Accès au contenu
Filière bois

Le bois local a sa place

Dans le cadre de la stratégie forestière du massif sud Isère, les communautés de communes ont invité les élus du secteur à s'interroger sur l'utilisation du bois local dans la construction.
Le bois local a sa place

Utiliser du bois local dans des projets de construction portés par une collectivité relève d'un choix et d'une motivation certaine. En Isère, la commande publique a consenti des efforts significatifs, car de l'arbre au bardage, la route peut être longue en circuit court.
Réunis fin septembre en colloque à Saint-Jean-de-Vaulx, les élus du Sud Isère se sont interrogés sur la façon la plus efficiente de mobiliser la ressource bois du territoire.
Le massif est dominé par les feuillus, en très forte concurrence avec les résineux « maintenus artificiellement par l'homme », indique Erick Salvatori, de l'Office national des forêts. Sapin, épicéa, mélèze, pin noir, douglas sont utilisés en construction (60% charpente et 40% emballage) alors que le feuillus sert de bois de chauffage. Mais les boisements évoluent : les plantations de résineux vieillissent, subissent la pression des cervidés et sont sensibles au réchauffement climatique. Erick Salavatori constate aussi que le sapin n'est pas valorisé à la bonne hauteur. Les forestiers placent certains espoirs dans le robinier faux acacia « beaucoup pensent que c'est une espèce invasive. Il y a un débat autour de cette espèce résistante et agressive. Des essais sont effectués dans certains territoires dont le Col de Marcieu et à Corps. » Le robinier comme le châtaignier sont plutôt développées dans le secteur privé, le Grésivaudan et les Chambaran pour cette dernière espèce.

Scierie mobile

L'ONF emploie plus de 60 personnes, agents et ouvriers, dans le Sud Isère, ce qui en fait un des plus importants employeurs locaux. A ce titre l'office déploie des efforts conséquents pour redonner du sens à la sylviculture. C'est pourquoi Erick Salvatori tient à souligner des initiatives comme la scierie Champollion, dont le siège est à Susville. « Nous sommes une petite unité, nous débitons 600 m3 par an », explique Denis Champollion. La scierie achète des coupes communales qu'elle transforme en charpente pour sa clientèle locale. Elle se déplace sur les chantiers avec une scierie mobile. « Beaucoup de privés viennent à la scierie. Ils y trouvent leur compte en qualité et en prix, reprend l'entrepreneur. On considère qu'il est normal d'aller chercher ses fruits et légumes chez le producteur local. Ce devrait être la même chose pour le bois. Cela permet de maintenir le tissu économique. Un m3 de bois local, c'est un emploi par an. » Ces scieries sont moins d'une dizaine en Sud Isère. « Elles ne font pas de gros volumes, mais apportent un début de solution en permettant de valoriser quelques lots », insiste le forestier. Il étaye son propos de quelques exemples de réalisations concrètes comme un mur de soutènement en bois à Pellafol. « Une solution rapide, qui consomme moins de CO2 que le béton, moins chère, qui utilise la ressource locale de qualité moyenne et dure des dizaines d'années ! » C'est aussi la bergerie en sapin du Périer : 450m2 et 55m3 de sapin prélevé en forêt communale et scié localement, ou le parc aventure du Trièves qui a utilisé plus de 100 m3 de bois local en 15 ans.

Adapter le bâtiment à la ressource

« Léger, propre, présentant peu de nuisances sonores : le bois présente de nombreux avantages en comparaison aux contraintes classiques sur un chantier », déclare Benjamin Mermet, prescripteur à la fédération forêt-bois Rhône-Alpes (Fibra). Il s'est attaché, face aux élus, à répondre aux craintes qui peuvent entourer la construction bois. A commencer par la résistance au feu. Or, le bois se consume avant tout, il ne brûle pas. Il permet de faire des économies de place (6% en moyenne), son impact carbone est négatif et son coût économique est un peu plus élevé en norme RT 2012 comparé au parpaing (+3,10%) et à la brique (+0,96%), mais devient comparable quand on est dans de la maison passive.

