Le bois comme une évidence
La dynamique prend. En Chartreuse, on construit avec du bois local, qu'il soit en AOC bois de Chartreuse ou non. L'exemple de la nouvelle construction du Gaec des Bergers de la Sure, à Pommiers-la-Placette, dont une viste a été proposée récemment sous l'impulsion du Comité interprofessionnel du bois de Chartreuse (CIBC), est là pour le démontrer.
Le projet, bien avancé aujourd'hui, de Christophe Lambert et Marie-Pierre Cattin, les deux associés du Gaec, donne une image flatteuse de ce que l'on peut faire en bois. « Nous sommes installés ici en fermage intégral depuis quatre ans, et nous vivons dans deux petits chalets séparés de quelques dizaine de mètres, l'un dédié aux pièces de jour, l'autre aux pièces de nuit. Ce n'est pas très commode au quotidien. Alors nous avons saisi l'opportunité de construire notre propre maison sur une petite parcelle, en-dessous de nos chalets actuels. Il nous paraissait évident de le faire en bois », explique Christophe Lambert.
Conception et construction locales
Le projet d'un bâtiment regroupant une bergerie de 160 mètres carrés, une pièce de stockage, les bureaux du Gaec en partie surmontés de l'habitation a été confié à une architecte de la Sure-en-Chartreuse. « Quand on peut trouver les compétences localement, il n'y a pas besoin d'aller ailleurs », commente le porteur du projet. Au final, cela donne un bâtiment à ossature bois de Chartreuse dont les piliers et autres pièces de charpente correspondent en tous points au cahier des charges de l'AOC. Gauthier Fournel, charpentier local lui aussi, a taillé ces pièces en atelier, les a fait sécher entre deux et trois semaines à la scierie de Chartreuse à Entre-deux-Guiers. Le système de l'ossature caractéristique de ce bâtiment repose sur une armature de grosses pièces de charpente dont les espaces sont comblés par un isolant. Le tout est recouvert de bardage et pare-vapeur en extérieur et de bois ou placo en intérieur.
Isolation en ouate
« Il y a peu d'inertie dans ce type de bâtiment en raison de l'absence de matériaux lourds capable de gérer les déphasages de températures, explique un expert en isolation. Une dalle béton existe au rez-de chaussée mais ne peut jouer ce rôle à elle toute seule pour l'ensemble du bâtiment. Il faut donc jouer sur la protection solaire, notamment sur les avancées de toit pour éviter les entrées de chaleur en été. On doit s'appuyer sur l'isolation des caissons dans le mur. » Le Gaec a retenu la ouate de cellulose qui était en concurrence avec la laine de bois. Gauthier Fournel indique l'avoir insufflé à 60 kg/m2 qui permet d'avoir une bonne isolation et une bonne stabilité dans le temps. Ce matériau gère bien le déphasage de température qui permet de ralentir la pénétration de la chaleur en intérieur. « La laine de verre ne gère pas ce décalage et reste sensible à la moindre humidité car si elle se mouille, elle perd son pouvoir isolant. Ce n'est pas le cas de la ouate de cellulose. »
Les bardages extérieurs sont en planches de sapin ou épicéa d'origine locale auxquelles un thermo traitement a été appliqué. « Il s'agit d'un passage dans un four à 212 degrés afin de tuer tous les insectes qui peuvent être présents dans le bois, de sécher complètement la matière et de la transformer physiquement. On perd en solidité, c'est pour cela que cela concerne le bardage mais on gagne en stabilité du matériau. » Une durabilité obtenue sans ajout de produit chimique.
Jean-Marc Emprin
Le Gaec en chiffres
150 brebis laitières en élevage bio.
40 ha de prairies pâturées.
Deux unités de main-d'œuvre.
15 à 18 000 litres de lait par an, en totalité transformés en fromage.
Vente au marché de Voiron ou dans les Biocoop de la région, ainsi que dans les magasins de producteurs, uniquement en dépôt-vente.