionnerait uniquement à partir des effluents d'élevage. La chaleur produite servirait au séchage en grange du fourrage, au chauffage des bâtiments l'hiver… » Une autre piste de valorisation : l'ancien atelier tabac en cours de reconversion. « Le projet, en discussion depuis deux ans, est aujourd'hui en phase de rédaction. Il doit être validé en conseil d'administration et d'exploitation avant d'être transmis au conseil général, partenaire et soutien financier dans cette aventure, qui décidera de sa validation avant de lancer un appel d'offre pour la mise en œuvre. Si tout se passe bien, on peut envisager la phase de réalisation à l'horizon 2014 », avance Sylvain Dubois.
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« La réflexion avance au niveau national »
« Aujourd'hui, explique Eric Vernier, animateur économique du syndicat mixte du Vals du Dauphiné expansion, la donne a changé ». « La technologie s'est perfectionnée et il y a de nouvelles réponses juridiques et fiscales aux freins qui ont pu exister en 2000. Il y a de nouvelles potentialités. Et le contexte n'est plus le même non plus, nous étions en pleine crise de la vache folle ». Sans parler de l'évolution des mentalités. Serge Revel, vice-président du conseil général, qui animait la conférence et qui faisait aussi partie aussi des initiateurs des projets des années 2000, confirme : « C'est une filière qu'il faut relancer pour échapper au nucléaire », soulignant que les règlementations sur les déchets n'aident pas en ce sens. Valérie Borroni explique que, celles-ci, en effet, « contrôlent l'origine des intrants, car tous ne sont pas autorisés selon le type d'unité de méthanisation choisi ». « Mais l'un des problèmes, avance-t-elle, reste le fait que le biogaz ne soit toujours pas reconnu par l'administration comme naturel ». « Par contre, en mai dernier, l'Etat a revalorisé le tarif d'achat du biogaz, favorisant les « petits producteurs », et son injection dans le réseau de gaz est une réflexion qui prend de l'importance à l'échelle nationale », se réjouit-elle. Pourtant le procédé du biogaz ne date pas d'hier. Yves François, secrétaire général adjoint de la chambre d'agriculture et chargé de l'environnement, rappelle qu'il y a vingt ans déjà, son père avait mis en place « une unité de méthanisation avec cogénération, fonctionnant avec du lisier de porc ». « Et c'était rentable ». « La méthanisation, en valorisant des déchets agricoles, permet de créer de l'énergie et de fertiliser à nouveau la terre. C'est un retour au fondamentaux de la profession ».
Un engouement que ne dément pas Jean-Paul Sauzet, animateur biométhanisation à la chambre d'agriculture de l'Isère. « Il y a un an, tout le monde s'intéressait au photovoltaïque, aujourd'hui, le biogaz a le vent en poupe ». Rien que le fait qu'il y ait aujourd'hui un animateur pour aider les agriculteurs à travailler sur leurs projets, est une grande évolution. Le chargé de mission, arrivé en 2005, travaille en binôme avec la RAEE pour accompagner les agriculteurs qui montent des dossiers, administrativement lourds, et réfléchir avec eux aux options les plus intéressantes
suite aux propositions faites par des bureaux d'études indépendants. « Il s'agit plus d'étude d'opportunité que de faisabilité », précise Jean-Paul Sauzet.
Quelle taille pour les installations ?
