Le bon sens paysan au service du management
« J'ai la chance d'être fils d'agriculteur. » Directeur général adjoint de Bigallet, une jolie PME iséroise spécialisée dans la fabrication de sirops et d'apéritifs, Gérard Boiton revendique avec bonheur ses origines. La cinquantaine dynamique, il parle de son parcours avec une pointe de fierté, lui qui n'avait au début de sa carrière qu'un BTA obtenu au lycée agricole de la Côte-Saint-André en 1974. Diplôme en poche, ce fils d'éleveur isérois entre directement à la coopérative Dauphinoise, laissant àà l'un de ses frère le soin de reprendre l'exploitation paternelle. A la Dauphinoise, le jeune technicien agricole apprend sur le terrain, écume tous les postes : l'accueil, la réception, la pesée des camions, le séchage... C'est l'époque où la personnalité, l'esprit de décision et le sens de l'organisation convainquent aussi facilement, voire plus, que le diplôme. Sa hiérarchie reconnaît en lui un homme de valeur. On lui fait confiance. « A 18 ans, je menais déjà des gens de 50-55 ans pour la gestion du parc de transport », se souvient Gérard, sans une once de vanité.
De l'agricole au commercial
L'armée interrompt son ascension, et lorsqu'il revient à la Dauphinoise, c'est pour retrouver une place de technicien commercial. Une fois encore, il se fait rapidement repérer. On l'appelle au siège, à Vienne, où le « simple technicien » devient responsable de l'activité céréales. Le voilà promu « agent de maîtrise » avec, en principe, un niveau de responsabilité moindre que celui que celui d'un cadre. "En principe". Car, à 27 ans, Gérard Boiton devient « attaché de direction ». Il pige vite. « Je devais faire du reporting de façon à donner au directeur les éléments essentiels pour lui permettre de prendre les bonnes décisions. J'aimais bien : il fallait faire vite et être transparent. En dix minutes, c'était fini. » Le métier rentre sans problème. Le jeune homme manage des équipes de plus en plus grosses. Ses qualités et son profil d'entrepreneur le propulsent responsable de l'exploitation. A 38 ans, le fils d'agriculteur devient officiellement cadre, avec cinq chefs de secteur sous sa coupe.
Gérard éprouve alors le besoin d'étoffer sa formation qui, sur certains aspects managériaux, atteint ses limites. Il s'inscrit à un master en management stratégique (formation ICG) qui lui permet de développer ses compétences de dirigeant. Un boulot monstre, en plus du reste. Il travaille le soir, le week-end, son niveau de formation initial, modeste, l'obligeant à fournir deux fois plus d'efforts que les candidats de sa promotion, tous issus du sérail. Mais, têtu comme un paysan, il s'accroche et obtient ainsi un certificat équivalent à un niveau bac + 5.
Autonomie
Ce nouveau bagage, chèrement acquis, lui permettra, quelques années plus tard, de se faire embaucher comme directeur commercial de la distillerie Bigallet, une PME de 30 salariés qui affiche alors 4 millions d'euros de chiffre d'affaires. Il modernise l'outil, les méthodes, introduit les comptes prévisionnels à un mois, crée des arguments de vente, booste la communication de l'équipe commerciale. Le chiffre d'affaires s'envole. En 2010, quand l'angevin Giffard rachète la société, Bigallet réalise un chiffre d'affaires de 5,5 millions. Ce qui permet à Gérard Boiton de « négocier son autonomie » : soit il devient directeur général adjoint et continue de développer l'entreprise, soit il s'en va. Giffard accepte le deal. Cinq ans plus tard, Bigallet « pèse » 6,5 millions d'euros. Pas mal pour un technicien agricole...
Marianne Boilève
L'agriculture, une opportunité pour les cadres sur terredauphinoise.fr