Cette question du coût fait débat chez les professionnels de la filière, qui préfèrent parler de qualité, suggèrent de « tenir compte des à-côtés car les menuiseries, les finitions, l'isolation présentent des ratios différents ». Pour la Fibra, il importe de comparer la performance thermique. Benjamin Mermet reconnaît que le surcoût, dans l'utilisation d'un bois local, peu osciller entre 1% et 25%. « D'où la nécessité d'adapter le bâtiment à la ressource pour le surcoût soit le plus faible possible. » C'est l'idée force du colloque, confirmée par les réalisations concrètes : un chantier en bois local requiert un maximum d'anticipation... et de dialogue. « Il y a six étapes pour mener un chantier, depuis la pré-programmation jusqu'à la réalisation en passant par la consultation pour la maîtrise d'œuvre et la sélection des entreprises, reprend Benjamin Mermet, à chacune de ces étapes, il faut discuter, sinon, on ne fera pas le bâtiment que l'on veut et au prix fixé. »

Un lycée = 21 emplois

En dépit des apparences, la filière bois iséroise serait l'une des mieux structurées, facilitant les réponses à apporter aux maîtres d'ouvrage. La condition est bien entendu que la commande respecte le code des marchés publics. Benjamin Mermet livre quelques clés : dire que l'on veut un bâtiment en bois, donner des caractéristiques propres aux essences, sans les citer, ne pas donner d'origine géographique, mais dire que l'on souhaite un impact carbone nul etc. En revanche, on peut exiger une certification bois des Alpes ou équivalent. Le diable se cache dans les détails. L'expert conseille aux communes qui veulent construire avec du bois local, d'abord d'en avoir et ensuite de procéder à des achats séparés avec des communes voisines, sachant qu'à moins de 25 000 euros, le marché n'a pas besoin de faire l'objet d'une consultation. « Et puis, il ne faut pas être trop fermé non plus, mais se poser la question de ce qu'on veut faire avec quel bois à disposition ? » reprend Benjamin Mermet. Ainsi, prévoir une ossature bois avec de faibles portées permet de s'affranchir du lamellé-collé qui n'est pas produit localement. Pour ceux qui restent à convaincre, la Fibra a un argument massue. Une étude menée par la fédération estime que 1 000 m3 de bois local utilisés pour une construction générent 21 emplois pendant 1 an. « 1 000 m3, c'est l'équivalent d'un chantier de collège ou de lycée », précise le prescripteur. Il faut ajouter à cela que la filière regroupe 15 000 entreprises en Rhône-Alpes et 39 000 salariés.

Isabelle Doucet
Projet

L'exemple par Valjouffey

Adjoint au maire de Vajouffrey et agent patrimonial ONF, Luc Roudet témoigne comment cette petite commune du Sud Isère a toujours su tirer parti du bois local pour une multitude de petites constructions comme des panneaux, des bancs ou des ponts. « Nous nous lançons dans une réalisation plus importante avec la rénovation d'une scierie patrimoniale, explique l'élu. Les bois sont marqués. Ils seront exploités, stockés et séchés naturellement pour être utilisés dans les années à venir. » Il ne s'agit pas d'une opération économique et elle est très chronophage pour ceux qui s'en occupent. « Nous souhaitons montrer l'exemple, valoriser la production », insiste Luc Roudet. Les bois mobilisés sont du mélèze et de l'épicéa. Le changement tient au stockage : des dizaines de m3 par anticipation. Le coût du bois scié revient à 200 euros, ce qui le place bien en dessous du prix du marché. La commune travaille avec des entreprises locales. Elle veut envoyer un signe fort en termes d'économie locale, de circuits courts, et de mobilisation de sa propre ressource.