« Actuellement, en Isère, il existe quatre projets en phase d'étude, dont trois de grande dimension, mais il vaut mieux rester discret. Par méconnaissance, ils sont souvent mal vécus par les riverains qui redoutent des odeurs, un trafic de camions livrant les intrants et la nécessité de compléter les effluents de l'exploitation avec des coproduits issus de l'agroalimentaire, cela entraîne aussi une concurrence entre les différents projets d'unité de méthanisation pour l'attribution de ces déchets... » « En effet, poursuit le chargé de mission, les projets territoriaux, basés sur des unités de méthanisation à grande échelle comme elles existent ailleurs en Europe, impliquent une densité de matière suffisante (soit des exploitations suffisamment proches pour pouvoir mettre en commun leurs déchets sans long trajet), des coproduits de l'agroalimentaire accessibles, des collectivités ou activités à proximité pour racheter chauffage et électricité produits, et des acteurs prêts à réutiliser la matière obtenue pour un retour aux sols. S'il y a un vrai potentiel dans ces projets, ils sont difficiles à mettre en place, au vu du nombre d'acteurs et des conditions favorables à réunir ». Mais cette synergie est vitale pour amortir le coût des investissements, souvent énormes. « Par exemple, 811 000 euros pour une installation d'une puissance de104 kilowatts, comme l'unité de méthanisation du Gaec de Gruffy (Haute-Savoie) ». Ce pionnier en Rhône-Alpes fonctionne aussi avec des apports d'effluents externes puisque le matériel est adapté pour traiter de gros volume, soit 3 200 tonnes par an de matières organiques valorisées. L'énergie dégagée permet de chauffer huit maisons et le produit de la vente d'électricité au réseau correspond à un tiers des ressources du GAEC. « Là, on est dans une logique de complément de revenus », précise Jean-Paul Sauzet. Et l'agriculteur doit acquérir de solides compétences pour utiliser de telles installations. « Le risque, avec des projets territoriaux trop gros, c'est que l'on oublie le lien avec le territoire, que l'agriculteur ne soit plus maître d'ouvrage et seulement là pour fournir les intrants nécessaires à la fabrication du biogaz et pour récupérer le digestat à épandre, qu'il perde toute la valeur ajoutée ».
L'alternative, soutenue par le chargé de mission de la chambre, est le redimensionnement des unités de méthanisation, nécessitant alors des investissements plus limités, et davantage en phase avec la taille des exploitations locales. Celles-ci n'utiliseraient que leurs propres effluents, visant alors leur « autonomie énergétique », du moins un équilibre entre l'énergie produite et celle consommée. C'est à dire que le chauffage généré servirait au séchage de fourrage, aux ateliers de transformation (en viande ou fromage). Ces activités deviendraient alors plus rentables. « Côté électricité, si son tarif en autoconsommation n'est pas intéressant aujourd'hui, cela peut évoluer »... « Trois projets expérimentaux de ce type sont aussi en phase d'étude, soutenus par la chambre d'agriculture et l'association départementale pour le développement agricole et rural (ADDEAR) », et « devraient voir le jour en 2012 », précise Jean-Paul Sauzet. « La vraie difficulté est de trouver des partenaires constructeurs qui n'arrivent pas avec des technologies « clef en main », inadaptées aux petites exploitations ». En ce sens, « l'unité de méthanisation mise en place par le lycée agricole de la Motte Servolex, avec une installation innovante et quasi sur-mesure, est un exemple intéressant ».
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La méthanisation est un procédé biologique, une sorte « d'élevage de bactéries » qui vont, à l'abri de l'oxygène, digérer des matières organiques, et par une suite de réactions biologiques, les transformer, en partie, en gaz. Des déchets comme les boues de station d'épuration, fraction fermentescible des ordures ménagères, biodéchets industriels et artisanaux, fumiers et lisiers du secteur agricole, vont être valorisés puisqu'ils deviennent, une énergie renouvelable, le biogaz, et des résidus, le digestat, épandu comme engrais de ferme.
Le biogaz, dont les quantités et la composition varient en fonction de la matière donnée en nourriture aux bactéries, est composé essentiellement de méthane (autour de 60%) qui contient l'énergie du produit, mais aussi d'autres gaz (CO2, eau et souffre) qui, eux, sont ensuite filtrés. Produit ou capté, le biogaz peut être valorisé et permet de lutter contre l'effet de serre, d'utiliser une énergie locale, de générer des recettes par la vente de chaleur ou/et d'électricité.
Divers déchets
La méthanisation permet aux agriculteurs qui souhaitent valoriser leurs substrats d'avoir également des revenus supplémentaires, une diversification des ressources, une autonomie de production de chaleur, la transformation de lisiers et fumiers en un produit plus assimilable par les plantes, la réduction de l'achat en engrais minéraux...
Les intrants qu'il peut utilisés pour ce procédé sont divers : des matières animales (excréments animaux mais aussi eaux de lavage des étables ou produits issus de transformation comme le lactosérum...) et des ressources végétales résiduelles ou même des cultures énergétiques spécifiques comme le maïs. Un choix fait notamment par l'Allemagne, mais qui n'est pas privilégié par les agriculteurs français.
Production d'électricité et de chaleur
Pour booster la méthanisation en nourrissant les bactéries avec des matières plus riches, l'agriculteur est à la recherche de co-substrats, des produits extérieurs à la ferme, pour une « co-digestion » , issus de l'agroalimentaire principalement (déchets de fabrication, produits déclassés...). Pour valoriser ensuite le biogaz, il faut passer par un moteur de cogénération, une technique répandue, déjà utilisée avec le gaz naturel. La combustion du biogaz met en mouvement un vilebrequin qui entraîne l'alternateur qui va produire de l'électricité (35 % de l'énergie entrante), énergie qui peut être revendue à un tarif préférentiel fixé par l'Etat. Un circuit de refroidissement va diminuer la température du moteur et l'eau, alors autour de 90°, sera utilisée pour chauffer des bâtiments d'élevage ou d'habitation, participer au séchage de foin, de digestat, de fruits, alimenter des process industriels ou produire de l'eau chaude sanitaire... D'autres pistes sont explorées, comme l'utilisation du biogaz pour rouler : purifié et compressé, il peut servir de carburant...
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« L'exploitation du lycée, qui fonctionne en polyculture et élevage, dotée de serres horticoles et d'une fromagerie, a décidée d'opter pour une unité de méthanisation en 2007 », expliquent Thierry Froissard, responsable de l'exploitation, et Anne Victor, formatrice chargée d'ingénierie méthanisation. « Un vrai parcours du combattant puisque l'unité a été mise en marche il y a trois mois, et le réseau de chaleur utilisé pour la fromagerie activé, la réinjection de l'électricité ne s'est fait qu'il y a deux semaines... »
Un retour sur investissement prévu en sept ans
« L'idée de départ était de ne pas faire venir trop de déchets extérieurs, sachant que l'exploitation est déjà d'environ 100 UGB. Nous utilisons les effluents des bovins, le lactosérum, des végétaux et en coproduits, des drêches de la brasserie MontBlanc, des matières stercorales de l'abattoir de Chambéry, du fumier d'agriculteurs voisins et des pommes de la coopérative toute proche... Les études de rentabilité ont montré que cela pouvait fonctionner et atteindre une puissance maximale de 45 KW. En 2008, les subventions obtenues ont soutenu à 49% le financement des 700 000 euros d'investissements nécessaires. L'année suivante, il a fallu monter le dossier ICPE, puis remettre le permis de construire. Les premiers travaux ont débutés en 2010...
Aujourd'hui, l'installation est enterrée sur la partie arrière, composée d'un digesteur et d'une gaine technique, assez spacieuse pour accueillir des groupes. Il s'agit d'un outil pédagogique très intéressant. Les étudiants de la licence professionnelle de conseiller en maîtrise énergie en secteur agricole (COMESA), créée il y a trois ans avec l'université de Savoie, ont par exemple planché sur les projets de valorisation de la chaleur. Finalement celle-ci est optimum du 15 octobre au 15 avril, avec les serres, les bureaux, la fromagerie... Après cette période, seule la fromagerie est concernée. Mais grâce à la revalorisation du tarif de l'électricité, le retour sur investissement sera moins long que prévu, soit de sept à huit ans. Et en temps de travail, pour alimenter le digesteur, cela ne demande qu'une heure trente par semaine puisque le bol mélangeur est de 15m3. Plus le travail d'observation et de contrôle nécessaire... Quant au digestat ainsi obtenu, il est quasiment désodorisé, un atout pour épandre dans des zones périurbaines.»
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« C'est une restructuration de l'exploitation, avec la création d'un nouveau bâtiment pour les vaches et le réaménagement de l'ancien pour les génisses, qui est en projet », explique Sylvain Dubois, nouveau directeur de l'exploitation du lycée. « Une unité de méthanisation serait accolée à cet ensemble et fonctionnerait uniquement à partir des effluents d'élevage. La chaleur produite servirait au séchage en grange du fourrage, au chauffage des bâtiments l'hiver… » Une autre piste de valorisation : l'ancien atelier tabac en cours de reconversion. « Le projet, en discussion depuis deux ans, est aujourd'hui en phase de rédaction. Il doit être validé en conseil d'administration et d'exploitation avant d'être transmis au conseil général, partenaire et soutien financier dans cette aventure, qui décidera de sa validation avant de lancer un appel d'offre pour la mise en œuvre. Si tout se passe bien, on peut envisager la phase de réalisation à l'horizon 2014 », avance Sylvain Dubois.
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